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LETTRE OUVERTE AUX GRÉVISTES POUR LE CLIMAT ET AUTRES MANIFESTANTS: CE SERA RADICAL, OU « RIEN » N’AURA LIEU

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On ne change pas un système avec le mode de pensée qui l’a engendré

Une caractéristique de cet extrême-centre dont parle le philosophe Alain Deneault, est certainement celle de ne tolérer que les critiques qui ne remettent pas en cause le système d’exploitation propre à notre société capitaliste, et de ne laisser passer que celles qui demeurent circonscrites à l’intérieur de celui-ci et lui sont inoffensives. Désormais, tous les politiciens auraient entendu les manifestants pour le climat. Mais ils ne les ont pas écoutés. Tout ce qu’ils diront qui remettrait en cause le dogme de la croissance sera en effet ou bien tu ou bien assimilé aux extrêmes (droite ou gauche), rapprochement le plus efficace pour éviter le débat.

Il est évidemment plus difficile de défendre publiquement un principe dès lors qu’il a été énoncé par des ennemis politiques, même si ces derniers avaient des intentions bien différentes des nôtres lorsqu’ils exprimèrent ces idées. Ainsi, si les capitalistes libéraux ont fustigé les manifestants du climat, leur reprochant d’être des consommateurs contradictoires avec leur message, ils l’ont fait non pas pour soutenir la contestation mais uniquement pour dénigrer les propos et la part subversive qu’ils pourraient receler. Il s’agissait de recourir à la technique classique où l’on critique le messager pour dévaloriser son message. C’est le seul dessein de ces individus organisés qui ne veulent surtout pas que l’on aborde vraiment la question environnementale, car, à l’instar de la plupart des autres partis (tous ceux qui ne jurent que par la croissance), ils la savent en concurrence avec la question économique, la plus essentielle pour eux.

Au risque d’être associés à ceux qui ont stigmatisé les étudiants en grève pour le climat, nous pensons toutefois qu’il est de notre devoir de mettre en évidence les freins au changement, de les reconnaître et les regarder en face. Mais les critiques de nos ennemis politiques à l’égard des manifestants méritent dans un premier temps trois remarques :

– ce n’est pas parce que ces ennemis évoquent des contradictions qu’il faut, par une sorte de réflexe imbécile, se refuser d’accepter que ces contradictions existent réellement. Au même titre que nous ne nous priverions pas de manger des fraises si ces derniers les appréciaient également, nous n’éviterons pas certaines analyses sous prétexte que ce serait « faire le jeu de… » ;

– découlant de ce point, se donner une ligne de conduite intellectuelle et refuser tout oukase que bienpensants et antifas primaires dégainent à la moindre critique, consistant à se priver de penser sous crainte d’être assimilés aux « rouges-bruns »[note]. Qu’ils nous assimilent, ils le feront dans tous les cas, l’extrême droite ayant toujours été pour eux l’épouvantail leur permettant de ne pas citer la vérité derrière le rideau du spectacle, convaincus de la qualité intrinsèque de nos sociétés modernes, toujours pour eux développées plutôt que sous-développantes. Certes, ceux qui stigmatisent et distribuent les hérésies ne sont pas tous ignorants de la putréfaction à la racine de nos systèmes, mais se faisant les porte-voix malgré eux du pouvoir, de peur à leur tour d’être assimilés à la bête immonde ils ne réalisent pas à quel point ils arment ceux-là mêmes qu’ils disent combattre ;

– indiquer les contradictions ne signifie pas que nous ne croyons plus en la possibilité d’un mouvement révolutionnaire, de même que nous ne nous mettons par sur un piédestal d’où on lancerait nos analyses pour les généraliser à la masse. Cela mérite donc une précision : nous savons ces incohérences présentes, à l’origine de la perpétuation du même, de la récupération politicienne et marchande qu’elles facilitent. Celles-ci, si elles sont certainement largement répandues, ne sont pas pour autant caractéristiques de tout manifestant et ne constituent pas un écueil insurmontable. Soit, nous n’entérinons pas l’impossible, au contraire, nous nommons les obstacles ;

– c’est justement en nommant nos contradictions que nous pourrons les dépasser, car en mettant des mots sur les choses s’ouvrent les conditions collectives de leur dépassement.

Les autres, au contraire, qui veulent détruire les messages les plus pertinents, n’initient rien de constructif, ils souhaitent  seulement au fond que nous ne pensions pas. Nous désirons au contraire, malgré les constats accablants, maintenir cet optimisme de la volonté et croire en une perspective révolutionnaire de tous ces mouvements épars, garder l’espoir que de cette masse de manifestants puisse sortir une part significative consciente du niveau de changements nécessaires et des actes que nous devrons accomplir.

POUR SAUVER NOTRE PEAU, CONTRER CE QUI NOUS TUE

« Nos dirigeants sont, en général, ceux qui ont le mieux intériorisé les objectifs du système et, par conséquent, sont immunisés contre les arguments et les preuves qui pourraient le remettre en question »[note]

Mais allons-y alors. Oui, il manque quelque chose à ces manifestations de classe privilégiée – dont la plupart d’entre nous à Kairos font aussi partie. Ce constat n’est pas là dans le but de culpabiliser, dénigrer, briser ce qui couve, mais d’indiquer que la conscience doit être à la mesure des revendications, et que si le système s’est si longtemps maintenu, c’est parce qu’une majorité d’entre nous le permettait. Certes, agir pour le climat est déjà une revendication mensongère, une posture dans laquelle nous nous posons encore comme les sauveurs, êtres qui dépasseraient et maîtriseraient tout. Nous agissons pour sauver notre peau, le climat étant déjà fortement atteint et les mesures à prendre rapidement aujourd’hui ne permettant que d’éviter ou atténuer le pire, sachant par ailleurs que faune et flore se porteraient nécessairement mieux si nous n’étions pas là. Pour que ces deux ensembles soient respectés et que l’humain puisse vivre en harmonie avec, soit qu’ils demeurent sains et saufs malgré notre présence, il faudra accepter des mesures radicales à l’aune desquelles le changement véritable s’estimera.

Les Coca-Cola achetés dans des fast foods ne seront plus des exceptions, ce sera déjà trop : les fast foods devront disparaître. Tout est à l’avenant : plus de grandes surfaces, d’Ikea, de multinationales en tous genres, de voyages en avion, de banques contrôlées par une minorité, de bagnoles individuelles, même – et surtout? – électriques. Plus de publicités commerciales, de H&M, de Tetra Pak, de multipropriétaires, d’héritages indécents; plus de « techniciennes de surface » exploitées rétablissant l’équilibre des ménages au détriment de l’équilibre de classe, de paradis fiscaux, de Viva for life, plus de riches, donc plus de pauvres, plus de SD(F)[note] ; on ne chiera plus dans de l’eau potable, on humusera nos morts, nos terres seront conservées pour y cultiver ce dont nous avons besoin, les seigneurs modernes seront expropriés, un revenu maximum imposé.

La différence demain ne sera plus entre ceux qui font « bien » et ceux qui font « mal », les simplicitaires et les consuméristes, mais entre ceux qui acceptent qu’il faudra – et qu’ils devront donc – changer radicalement et ceux qui pensent que des aménagements superficiels suffiront. Les premiers seront conscients de l’impossibilité de faire l’impasse du combat politique et dépasseront leurs contradictions par le combat collectif, les seconds adopteront la doxa libérale de l’« écogeste », supportant la coexistence de sujets « libres de choisir » dans un milieu malsain et liberticide. Libres de choisir d’aller au Macdo, chez Ikea, Apple Store, en city-trip… il n’y a pas de liberté individuelle dans une société où les institutions et les services offerts servent le seul profit ; où les organisateurs du capitalisme mettent tout en branle pour assurer la surconsommation, condition indispensable à la pérennité de leur système productiviste. Dans ce monde du choix individuel, quand un dit « non », neuf disent oui… on ne fait pas société avec cela.

Il faudra décider entre voir la réalité en face et accepter ce que cela implique, ou continuer en faisant semblant qu’on change, en se laissant berner par exemple par la plate-forme participative créée par Good Planet Belgium et WWF[note], « en vue des élections 2019, pour récolter les idées des jeunes Belges pour construire une société plus verte, idées qui seront soumises aux politiques dès avril ». Voilà donc : on récoltera les idées des jeunes sur une plateforme sponsorisée par Axa, Deloitte, Delhaize, Ikea, Luminus, Tetra Pak, Umicore[note]…, pour, après avoir simulé le processus démocratique, transmettre ces idées aux politiciens qui travaillent pour ceux qui sponsorisent, et continuer donc avec ceux qui pillent, polluent, tuent, détruisent, saccagent, étouffent, annihilent.

Dans cette fable, les médias joueront les conteurs, eux qui il y a deux décennies nous disaient à propos des révoltes de Seattle : « le marché reste le mode d’organisation le plus efficace de la vie économique – notamment parce que tous les autres ont montré leurs limites » (Le Soir, 2 décembre 1999),et qui vantent aujourd’hui « la puissance de la rue », de ces « citoyens comme force motrice de la démocratie » (Édito du Soir du 30 janvier 2019). « Force motrice » pour autant qu’elle ne touche pas à la racine motrice du capitalisme qu’est le profit à tout prix, démence qui détruit tout. «Le climat, c’est une affaire qui marche » donc (Le Soir, idem.), s’il marche avec le marché…

Alors, camarades manifestants en grève pour le climat, « demain », s’il a lieu, sera un demain sans Coca, sans cannettes en aluminium, sans plastique, sans smartphones et tout ce monde qui va avec. Nous devrons réussir à imaginer la fin du capitalisme, un monde moins connecté et plus humain, pour progressivement écarter la proche probabilité de fin de notre monde. Il faudra accepter que nous nous sommes trompés, pour espérer encore voir nos enfants grandir dans la paix, la liberté et la justice, ou continuer à en payer le prix, mais là ça deviendra beaucoup moins amusant…

Alexandre Penasse

INTERVIEW D’UN GILET JAUNE BELGE: LE POUVOIR FAIT TOUT POUR LES FAIRE TAIRE

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La première interview d’un gilet jaune belge, complète, non censurée, qui explique pourquoi il faut continuer et comment le pouvoir tente de museler la protestation, confondant contestations légitimes et terrorisme.

À partager!

LETTRE OUVERTE AU CONSEIL SUPÉRIEUR DE LA SANTÉ

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Monsieur le président,


De longue date, je suis préoccupé par la problématique de la pollution électromagnétique et de ses conséquences sur le vivant, en particulier sur les êtres humains.

Dès 1994, j’ai été l’initiateur de la position prise par le parlement européen en faveur de l’application rigoureuse du principe de précaution à l’égard de l’exposition aux rayonnements électromagnétiques non ionisants, position réaffirmée par ce même parlement en 1998.

Je constate que, depuis quelques années, la littérature scientifique s’est enrichie de nombreuses publications confirmant les risques importants pour la santé humaine d’une exposition régulière à des rayonnements de micro-ondes pulsées en très basses fréquences. Et cela à des niveaux d’exposition très inférieures aux valeurs-limites légales et trop faibles pour provoquer le moindre échauffement des tissus.

Le postulat de l’innocuité des effets non thermiques est, à mon avis, ainsi définitivement invalidé !

Par ailleurs, le déploiement de la 5G, le réseau de télécom de cinquième génération, prévu dès cette année 2019 à Bruxelles, voué à être généralisé en Belgique, en Europe et dans le monde, implique une exposition accrue aux rayonnements de micro-ondes et, ce qui est plus préoccupant encore aux rayonnements dans la gamme des ondes millimétriques, à des niveaux élevés vu la prolifération des antennes nécessitée par cette technologie.

Les connaissances quant à l’impact des ondes millimétriques sont loin d’être suffisantes à ce jour pour soutenir que leur utilisation pour la 5G est dénuée de risques pour la santé humaine.

C’est dans cet esprit que de très nombreux spécialistes dont les compétences sont internationalement reconnues ont tiré la sonnette d’alarme dès 2017 et ensuite en 2018.

En septembre 2017, plus de 170 scientifiques et médecins de 37 pays ont exprimé leurs préoccupations sérieuses à propos de l’accroissement permanent et universel de l’exposition aux champs électromagnétiques par les technologies du sans-fil et demandé à l’Union européenne de suspendre tout déploiement de la 5G jusqu’à ce qu’il soit prouvé que cette technologie ne présente aucun danger pour la population européenne, particulièrement les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes ainsi que pour l’environnement.

En avril 2018, l’International Society of Doctors for Environment (ISDE) a appelé à un même moratoire, en application du principe de précaution. Elle dénonce l’expérimentation, décidée au niveau européen, qui consiste à tester dans de nombreuses villes d’Europe (Bruxelles notamment) le réseau 5G à des fréquences supérieures à 6 GHz, avant l’introduction des fréquences typiques de la 5G, supérieures à 30 GHz ( ondes millimétriques).

A l’appui de cette demande, l’ISDE fait état de données scientifiques préliminaires relatives à une exposition à des rayonnements de fréquences supérieures à 30 GHz :

– Altération de l’expression des gènes ;

– Accroissement de la température de la peau ;

– Altération des fonctions de la membrane cellulaire et des systèmes neuro-musculaires ;

– Capacité de moduler la synthèse des protéines impliquées dans les processus inflammatoires et immunologiques entrainant la possibilité d’effets systémiques.

Enfin, très récemment, en fin d’année 2018, un appel international demandant l’arrêt du déploiement de la 5G sur terre et dans l’espace a été lancé à l’ONU, à l’OMS, à l’Union européenne, au Conseil de l’Europe et aux gouvernements de tous les pays sur le réseau Internet ( site www.5gspaceappeal.org) par des médecins, des scientifiques et des membres d’organisations environnementales demandant en urgence l’arrêt du déploiement du réseau 5G y compris depuis les satellites spatiaux.

Outre l’impact sur la santé humaine, les dommages graves causés aux bactéries et aux insectes sont évoqués dans leur argumentaire.

J’ai personnellement co-signé cet appel avec enthousiasme.

Je ne sais pas si le Conseil supérieur de la Santé a été interpellé par ces prises de position et s’il s’est penché sur la question.

Je me permets d’insister avec d’autant plus de force que des publications récentes (2018) apportent de nouvelles données qui alourdissent le dossier à charge quant à l’exposition permanente aux ondes millimétriques.

En septembre 2018, Neufeld et Kuster[note] attirent l’attention sur le fait que les dispositifs sans fil fonctionnant sur de larges bandes de fréquences, au –dessus de 10GHz, transmettent les données en salves de quelques millisecondes à quelques secondes. Bien que les valeurs de température et de densité de puissance restent dans les limites de sécurité acceptable en exposition continue, ces salves peuvent conduire à des pics de température dans la peau des personnes exposées. Il peut en résulter des dommages permanents aux tissus.

En février 2018, Betzalel et al.[note] ont démontré que les glandes sudoripares, qui ont une structure en hélice dans les couches supérieures de la peau peuvent agir comme antennes pour les ondes millimétriques. La conséquence est un accroissement significatif du taux d’absorption spécifique pour ces ondes.

Enfin, et toujours en 2018, Thielens et al.[note] font état de leurs travaux sur quatre populations d’insectes exposées à des rayonnements de fréquences allant de 2GHz à 120 GHz.

Tous les insectes ont montré une forte dépendance de la puissance absorbée selon la fréquence. Tous les insectes ont montré une augmentation générale de la puissance absorbée au-dessus de 6 GHz.

Ceci pourrait conduire à des changements du comportement, de la physiologie et de la morphologie des insectes au cours du temps.

Je pense que tous ces éléments sont suffisamment interpellants pour justifier un examen attentif du dossier par les spécialistes de votre institution et un appel à la prudence destiné aux responsables politiques.

L’Histoire de ces dernières décennies nous a appris qu’il est préférable pour la santé publique de s’interroger préalablement à la dissémination de technologies potentiellement dangereuses plutôt que d’en gérer les conséquences après coup.

J’ose espérer que vous serez sensible à mes arguments et vous prie d’accepter mes sincères salutations.

Paul Lannoye

Docteur en sciences physiques

Député européen honoraire

Président du Grappe

2019: TOURNER LE DOS AUX MÉDIAS DOMINANTS, SE FÉDÉRER.

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Si cette nouvelle année verra sans doute le vote de nouvelles lois qui permettront de venir nous chercher encore plus facilement chez nous pour incitation à l’insurrection à cause de certains propos que nous aurons osés, enfin libérés du fardeau de la peur , ce n’est pas grave, nous continuerons à les dire. Qu’ils viennent, leur répression aura d’autant moins d’impact que nous serons nombreux.

« Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leur chaîne« , n’est-ce pas? Les médias libres seront indispensables à cette bougeotte, pièces de l’engrenage révolutionnaire, outils de conjonction entre la conscience et l’action. Le soulèvement populaire français (qu’on attend en Belgique) est une terrible occasion de saisir l’importance fondamentale de la presse libre dans le changement social véritable, le contraste entre la réalité et les reportages des BFMTV, France 2 ou TF1 en France, des  RTL-TVi ou des RTBF en Belgique, soulignant par lui-même le rôle conformiste et anti-subversif de médias au service du maintien de l’ordre et donc du pouvoir. Notre dernier article « Flagrant délit de censure à La Libre« , tiré du journal Kairos de septembre, offrant la plus belle expression du rôle des médias: surtout ne pas désigner d’ennemis et risquer de provoquer la révolte!

En Belgique, Kairos demeure le seul journal qui tient une ligne éditoriale antiproductiviste, radicale, d’écologie sociale, prenant à la fois en compte les combats traditionnels de la gauche mais soulignant aussi leurs contradictions parfois profondes: la redistribution des richesses ne peut se faire sans penser la réduction de la production et de la consommation; le « pouvoir d’achat » est un slogan démobilisateur qui ne tient pas compte de la destruction sociale et écologique sur lequel repose ce « pouvoir »; les énergies renouvelables ne remplaceront pas le pétrole, rengaine chimérique qui postpose toujours le véritable changement; le libéralisme produit ses effets autant dans les domaines économique que culturel et défendre les seconds sans voir qu’ils ont les mêmes habits que les premiers est une ineptie et un puissant artifice. Au fond, il s’agit d’enfin décider de ce que le peuple veut et de ne plus fonder nos besoins sur ceux dictés par l’industrie de la publicité.

Nous aimons la vie, mais nous souffrons de ces êtres arrachés à l’existence en raison de nos modes de vie, que ce soit pour la défense des emplois de la FN de Herstal ou des divers gadgets emplis de terres rares que notre « pouvoir d’achat » nous permettra de nous payer ; nous apprécions plus que tout la nature, car nous ne sommes rien sans elle, et nous souffrons quand un arbre tombe pour un projet immobilier absurde ou un meuble d’Ikea. Cette souffrance, elle est inscrite dans les échanges marchands, dans les smartphones, tablettes, objets connectés, etc. Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais uniquement de dire, et de reconnaître que nous ne pouvons plus faire comme ça. Si la culpabilité s’ensuit, ce n’est qu’un effet qu’on peut dépasser.

2019 sera notamment une année fondamentale pour s’opposer à la 5G, aux compteurs communicants et à toutes ces crasses que le pouvoir technocratique veut nous imposer. À ce titre, nous avons demandé une interview avec la ministre Fremault à propos de la technologie 5G. Nous voulons par là prouver que nous ne devons rien attendre de ces serviteurs politiques zélés du capital. Après plus de 8 mails, le cabinet de la ministre vient d’accepter que nous posions nos questions par mail. Nous ne voulons pas et demandons un entretien filmé.

L’information libre sera essentielle. Il faudra relier la lutte des classes, le combat des gilets jaunes, à l’antiproductivisme. L’un n’ira pas sans l’autre.

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LES « GILETS JAUNES », LA RUSSIE, ET LE DÉBUT DE LA FIN (DU PÉTROLE)

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« La pensée bourgeoise dit toujours au Peuple : “Croyez-moi sur parole ; ce que je vous annonce est vrai. Tous les penseurs que je nourris ont travaillé pour vous. Vous n’êtes pas en état de repenser toutes leurs difficultés, de repasser par leurs chemins, mais vous pouvez croire les résultats de ces hommes désintéressés et purs. De ces hommes marqués d’un grand signe, ces hommes qui détiennent à l’écart des hommes du commun pour qui ils travaillent, les secrets de la vérité et de la justice.” »
(Paul Nizan, Les Chiens de garde [1932]. Nouvelle édition, Paris, François Maspero, 1965, p. 89)

À bien y regarder, point n’est besoin de longues discussions pour baliser un phénomène social dont les enjeux ne sont que trop évidents. Ne suffirait-il pas, en effet, de considérer que la démocratie est le mode de gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple, pour jeter un peu de lumière blafarde sur ce qui se trame dans notre souterrain ? Analytiquement, on peut bien sûr reposer les questions qui fâchent. Elles portent sur la nature du début et de la fin, et sur le modus operandi qui est censé mener de l’un à l’autre.

Primo, de quand date ce début ? Est-il le fruit d’une longue gestation, ou constitue-t-il un événement aussi récent qu’erratique ? En clair : le vase déborderait-il, ou pas ?

Si les premières actions qui peuvent se rattacher univoquement aux « gilets jaunes » datent de novembre 2018, la détérioration des conditions de vie de la population, en général, et le rejet chronique du vote référendaire, en particulier, sont, de fait, niés depuis toujours par les politiques. Rappelons toutefois, à l’intention des distraits, que nous sommes officiellement en crise depuis 1968. Il y a eu, certes, des phases de rémission apparente, mais le prolétariat et la (petite) bourgeoisie sont, depuis le début des années septante, victimes d’une baisse constante de leur niveau de vie. Un seul indicateur suffira pour le montrer : le taux de chômage structurel dont on bidouille les paramètres afin de le conserver, bon an, mal an, autour des dix pourcent.

C’est donc la cause immédiate qu’il faut questionner. Est-elle unique ou plurielle ? On s’accordera facilement sur le facteur déclencheur : la taxation du prix des carburants et la chute du pouvoir d’achat des biens de première nécessité. Que veut-elle dire au juste ? Parler de goutte qui fait déborder le vase et, en passant, stigmatiser l’inconscience consumériste et écologiste des foules bêlantes, permet d’étouffer le feu de l’indignation par la couverture opinative de rigueur, pas de comprendre la situation. Précisons donc.

L’impératif climatique, et, accessoirement, écologique, est plus qu’à la mode. Il se formule très simplement en économie politique : que pouvons-nous nous permettre de changer pour que rien ne change ? Comme toujours, on taxe afin de réformer, coûte que coûte, les habitudes de la population, sans questionner celles des industries, et donc sans impacter les conditions de possibilité de leur compétitivité internationale et de leurs profits offshore, et, c’est quasiment subsidiaire, afin de financer l’incurie des décideurs politiques eux-mêmes.

Surtout, il faut, sans en avoir l’air, bien sûr, prendre en compte la réalité du pic pétrolier. Dire que le socle énergétique sur lequel se fonde la société de consommation est en train de s’effondrer sous le poids, justement, de 200 ans de gaspillage institutionnalisé, équivaudrait à demander la mise en chantier d’énormes travaux structurels, ce que les oligarques ont bien du mal à concevoir. Comment empêcher une insurrection sans donner du lest ? Comment donner du lest sans raboter les dividendes ? Comment les raboter sans perdre la face et renier l’idéologie néolibérale ?

L’utilisation de nouvelles techniques de prospection et de forage, l’arrivée sur le marché, grâce à toute une série d’incitants politiques, des pétroles non conventionnels, et l’accélération de la fonte des calottes polaires, a apparemment fait reculer l’échéance pétrolière d’une vingtaine d’année, mais l’avertissement de King Hubbert (1956), actualisé par Colin Campbell et Jean Laherrère (1998), n’a rien perdu de son actualité, que du contraire. Il suffit de se livrer à une lecture plus fine pour le comprendre.

Premièrement, situer le « pic pétrolier », par exemple en 2005, n’équivaut pas à annoncer la pénurie généralisée pour 2006 et la guerre civile pour 2007 — mais bien à anticiper de grandes turbulences économiques. Il s’agit simplement de nommer le moment où la production mondiale de pétrole conventionnel commence à décliner irrémédiablement. Deuxièmement, ce pic ne concerne que le pétrole conventionnel, c’est-à-dire celui qui a fait la fortune des pays fondateurs de l’OPEC. Les pétroles non-conventionnels, qui ont des densités énergétiques moindres et des taux de retour énergétique (EROEI) faibles (les schistes et les sables bitumineux) ou négatifs (les agrocarburants), offrent un double effet-tampon : géopolitique, en donnant brièvement à certains l’illusion d’une autonomie retrouvée, et économique, en assurant temporairement l’approvisionnement des consommateurs à un prix raisonné, mais pas nécessairement raisonnable. Troisièmement, le pic pétrolier conventionnel ne va pas affecter, au même moment, et de la même manière tous les produits issus de l’industrie pétro-chimique, à commencer par le gaz, l’essence, le kérosène, le gazole, le fioul domestique, le fioul lourd, le coke, l’asphalte, et les lubrifiants (cités dans l’ordre de leur densité énergétique croissante). Taxer le diesel en prétextant un motif écologique universellement accepté et, paraît-il, politiquement neutre, a simplement pour but de gérer la pénurie imminente de ce type de carburant, le diesel, qui ne peut être produit que difficilement de manière non conventionnelle, et qui devra être impérativement réservé à l’avenir au transport de marchandises (terrestre, mais aussi maritime et, finalement, aérien) et aux militaires (qui sont très friands des combustibles énergétiquement denses).

Secundo, de quelle fin parlons-nous ? D’abord, nous venons de le voir, de la fin du consumérisme, c’est-à-dire du tout au marché. Ensuite, c’est inéluctable, de la fin de la démocratie telle que nous l’entendons aujourd’hui. Dans un monde aussi orwellien que le nôtre, il ne sera pas difficile de recycler la « démocratie » en même temps que ses produits pétro-chimiques, mais parler de « démocratie de marché » deviendra encore plus euphémique que d’habitude. Enfin, on ne peut exclure, a priori, que la phase la plus aigüe de ce processus révolutionnaire se fasse au détriment de l’oligarchie, et que la représentativité de carnaval qui est la règle depuis trop longtemps cède la place à une démocratie directe ou participative. Après tout, un long chemin a été parcouru entre le référendum du Kosovo (de septembre et octobre 1991), qui a été légalisé par la communauté internationale, et celui de la Crimée (de mars 2014), qui n’a pas reçu son assentiment. Personne n’a, semble-t-il, oublié le refus irlandais du traité de Nice (2008), et celui des Français et des Hollandais de la Constitution européenne (2005).

Tertio, il faut se demander si le modus operandi des indisciplinés, et plus précisément leur dépendance aux réseaux sociaux, ne permettrait pas d’anticiper leur destin collectif. La référence à 1789 et à son emblématique guillotine peut donner à penser que certains, au moins, ne s’en laisseront plus compter. (Notons toutefois que la photo de l’installation d’une guillotine toute de jaune vêtue, place du Palais Royal, accompagnée de la mention « quand les Français veulent rappeler à ceux au pouvoir qu’ils sont leurs représentants et non leur maîtres, ils ont quelques symboles puissants » est une aimable plaisanterie.) Mais qu’est-il possible en pratique ?

Selon les médias du monde libre, à commencer par la BBC, la question serait : avons-nous affaire à une vraie machination russe ou à une fausse génération spontanée ? En effet, on ne le sait pas assez, Cambridge Analytica a son à siège social à Nijni Novgorod, et les « gilets jaunes » disposent tous d’un compte sur le réseau social « VKontakte » (ou « VK », en abrégé), qui leur permet de co-créer leurs « actes » contestataires en temps réel. Ceci n’est pas sans conséquences sur l’indépendance du mouvement. Deux hypothèses doivent, en effet, être envisagées afin d’évaluer les possibles. A minima, les administrateurs du réseau VK laissent faire ; a maxima, ils pilotent le mouvement en modulant les fils d’actualité qui occasionnent les mobilisations (le printemps arriverait donc cette année avant le solstice d’hivers). S’ils laissent faire, on peut se demander pour combien de temps encore ? Et à quelles sombres tractations avec l’« État profond » russe les autorités françaises vont-elles devoir se résoudre pour que chacun retourne enfin dans ses pénates, et que la République soit sauve, à défaut d’être saine ? S’ils pilotent, ne fût-ce que d’une manière minimaliste, la question n’en est que plus douloureuse encore. Dans les deux cas, est-il raisonnable de penser qu’un tel réseau social reste longtemps sans essayer, directement ou indirectement, de tirer profit de la situation ?

En fin de compte, c’est peut-être l’archaïsme actuel de la réponse du pouvoir qui est frappante (ceci dit sans mauvais jeux de mots) : favoriser la montée de la violence en manipulant à la fois les manifestants par infiltration de vrais-faux casseurs, et laisser la bride sur le coup aux forces de l’ordre, équipées de matériel militaire et sommées de s’en servir. Manifester, cela veut maintenant dire risquer la mutilation. Certains soupçonnent même que l’utilisation d’armes chimiques — par les « gilets jaunes » — serait imminente. Tout ceci nous rappelle quelque chose, mais quoi ?Michel Weber, philosophe ; a publié récemment Pouvoir, sexe et climat. Biopolitique et création littéraire chez G. R. R. Martin, Avion, Éditions du Cénacle de France, 2017 & Contre le totalitarisme transhumaniste : les enseignements philosophiques du sens commun, Limoges, FYP éditions, 2018 ; voir https://chromatika.academia.edu/MichelWeber.

MANIFESTATION DES GILETS JAUNES À BRUXELLES: TÉMOIGNAGE

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Souvent revient lors des manifestations cette rengaine de « la violence des manifestants », justifiant de façon à peine cachée la répression policière. Si nous pensons que les réactions populaires s’inscrivent dans une réponse à la violence quotidienne de l’État et du capital qu’il sert, il faut aussi indiquer que les manifestants sont souvent pacifiques et que la provocation émane régulièrement des policiers. Temoignage d’un manifestant.

Présent parmi d’autres à la manifestation des gilets jaunes ce samedi, j’ai pu constater les moyens considérables mis en oeuvre  par le pouvoir  pour neutraliser et mater une contestation populaire légitime et fondée (la vie chère, la difficulté à joindre les deux bouts, l’accroissement des inégalités) . 

De rassemblement, il n’en fut pas question puisqu’il fut impossible de se rendre au cœur de ces institutions européennes qui imposent des budgets, appellent de concert avec le grand patronat  à toujours plus  de recul social , plus de flexibilité, plus de modération salariale, plaident pour toujours plus de  privatisation, de libéralisation et d’austérité…      

SUR LA TENUE DE LA MANIFESTATION

 En parlant de l’axe Arts – Belliard, Ilse van Keere, porte-parole de la police, prétend dans les médias qu’une zone de libre expression existait  pour les gens de bonne volonté qui voulaient s’exprimer sur leurs propres thématiques. Rien n’est plus faux ! 

Avant le début de la manifestation la police procédait déjà à des interpellations en sortie de gares. Pour les autres manifestants  contournant les  dispositifs de blocage et les barrages ceinturant les quartiers de l’Europe , ils n’avaient d’autres choix que de se rabattre  sur l’axe Arts-Loi … où les forces de « l’ordre » nous attendaient de pied ferme. 

Les « Michel Démission » , « La police avec nous »  scandés par les gilets jaunes n’y feront rien, la police restera intraitable. 

« Les forces de l’ordre ne parviennent pas à communiquer avec les manifestants » nous dit RTL. C’est un mensonge éhonté ! Les manifestants ont multiplié les tentatives de dialogues pacifistes avec la police.  Je l’ai vu , je l’ai entendu.

Les moyens répressifs mis en oeuvre  étaient colossaux. Ils laissent entrevoir ce que le pouvoir en place -ce pouvoir en perte de légitimité- est prêt à mettre en oeuvre pour se maintenir alors que tout montre que nous ne voulons plus de ce gouvernement  et de cette politique: des policiers en masse lourdement équipés, certainement plusieurs centaines, la cavalerie, des auto pompes et une multitude de fourgons.  

On évoquera la notion de  respect de l’ordre et le caractère « sauvage » de la manifestation pour justifier l’arbitraire: 400 arrestations pour 1000 manifestants ! C’est le commissaire Vandersmissen qui était content.  

Y avait -il 400 casseurs dans nos rangs ? Près d’un manifestant sur deux ? Bien sûr que non ! D’ailleurs personne ne sera en mesure de donner le nombre exact des quelques marginaux qui étaient venus pour casser puisque la police agissait sans discernement. Ce qu’elle  condamne aujourd’hui, c’est que le peuple remette en question des choix économiques et politiques ! Ses méthodes sont dignes des dictatures. 

Cette journée est historique. Elle démontre que notre gouvernement n’a absolument rien compris à ce mouvement et à ses aspirations profondes, qu’il n’est pas décidé à prendre en compte la souffrance des gens , qu’il est encore moins décidé à les écouter ni à se remettre en question. Nous avons assisté à une démonstration de mépris, de force et d’inflexibilité sans pareil.  

A nous d’en tirer les conclusions , à nous d’agir en conséquence là où nous le pouvons ! 

Laurent Bodenghien
Illustration: Julie Dall’Arche

« ALORS VOUS ALLEZ RECEVOIR SUR VOTRE GUEULE » (COMMISSAIRE VANDERSMISSEN, BRUXELLES – 08 DÉCEMBRE 2018 – MANIFESTATION GILETS JAUNES).

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Kairos était présent ce samedi à Bruxelles. Le fascisme étatique dans toute sa splendeur, face à un peuple exsangue, bien lucide sur ce qui se passe, dans une Belgique où les riches sont de plus en plus riches, où les médias les protègent et les servent pendant que le peuple meurt loin des plateaux.

Syndicats, partis, médias, « stars », la catégorie petite-bourgeoise de la « manifestation pour le climat »[note], étaient absents. Faisaient-ils les soldes? Car ce qu’ont protégé par dessus tout les nazis de la police, c’est la liberté d’acheter, en sécurisant la rue Neuve, lieu suprème du culte à la croissance et à la consommation des couches populaires et de classe moyenne basse bruxelloises.

Ce samedi, plus que jamais, les êtres humains ont crié leur colère à côté des moutons, bien plus nombreux, exercant le seul pouvoir qui leur reste: celui d’acheter.

Vidéo d’avant-goût avant la prochaine, complète, et les divers témoignages qui sortiront cette semaine.

Faites vivre la presse libre, abonnez-vous! ww.new.kairospresse.be/abonnement

LE KAIROS 37 EST SORTI

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Le kairos 37 est sorti, chez les libraires à partir d’aujourd’hui et de demain.

Au sommaire:

Avec la 5G… tous cobayes ?, Paul Lannoye; La Belgique et la restitution des biens culturels africains, Robin Delobel; Ecolo Schaerbeek : népotisme et sursalaire non remboursé, Claude Archer; La Grèce a mauvaise mine, Valery Witsel, Décarboner le climat, Michel Weber; Fils de pub, Alain Adriaens; Les idiots utiles de la reconquête impériale, Jean-Pierre Garnier; Le refuge identitaire, Alain Adriaens; Venezuela, les répétitions font la vérité, Thomas Michel; La réalité des squats à Bruxelles, Texas Vandervliet; « C’est un scandâle ! », Jean Pierre L. Collignon; La lutte des classes et son avenir, Bernard Legros

Plus vos brèves, recensions, illu libre…

Pour vous abonner pour le prochain numéro, c’est ici: 
https://www.new.kairospresse.be/abonnement. 18 euros pour 6 numéros.

GRANDE JOURNÉE DE RÉFLEXION LE 24 NOVEMBRE À LA MAISON DU LIVRE

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24 novembre : Déconnexion générale !

Le Mouvement politique des objecteurs de croissance, le journal Kairos et la Maison du Livre, avec le soutien de Technologos, invitent à une journée de réflexion.

La propagande technophile occupe notre quotidien par un matraquage publicitaire dans les médias et les discours politiques. Impossible d’y échapper, difficile de faire entendre une voix discordante sur le mythe du numérique « bienfaiteur et dispensateur de progrès ». Comme le débat public sur cette question est pour l’instant insuffisant, il est crucial de discuter des choix de société, celle que nous voudrions, celle que nous refusons, et ainsi dévoiler l’impact social, démocratique, écologique, sanitaire et humain du « tout numérique » que le capitalisme mondialisé nous impose sans une once de démocratie. Dans ce tableau, le transhumanisme apparaît comme un mouvement encore relativement méconnu, et pourtant bien agissant, tant dans des projets concrets financés à coups de milliards de dollars que dans l’idéologie qu’il promeut et qui façonne insidieusement les esprits. Cette journée s’adresse à tout citoyen curieux de comprendre ce qui se profile et motivé par l’avenir de nos sociétés, civilisation et espèce.

Samedi 24 novembre 2018 de 13h30 à 23h

Programme

13h30 : Accueil

14h : Première table ronde « Le Grand Remplacement de l’humain par la machine » avec :

  • Pièces et Main d’oeuvre : activistes grenoblois contre la tyrannie technologique
  • Michel Weber : philosophe
  • Alain Gras : sociologue
  • Modérateur : Bernard Legros

16h30 : Pause

17h : Seconde table ronde « Le déferlement technologique aujourd’hui : exemples emblématiques » avec :

  • Bruno Poncelet : anthropologue et formateur au Cepag
  • Sarah Dubernet : membre de l’Association de veille et d’information civique sur les enjeux des nanosciences et des nanotechnologies (AVICENN)
  • Paul Lannoye : physicien, député européen honoraire et président du Groupe de réflexion pour une politique écologique (Grappe)
  • Modérateur : Robin Delobel

19h30: pot de l’amitié

20h15 : concert de blues acoustique avec le guitariste Hervé Krief

P.a.f. : 8 euros – 6 euros (tarif réduit) – 1,25 euros (article 27)

5G – DEMANDE D’INTERVIEW DE LA MINISTRE CÉLINE FREMAULT

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Lettre ouverte à la Ministre Fremault, dont nous n’attendons évidemment rien, instrument au service des multinationales qu’elle est. Mais ce « rien » est important, car il souligne le désintérêt suprême de ceux censés nous représenter [note]; il faut donc le mettre en évidence. Nous suivons la « procédure » de demande d’interview. Le premier courrier, sans réponse, a été envoyé le 26 octobre; nous lui envoyons un second aujourd’hui. Si aucune réponse: un nouveau sera envoyé dans une semaine, puis tous les deux jours, enfin après 8 jours, tous les jours. N’obtenant certainement aucun rendez-vous pour une interview, nous tenterons d’autres choses.

Bonjour, 

En tant que journal indépendant qui publie depuis plus de 6 ans en Belgique des analyses et études d’intérêt général, nous aimerions rencontrer la ministre Fremault autour de la question de la technologie 5G et de sa volonté de la déployer dans la ville de Bruxelles. 

Traitant le sujet des ondes électromagnétiques et des technologies de la communication depuis des années, ayant interrogé de nombreux experts sur le sujet, nous avons des questions qui nous paraissent essentielles à lui poser. Nous pensons que les gens doivent connaître les positions de la ministre sur les dangers de cette technologie que nous avons mis en évidence et les réponses qu’elle a à leur offrir. 

Assurés que vous prendrez en compte notre demande, nous sommes disposés à rencontrer la Ministre dès que possible. 

Cordialement, Alexandre Penasse
Rédacteur en chef de KAIROS

Inside job ? Who cares ?

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La question du 11-Septembre divise, et brouille de nombreux repères politiques et idéologiques. Lorsque Noam Chomsky, le dissident anti-impérialiste sans doute le plus écouté au monde, a entériné la version des faits présentée par les autorités américaines, beaucoup y ont perdu leur latin. Et lorsqu’en Europe, la gauche de la gauche lui a emboîté le pas, de nouveaux clivages se sont dessinés autour de cette question, avec l’apparition d’intellectuels droitistes qui, eux, s’emparaient sans complexe de l’affaire. Pour remonter près de la source et comprendre le désintérêt, voire l’appréhension de la gauche face à cette question, Kairos a rencontré Jean Bricmont, physicien et intellectuel anti-impérialiste. Considéré souvent comme le porte-parole de Chomsky en Europe (ce dont il se défend), sa pensée est néanmoins très proche de celle du célèbre linguiste.

Kairos: La première fois que j’ai entendu Noam Chomsky évoquer le 11-Septembre, parlant d’une éventuelle complicité américaine, il disait: « Who cares? » (« On s’en fiche. ») Ce qui m’a interpellé là-dedans, c’est que c’est à travers les livres de Chomsky que j’ai, avec beaucoup d’autres, appris à regarder au-delà des apparences, à reconnaître les opérations sous fausse bannière, comme on les appelle. C’est tout de même lui qui débusque toujours les coups fourrés de l’Histoire. Partagez-vous son avis ?

Jean Bricmont: Non, ce n’est pas tellement qu’il débusque les coups fourrés. La pensée de Chomsky, c’est quand même une analyse de l’idéologie, ce qui est très différent. Et c’est toujours basé sur des faits officiels. Prenons un exemple qui me touche particulièrement, parce que c’est ce qui m’a marqué politiquement, c’est la guerre du Vietnam. Ça a commencé pour de bon avec le fameux incident du Golfe du Tonkin. Je ne suis pas persuadé que c’était un coup monté des Américains. Peut-être qu’ils ont sincèrement cru être attaqués, mais la question à poser, c’est de savoir si cela légitimait les bombardements. Qu’est-ce qu’ils faisaient si près des côtes vietnamiennes ? Qu’est-ce qu’ils avaient fait depuis 58, ou même depuis le sabotage des accords de Genève? Pour moi, tout ça, c’est une analyse politique.

Alors si on prend par exemple la guerre en Afghanistan: peu importe qu’il y ait eu attaque extérieure ou coup monté de l’intérieur le 11-Septembre, je ne suis pas d’accord qu’elle soit légitime, et celle en Irak encore moins. Donc cela ne dépend pas du fait de savoir s’il y a eu des complicités intérieures.

K: D’accord, mais pour beaucoup de gens, ça fait un monde de différence. Et à ce titre-là, si une complicité intérieure était démontrée, ça changerait beaucoup.

JB: Ça changerait, oui, mais la question est de savoir dans quelle mesure je dois m’y intéresser. Je peux m’y intéresser pour deux raisons. L’une serait purement intellectuelle, mais ce n’est pas le cas ici. L’autre est politique, et là, je pense que l’intérêt politique de cette question est très faible, pour la raison suivante : les ‘truthers’ du 11-Septembre disent qu’il faut une nouvelle enquête. C’est une revendication concrète, mais qui m’apparaît tout à fait utopique vu que cette enquête serait effectuée par les gens au pouvoir actuellement, qui sont tous d’accord avec la version officielle. Si par miracle, cela arrivait, elle donnerait les mêmes résultats. Donc c’est une revendication qui ne me parle pas, personnellement. La revendication sur laquelle je suis entièrement d’accord avec des truthers et sur laquelle je n’ai aucun problème avec eux, c’est : unissons-nous contre les guerres, qu’elles soient humanitaires ou non. Qui peut le plus, peut le moins: si on était capable de montrer que le 11 septembre est un inside job, alors il me semble qu’on devrait être capable d’arrêter les guerres.

K: N’est-ce pas ce que Chomsky et ses amis essaient de faire depuis 40 ans, et n’y a-t-il pas eu un énorme recul de ces combats-là à partir du 11-Septembre? Vous écrivez: « Il serait possible de créer un mouvement en faveur du retrait des troupes étrangères d’Afghanistan (où la guerre est clairement perdue), contre l’extension de l’Otan, ou pour l’arrêt du soutien à Israël. » Depuis combien de décennies est-ce qu’on essaie de faire ça? Ce combat est-il en progrès ou en recul?

JB: Non, moi je pense plutôt que c’est le développement de l’idéologie de l’intervention humanitaire, dans les années 80 et 90, qui a saboté certains efforts à gauche. C’est cela qui joue en Syrie et en Libye, par exemple, ce n’est pas le 11-Septembre. Pour ce qui est du 11-Septembre, ça a été exploité pour faire la guerre en Irak, et là il y a eu une opposition massive, plus importante que jamais.

K: Et qu’a-t-elle donné?

JB: Rien dans l’immédiat. Mais c’est vrai que maintenant, l’impopularité de cette guerre fait que les Américains se retirent – pas totalement, mais plus ou moins. Et ils hésitent à intervenir massivement en Syrie.

K: Mais s’il n’y avait pas eu ce mouvement contre la guerre, ils se seraient enlisés malgré tout, non? L’impopularité vient aussi de cet enlisement. Alors à quoi a servi cet énorme mouvement, que vous appelez encore de vos vœux? Il n’a pas empêché la guerre, et il n’a pas favorisé son impopularité.

JB: C’est comme la guerre du Vietnam, qui n’a pas été arrêtée par le mouvement contre la guerre, mais principalement par les Vietnamiens, les revers militaires. Les guerres ne deviennent vraiment impopulaires que lorsqu’elles tournent mal. Mais d’un autre côté, les opinions changent par rapport à Israël, donc ça a un certain effet. On peut toujours espérer que l’action idéologique a un effet, même si elle n’est pas l’aspect essentiel.

K: Mais est-ce que les opinions changent grâce à l’action idéologique, ou à cause des excès d’Israël qui deviennent de plus en plus évidents ?

JB: Les deux, et principalement le deuxième. Mais je ne vais pas aller en Israël pour participer à ces excès, et je ne vais pas rejoindre Al-Qaïda en Irak… Je fais ce que je peux. Mais encore une fois, si les gens pensent que c’est plus efficace de se concentrer sur le 11-Septembre, libre à eux de le faire. Moi, je ne le pense pas, en ce qui me concerne. Maintenant, si les gens veulent passer leur temps à me convaincre, je donnerai des arguments pourquoi je n’y crois pas, mais à la limite, pour moi, ce serait plus intéressant de savoir pourquoi je devrais m’y intéresser.

Pas plus que ça ne m’intéresse de savoir ce qui s’est passé réellement lors de Pearl Harbor, ou de l’assassinat de Kennedy, ou d’autres événements inexpliqués dans l’histoire. Prenez Pearl Harbor. On peut dire que ça a été un game changer, ça a changé beaucoup de choses. On ne sait toujours pas exactement comment ça s’est passé, s’ils étaient au courant ou non, s’ils ont laissé faire ou non. Mais la guerre est finie, et on ne se préoccupe plus beaucoup de savoir ce qu’il s’est réellement passé. Je pense que ces guerres pourraient se terminer sans qu’on ait résolu la question du 11-Septembre.

K: Est-ce que vous avez suivi l’évolution du mouvement pour la vérité ? Il a beaucoup évolué en plus de dix ans, et ses constats et analyses se sont affinés.

JB: En général – et contrairement à beaucoup de gens de gauche – j’ai tendance à faire confiance aux experts, sur les OGM, sur le nucléaire,… Étant moi-même scientifique, je sais qu’on ne devient pas scientifique comme ça, et je ne vais pas mépriser tous mes collègues en aéronautique, résistance des matériaux etc.

Il est vrai que je ne me sens pas compétent pour remettre en question ce qu’ils disent. Et je n’aurais jamais étudié le dossier si je n’étais pas fréquemment questionné là-dessus. On a l’impression qu’il y a un acharnement chez les truthers à l’encontre des gens qui ne partagent pas leur croyance ou leur conviction, je dirais presque leur foi. S’ils étaient poursuivis pénalement, comme les négationnistes, le problème de la liberté d’expression se poserait. Ce n’est pas le cas.

K: Non, mais ils ont l’impression d’une immense chance gâchée.

JB: Bon, supposons que Chomsky, les gens autour du site antiwar.com, le magazine Counterpunch et moi devenions truthers. Qu’est-ce que ça va changer? Sauf le fait qu’il y a peut-être beaucoup de gens qui utiliseront ça pour nous discréditer.

K: Ça, c’est une vraie question. N’est-ce pas surtout la peur du discrédit qui dicte ces positions ?

JB: Non, puisque je suis déjà largement discrédité. On me traite régulièrement d’antisémite en raison de mes critiques de la politique des lobbies sionistes. Si je voulais vraiment éviter le discrédit, je resterais dans mon coin et je n’aborderais aucun sujet politique. S’attaquer à des sujets comme les guerres, les lobbies, la liberté d’expression, cela entraîne facilement le discrédit.

Cela dit, il faudrait peut-être que j’étudie la question, mais j’ai l’impression que si je le fais, j’aurai passé énormément de temps à étudier des arguments et des contre-arguments. J’ai quand même encore un boulot. Je suis un individu, pas une organisation, je n’ai pas de site ou de forum, donc je me limite à ce que je crois pouvoir faire.

K: Mais il y a des gens sérieux aussi dans le mouvement pour la vérité, et ça, vous n’avez pas l’air de le réaliser. Est-ce que vous avez lu les bouquins de Griffin?

JB: Non. Mais Griffin, il est aussi théologien… A priori, cela ne m’inspire pas confiance.

K: Il est logicien, aussi. Et philosophe. Et puis ça, typiquement, c’est tirer sur le messager. Regardez ce qu’il a à dire.

JB : Mais je n’ai pas le temps… ! Vous avez lu Faurisson ?

K: Non, mais je ne m’intéresse pas à ça.

JB: Voilà, c’est la même réponse.

K: Je pense que vous vous intéressez beaucoup à l’impérialisme, à la politique américaine, aux guerres en cours etc. Tous ces sujets sont intrinsèquement liés au 11-Septembre.

JB : Mais Faurisson vous répondra que les chambres à gaz sont devenues un élément central et idéologique de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et c’est vrai. Vous demandez à n’importe quel gamin qui va à l’école maintenant ce qu’il retient de la Seconde Guerre mondiale, il vous dira que c’est ça. Pour certains, c’est ce qui fonde toute l’idéologie actuelle des pays occidentaux. Ce n’est pas mon point de vue, mais il y a un parallèle.

K: Sauf que tous les gens à qui je fais confiance politiquement et idéologiquement, et dans le discours desquels je me retrouve, et même bien au-delà, font partie d’un consensus pour rejeter ses thèses en bloc. La très faible dissidence émane de gens dont le discours, y compris sur d’autres sujets, me révulse. Dans le cas du 11-Septembre, c’est tout différent, il n’y a aucun consensus. Du coup les repères sont brouillés. Chomsky, par exemple, est quelqu’un que j’admire et qui m’a beaucoup appris, mais sur cette question-là, je ne peux pas le suivre. De plus, j’ai l’impression qu’il ne connaît pas le dossier, vous me confirmez que vous n’avez pas lu Griffin ni aucun auteur dissident. Je pense qu’il suffirait de lire 2-3 livres, ça ne prend pas tellement de temps. Vous constateriez la qualité de l’argumentation et la logique.

JB: J’ai plutôt lu un certain nombre de contre-argumentations, et je pense que cela me prendrait beaucoup de temps d’entrer dans ce débat. Je voudrais aussi vous poser une question: la conspiration, elle implique qui ? Quelques personnes, l’ensemble de l’administration, le FBI?

K: A votre tour, expliquez-moi pourquoi, quand on conteste la façon dont sont présentés les faits dans la version officielle, on est tout de suite sommé de livrer un scénario clef sur porte de la façon dont les choses se seraient réellement passées. Si on démontre des impossibilités qui laissent un vide logique, et qui font donc qu’il n’y a plus d’explication et que par conséquent on en cherche une, ça veut dire qu’on doit dire combien il y avait de gens dans la conspiration, et qui c’était? Griffin est souvent sommé de faire ça, il s’y refuse, et je pense qu’il a tout à fait raison.

JB: Le problème, c’est que comme physicien, j’ai tendance à penser que les preuves d’impossibilité prouvent un certain manque d’imagination.

K: Mais il n’y a pas que ça…! Il y a aussi, à profusion, des faits présentés, qui ont été réfutés, qui ont fait que la version officielle était aussitôt modifiée en une nouvelle version opposée à la précédente. En gros, ils adaptent en permanence leur version à ce qui n’est pas niable.

JB: C’est aussi ce que dit Faurisson au sujet des chambres à gaz. C’est aussi ce que disent les sceptiques du climat, que les orthodoxes changent leur version sans arrêt en fonction des attaques des hétérodoxes. C’est un phénomène qui revient dans toutes les controverses.

K: C’est vrai dans les deux sens. Les orthodoxes reprochent les mêmes choses aux hétérodoxes. Notamment d’avoir d’abord des conclusions et d’arranger les faits en fonction. Je pense que c’est symétrique.

JB: En tout cas, je ne vois pas d’argument-mas

sue en faveur de la conspiration, par contre, je vois des arguments de plausibilité contre elle.

K: Parlons de la question de la plausibilité d’un inside job, qui vous tient à cœur. Vous dites qu’il faut commencer par examiner la plausibilité. N’est-ce pas un peu inverser la méthode scientifique? Ne doit-on pas partir des faits bruts avant de se permettre une opinion ?

JB : Non, la méthode scientifique consiste à commencer par se poser des questions. Prenez la question des miracles, par exemple. Pourquoi les gens ont-ils cessé de croire aux miracles? Parce que beaucoup de cas ont été expliqués par la science, mais il y en a peut-être quelques-uns qui restent inexpliqués. Et puis on s’est dit: qu’est-ce que c’est que ce dieu qui intervient comme ça, plic-ploc, en secret? Et pourquoi n’y a-t-il pas de jambes qui repoussent ? C’est ça la plausibilité. Mais ce n’est pas que j’ai vraiment étudié tous les cas scientifiques soupçonnés d’être des miracles et que j’ai prouvé que tous pouvaient être expliqués.

Pour le 11-Septembre, il y a le problème de la taille de la conspiration: quelques individus ou presque tout l’appareil d’État, y compris les scientifiques qui ont étudié la question et partagent en gros la version officielle? Dans le premier cas, pourquoi ne les découvre-t-on pas? Et le deuxième ne me semble pas plausible.

Il me paraît peu plausible aussi qu’il n’y ait pas de fuites. Vous avez vu l’affaire récente autour de la NSA? Il y a eu Manning, il y a eu Assange, il y a eu maintenant Snowden. Je pense que le gouvernement américain est conscient de ça, et que tous les gouvernements sont au moins aussi paranos que les citoyens et se disent que tous leurs secrets fichent le camp.

K : Il y a eu combien de coups fourrés qui n’ont pas été éventés?

JB: Moi je crois qu’en général les coups fourrés sont éventés. Donnez-moi des exemples de coups fourrés qui n’ont pas été éventés ?

K : Mais je ne peux pas, par définition… ! Cela dit, c’est peut-être une majorité. Par exemple: lorsque Gladio a été révélé, c’était par les services secrets italiens eux-mêmes, lorsqu’ils ont transmis à un juge des documents à ce sujet, qu’ils auraient très bien pu garder pour eux. S’ils ne l’avaient pas fait, cette affaire ne serait pas sortie après 40 ans, et on n’en saurait toujours rien.

JB: Oui, ça c’est vrai.

K: Dans ce cas, comment pouvez-vous dire qu’il y aurait d’office des fuites? Si ça se trouve, il n’y a qu’une minorité d’opérations secrètes qui sont un jour connues du public. On n’en sait rien, par définition.

Sinon, question plausibilité, il y a beaucoup de gens qui se demandent si la version officielle est si plausible que ça…

JB: Non, c’est vrai qu’elle est surprenante. C’est surprenant qu’ils soient arrivés à réussir un coup pareil. Mais elle n’est pas aussi peu plausible qu’une conspiration générale, à mon avis.

K: Mais Griffin est parvenu à faire un livre entier sur toutes les omissions, les distorsions et les manipulations du rapport de la Commission. Il y a beaucoup de choses complètement incohérentes.

JB: Oui, mais à chaque fait incohérent relevé, il y a des contre-assertions de la part des orthodoxes, et je pense que je pourrais passer ma vie à discuter de qui a raison et qui a tort. Je ne pense pas qu’il y ait des smoking guns, des preuves irréfutables de nature à mettre la version officielle par terre.

Cela dit, on peut très bien critiquer la version officielle sur d’autres points, sans postuler un gigantesque inside job. Il y a des gens avec qui je discute qui acceptent ce que vous appelez la version officielle, mais qui veulent mettre en avant les raisons pour lesquelles les États-Unis ont été attaqués. Et la raison qui revient constamment, c’est de punir le soutien des États-Unis à Israël et aux dictatures arabes, notamment. Les indices sont nombreux, mais ce n’est jamais cette raison qui est retenue dans les discours officiels. Devant la Commission d’enquête, certains agents de la CIA et du FBI ont invoqué cette même raison, mais cela n’a pas été retenu dans le rapport[note]. Un autre point, relevé notamment par Justin Raimundo, un auteur très anti-guerre et très critique de la politique étrangère des États-Unis, c’est le rôle des espions et des soi-disant « marchands d’art » israéliens autour du 11-Septembre [note]. Quand on arrête des types en train d’applaudir à la démolition des tours, quand il y a un bon nombre d’espions israéliens qui sont arrêtés aux États-Unis autour du 11-Septembre puis renvoyés en Israël, quand il y a un certain nombre d’indications qui montrent qu’ils en savaient sans doute plus que ce qu’ils ont dit à leurs chers alliés, il y a de quoi se poser des questions. Alors l’emphase sur les démolitions contrôlées et tout ça, ça détourne l’attention de ce qui me paraît être le véritable problème.

Propos recueillis par Olivier Taymans

ÉMISSION RADIO DE NOTRE SOIRÉE INVASION TECHNOLOGIQUE: PEUT-ON ENCORE DIRE NON.

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Émission radio de notre soirée invasion technologique: peut-on encore dire non. [note]

Suite à notre soirée « Invasion technologique, peut-on encore dire non », organisée au centre culturel de Watermael-Boitsfort, premier volet d’une émission radio de Micro Ouvert.

Face à l’actuel déploiement non concerté et criminel de la 5G à Bruxelles, les propos des intervenants de cette soirée sont essentiels.

https://archive.org/d…/MicroOuvert-InvasionsTechnologiques1-

Kairos Spécial 4

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Ce spécial est pour l’instant seulement disponible en effectuant un virement sur le compte de Kairos: BE81 5230 8062 1324 – BIC TRIOBEBB, en indiquant en communication l’adresse d’envoi. Ainsi que dans la librairie Tropismes à Bruxelles et Papyrus à Namur. Il sera diffusé dans d’autres librairies d’ici peu.

12 euros (frais de port de 2 euros) pour la Belgique et 17.80 (frais de port de 7.80 euros) euros pour France et le reste de l’Europe.

L’IMPOSSIBLE MILITANTISME DE GAUCHE AU XXIE SIÈCLE

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Les militants « de gauche » sont maintenant confrontés à la quasi-impossibilité de faire valoir leur point de vue par quelque action que ce soit. Tout ce qu’ils ont fait, font, ou feront sera, d’une manière ou d’une autre, retenu contre eux. Comment en est-on arrivé là ? Avant de faire l’inventaire des entraves actuelles au militantisme de gauche, un bref rappel historique n’est pas inutile pour comprendre la longue descente aux enfers d’un courant de pensée qui fut pourtant, pendant une centaine d’années, disons de 1844 à 1944[note], la force vive d’un peuple désormais insoumis.

Au moment même où le Programme du Conseil national de la Résistance est adopté dans la clandestinité (le 15 mars 1944), Hayek publie sa Route de la servitude, qu’il a pavée de 1940 à 1943. Son message ? Ce n’est pas parce que le communisme vient, hélas, de remporter une victoire contre le fascisme (et à quel prix !) qu’il faut baisser les bras. Ce n’est pas parce que l’idéal communiste est plus vivace que jamais dans l’imaginaire politique, et qu’il inscrit même ses exigences concrètes dans la vie politique de l’immédiate après-guerre, que la partie est perdue. Il faut réseauter patiemment le monde académique, noyauter les médias, et infiltrer tous les niveaux du pouvoir, jusqu’à ce que le moment d’agir soit propice. Celui-ci arriva, trente ans plus tard, avec l’essoufflement de la croissance, le pic pétrolier US-américain (King Hubbert l’envisageait dès 1956 entre 1965 et 1970), la fin de Bretton Woods (le 15 août 1971, les États-Unis suspendent la convertibilité du dollar en or), et la politique que l’OPEP redéfinit à l’occasion de la guerre du Kippour (1973).

De fait, ce sont les idées de Hayek et de ses complices qui permettent à Pinochet de renverser Allende et d’imposer la criminelle stratégie du choc à l’économie chilienne [note]. Entre le 11 septembre 1973 et le 11 septembre 2001, se succéderont, en moyenne, des gouvernements de plus en plus en droite. J’écris en moyenne, car certains pays échapperont brièvement à la dérive, tandis que d’autres seront nantis de gouvernements de gauche travaillant un peu moins à droite, ou plus frappés d’inertie dans la mise en œuvre des réformes libérales, nécessaires sans être jamais suffisantes. Avec l’avènement de la « nouvelle gauche » et du néolibéralisme, il n’y a simplement plus d’alternative (le célèbre « TINA » de Thatcher, c. 1975)[note].

Enfin, depuis la chute du Mur de Berlin (1989), la dissolution du Comecon (1991), et, plus encore, les attentats du 11 septembre 2001, l’absence d’alternative va de soi. L’heure est à la globalisation, c’est-à-dire à l’US-américanisation du monde aux niveaux économique (pas de salut en dehors du libre-échange en dollars), politique (la « communauté internationale » est l’OTAN), et militaire (l’OTAN est la « communauté internationale »). Depuis la démolition contrôlée de la Libye (2011), les terroristes musulmans, russes et chinois prétendent certes construire un monde multipolaire, mais la nouvelle n’a pas encore percolé dans les esprits occidentaux — sauf dans ceux qui soupçonnent que cela ne sera pas respectueux des droits humains.

Il y aurait donc quatre époques militantes. Paradoxalement, l’âge d’or du militantisme est aussi celui du capitalisme sauvage, colonial et crisique, comme il se doit. Entre 1844 et 1944, l’idéal et la philosophie communistes constituent, respectivement, un puissant attracteur et une grille de lecture cohérente et applicable. Le monde ouvrier est mobilisé, ou mobilisable, derrière le concept de lutte des classes. Il ne fait aucun doute pour personne que la différence « gauche / droite » représente le gouffre qui sépare les gens d’en bas des gens d’en haut. L’échec des Internationales et les errances du communisme soviétique n’y changent absolument rien.

L’âge d’argent, de 1945 à 1972, est celui des compromis et des compromissions de la social-démocratie. L’évidence de la nécessité de la concertation sociale n’a d’égale que celle de la guerre froide. En fait, l’étau idéologique, militaire et policier ne s’est jamais desserré autour du communisme et de ses adeptes. Rien ne sera toutefois plus pareil après l’échec de Mai 68. Il s’agit bien sûr d’une révolution avortée par la CGT et le PCF, et récupérée par les conservateurs. Le tour de passe-passe opéré par l’oligarchie est remarquable : les revendications révolutionnaires, qui remettaient en cause, par définition, les modalités de l’exercice du pouvoir, ont été transformées en exigences infantiles. D’une part, le conservatisme gaullien devient libéralisme pompidolien et les oligarques dorment à nouveau sur nos deux oreilles ; d’autre part, le tissu social est détricoté à l’aide d’idéaux pervertis. On dénonce la notion d’autorité, sans laquelle l’éducation est impossible (le diagnostic d’Arendt est aussi un pronostic[note]) ; on adopte un féminisme plus soucieux du capital que des femmes ; l’anarchie devient libertarienne, ou libérale-libertaire, la consommation devient libidinale et ludique ; et le défi de la décroissance s’apprête à devenir le challenge du développement durable. Ce sera ou le capitalisme ou la barbarie.

L’âge d’airain, de 1973 à 2001, est celui de la démission de la « nouvelle gauche » face au retour du capitalisme fascisant et à son discours moralisateur : après avoir largement vécu au-dessus de ses moyens, la société occidentale doit maintenant faire face à une crise qui nécessite une politique « de rigueur » ou « d’austérité ». C’est le tournant de la rigueur de Mitterrand (1983) et celui du blagueur de Blair (1997)[note]. La différence « gauche / droite » est démonétisée… par la droite, tandis que la nouvelle gauche y trouve sa raison d’être, et que sa base n’y voit que du feu. Le (rétro-)pantouflage mine l’État de l’intérieur. Que demander de plus pour des capitalistes en mal de profit ?

L’âge de fer, qui est le nôtre depuis, conventionnellement, 2001, se signale par la paupérisation des classes moyennes et la stupeur de tous face à de vraies-fausses machinations économiques et de fausses-vraies embrouilles politiques. C’est le tournant de la terreur qui a été adopté par les grands de ce monde, unanimes face à la nouvelle menace fantôme. Dans ce contexte surréaliste, aussi manichéen qu’orwellien, il est devenu extrêmement difficile d’exprimer un dissensus, et encore plus de le manifester par quelque action concrète que ce soit. Les raisons de ce néomaccarthysme ne sont pas difficiles à identifier.

Primo, la presse d’opinion ayant pour ainsi dire disparu dans des circonstances parfois violentes[note], et les radio-télévisions nationales s’étant converties aux exigences des publicitaires, les citoyens peinent à trouver les informations qui pourraient orienter leurs choix économiques et leurs jugements politiques. Il faudrait se résoudre, comme l’écrit Chomsky, à lire le Wall Street Journal ou son équivalent local. Et encore…

Secundo, la capacité de l’enseignement à susciter la pensée critique étant en chute libre (on lui laissera celle de fabriquer des compétences sur mesure), les citoyens ont bien du mal à faire le tri des informations auxquelles ils ont accès, à les relier, et à en tirer toutes les conséquences qui s’imposent.

Tertio, ceux qui, pour des raisons qui échappent à toute enquête sociologique, n’ont pas renoncé à se tenir systématiquement au courant des aléas de l’histoire, savent encore hiérarchiser les données, et ont le courage de tirer des conclusions de leurs réflexions, tombent ipso facto sous la condamnation de « conspirationnisme ». On assiste, en effet, à la criminalisation du dissensus sous toutes ses formes.

Quarto, le militant qui se déciderait néanmoins à agir, que ce soit en s’exprimant librement sur des sujets délicats, en organisant une action quelconque, ou même en s’abstenant d’agir (en pratiquant la « Civil Disobedience » de Thoreau), sera confronté à quelques obstacles supplémentaires, et non des moindres. Le silence absolu est le premier. Il pourra éventuellement se muer en silence poli, même pas désapprobateur. C’est, par exemple, le sort que l’on réserve, outre-Atlantique, à Chomsky. (C’est aussi le sort que Chomsky réserve, lui-même, outre-Atlantique, à ceux qui n’acceptent pas la version officielle des événements du onze septembre 2001. La violence symbolique a ses raisons que la raison ne connaît pas.) Le refus de laisser l’intéressé s’exprimer librement est devenu une pratique journalistique standard. Avant même d’avoir pu terminer, ou commencer, sa première phrase, il doit faire face à une seconde question qui ignore trop souvent ce qui vient d’être esquissé (ou pas). Ou alors on somme le syndicaliste de reconnaître des voies de fait et de condamner l’éventuelle dérive de la manifestation[note]. La décontextualisation, l’ajout d’erreurs, la malveillance, la déraison, l’invention pure et simple, la calomnie, et le discours salade complètent la panoplie du parfait désinformateur. « Fausse ignorance et froid mensonge[note] » peuvent toutefois ne pas suffire ; la condamnation violente et grossière par les collègues, les experts et les chiens de garde (de Nizan à Halimi), vient ensuite. Il s’agit ici, très prosaïquement, de satisfaire les appétits carnassiers d’une certaine frange de la population. Il faut un Mélenchon pour survivre à la répétition d’une telle épreuve. Enfin, le retournement pur et simple du sens de l’action militante si, par extraordinaire, le système médiatique devait éprouver le besoin d’en parler, est remarquable. « Dans un monde réellement inversé, le vrai est un moment du faux. [note] »

La conclusion est évidente : qu’il agisse ou non, qu’il s’explique ou non, qu’il présente ses excuses (!) ou non, le militant ne communiquera que son indigence à communiquer, c’est-à-dire sa non-maîtrise de sa propre image et de sa diffusion. C’est la conséquence de l’extrême désagrégation du tissu social et de la fusion des (contre-)pouvoirs ; elle possède elle-même deux racines. D’une part, le conformisme se manifeste par l’infantilisation et l’indifférenciation des personnes, la dépolitisation des citoyens, et la standardisation des consommateurs, qui constituent autant de précieuses muselières pour paralyser les corps et amnésier les esprits. Il faut être fou pour prétendre penser, c’est-à-dire critiquer, quoi ou qui que ce soit, dans une telle atmosphère. Il est, après tout, si commode d’être mineur. À la niche, les glapisseurs de Kant ! D’autre part, l’atomisme est décelable dans l’impuissance politique ressentie, à des degrés divers, par nos contemporains. Elle constitue à la fois le symptôme de la faillite de la démocratie représentative, et le prodrome du retour d’une gouvernance encore plus respectueuse des droits du capital. L’humanité doit se cantonner dans la guerre de tous contre tous[note]. Au conformisme et à l’atomisme, qui hantent les sociétés industrielles depuis leur avènement, il faut ajouter la surveillance généralisée, et l’anxiété qu’elle nourrit sous prétexte de l’empêcher.

Quels sont les outils qui, en pratique, permettent de sceller le sort citoyen dans la démocratie de marché ? Dette, obsolescence et publicité sont instrumentales, surtout depuis la crise de 1972. Le tout premier outil politique d’uniformisation et d’atomisme est la publicité. Il est du reste revendiqué comme tel par ses pionniers : « la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions des masses constitue un élément important de la société démocratique[note] ». Ce n’est pas en vain qu’on parle de démocratie de marché. Un bref rappel historique est, ici aussi, éclairant.

La réclame semble émerger vers 1830, et sa particularité est de rendre publique la solution industrielle à des besoins qui peuvent prétendre à une certaine réalité. On peut soutenir, en effet, que l’eau et le gaz à tous les étages, une brosse à dents par personne, une gazinière avec four thermostatique, ou un aspirateur électrique, améliorent sensiblement le niveau de vie. Restent à évaluer les coûts sociaux et écologiques de production et d’usage, mais pour le besoin de notre argument, on peut les mettre entre parenthèses.

L’obsolescence qui règne alors est d’abord fonctionnelle : le produit hors d’usage doit être remplacé. Avec la poursuite des innovations, l’obsolescence devient ensuite technique : le produit « périmé » est celui qui peut être remplacé par un équivalent plus efficace ou plus sophistiqué. Une troisième forme d’obsolescence apparaît dès 1924 : l’obsolescence programmée ou désuétude planifiée. Le cartel de Phœbus (1924–1939) est resté dans les annales comme le premier oligopole créé dans le but d’entretenir la demande en viciant simplement la production. Les lampes à incandescence produites par les membres du cartel ne pouvaient plus, sous peine d’amende, avoir une durée de vie supérieure à mille heures. Produire du prêt-à-jeter est la première vraie parade du capitalisme.

Lorsque la réclame cède la place, dans les années 1970, à la pub-marketing, le marché est déjà saturé et le but de la publicité devient d’avancer les prétendues performances d’une marque par rapport à une autre (une gazinière de marque X plutôt que de marque Y) — non plus par la raison ou l’émotion, mais par le désir[note].

Un nouveau seuil est franchi, à la fin des années 1980, avec la communication multimédia (incluant le « branding »), et la création de besoins existentiels totalement factices. Contrairement à la réclame et, dans une certaine mesure, à la publicité, la communication cherche à s’approprier totalement la vie des individus. Et il ne s’agit pas uniquement de la création de besoins purement existentiels (religion de la bagnole, chirurgie esthétique, botox, génie génétique, …), mais du viol du monde mental de l’individu[note]. Le consommateur se définit plus que jamais par sa consommation symbolique : ce sont les logos qui donnent matière et forme à sa vie sociale. On n’achète plus un téléphone de la marque Dring, on devient Dring. Pour une fois, Sartre semble avoir anticipé quelque idée applicable.

L’obsolescence est maintenant psychologique : le consommateur ne peut plus s’identifier à des produits démodés — sous peine d’être, lui aussi, déclassé. Dans Le Festin nu, Burroughs a trouvé les mots pour dire le nouveau rapport qui s’instaure entre le producteur et le consommateur : le dealer ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur à son produit ; il ne cherche pas à améliorer et à simplifier son produit, il avilit et simplifie son client… La came est le produit ultime : nul besoin de boniment pour séduire l’acheteur, qui est prêt à traverser un égout en rampant sur les genoux pour mendier la possibilité d’en acheter[note]. La marchandise doit donc être pensée comme moyen de contrôle idéal. Pour ce faire, elle a été épaulée par la libération du crédit : en achetant à crédit, on consomme, par définition, ce qu’on ne peut pas se permettre et on s’enchaîne à la machine de production dont on attend qu’elle régurgite une partie de la plus-value du travail (ou ce qui en tient lieu) pour payer les intérêts du prêt.

Tout ceci a été théorisé par Debord et Bourdieu, et réinterprété par Dufour.

Le raccourci le plus saisissant qui peut être osé sur la Société du spectacle (1967) de Debord consiste à la rapporter à l’allégorie de la caverne : l’être s’y réduit à l’apparaître, et cet apparaître est machiné sans que l’on puisse comprendre le script à partir du spectacle, simplement parce que la causalité ne peut y être perçue. Au réel, qui est intériorité vécue et partagée, s’oppose le représenté, qui est extériorité spectaculaire et solitaire, comme la vie s’oppose à la mort. Deux clefs sont importantes dans ce théâtre d’ombres de simulacres : atomisme et conformisme. D’une part, le spectacle est superficiel, divertissant et aliénant dans sa jouissance individuelle ; d’autre part, il incarne un rapport social structuré par l’axe producteur/consommateur. « Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images[note] »

Précisément, dans Sur la télévision (1996), Bourdieu analyse la violence symbolique qui imprègne le champ journalistique et « les locataires mal logés du territoire de l’approbation[note] ». D’une part, la télévision est dangereuse dans la mesure où elle détient un immense pouvoir de diversion (i.e., de production de faits divers) et de redirection de l’attention citoyenne. D’autre part, les rapports entre culture et politique sont devenus nocifs : Bourdieu dénonce la déculturation (le conformisme destructeur) et la dépolitisation (la censure et l’autocensure des intervenants professionnels) ; il distingue idées reçues (médiatisables instantanément) et discours articulé (qui demande un long argumentaire et donc un autre format et un autre vecteur que les mass médias).

Pour sa part, dans L’individu qui vient… après le libéralisme (2011), Dany-Robert Dufour remarque que le fil directeur de Bourdieu est adéquat, mais que son argument n’est pas complet. Le néolibéralisme, en tant que programme de destruction des structures collectives (culture, associations citoyennes, syndicats, familles, État-nation, …), vise aussi (avant tout ?) l’intégrité psychique des individus. La destruction du sujet autonome est double : le sujet critique (apte à l’exercice de la pensée) et le sujet névrotique (susceptible de culpabilité). Le « sujet » néolibéral est intrinsèquement acritique et psychotisant. Dufour fait reposer le programme « post-identitaire » sur les industries qui soutiennent et finalement tuent le fantasme : essentiellement l’industrie pornographique, l’industrie pharmaceutique, l’industrie chirurgicale de l’intime & l’industrie psychiatrique et asilaire. L’usinage de la sexualité s’apparente à ce que Sironi appelle l’effraction psychique : l’objectif majeur des systèmes tortionnaires est de faire taire, de produire de la déculturation en détruisant psychiquement un individu.

En fait, nous ne sommes pas du tout en territoire inconnu. Lorsque Leo Löwenthal analyse la politique génocidaire nazie[note], il dévoile des prémisses identiques : la déstructuration que la « démocratie » fait subir à la vie communautaire correspond point pour point à celle qui est exigée par le « divin marché ». D’où la conclusion qu’il annonce dès l’abord : la terreur fasciste est profondément enracinée dans l’esprit technoscientifique occidental, et plus particulièrement dans « le marché de concurrence pure et parfaite » voulu par Hayek. Pour Löwenthal, comme pour Orwell quelques années plus tard, penser devient un crime stupide et scandaleux (cf. « crimethink » vs « crimestop ») ; pour survivre, les clones doivent se réfugier dans une stupeur protectrice, dans un coma moral (cf. « protective stupidity »)[note]. La question rebondit alors : comment la Terreur plonge-t-elle les clones dans la stupeur ? La réponse d’Orwell est bien connue : la pratique de la double pensée (« doublethink ») pousse chaque clone dans les rets de la psychose et permet au Parti de contrôler la réalité, ni plus ni moins. Il lui faut savoir et ne pas savoir, être conscient de la vérité absolue de ses propos tout en l’élaborant à partir de mensonges complexes ; il doit pouvoir oublier ce qu’il est nécessaire d’oublier tout en ayant la faculté de s’en souvenir si besoin est… On quitte le domaine de la dissonance cognitive pour entrer de plain-pied dans la sphère de la psychose. En comparaison, le remplacement du récit culturel de l’harmonisation de la solidarité et de l’individuation par le récit de la guerre des clones fait figure d’aimable plaisanterie névrotique. Ce n’est pas par hasard qu’Orwell parle de folie dirigée (« controlled insanity ») et de l’impératif de la torture comme moyen d’exercer le pouvoir politique.

Le 11-Septembre nous offre deux exemples complémentaires d’injonction psychotique. Premièrement, l’interprétation absurde de ce qui est visible : depuis les années cinquante, la grande majorité des Occidentaux connait la signature visuelle de la démolition contrôlée, qui est utilisée systématiquement dans les pays de grande obsolescence programmée ; on exige (sans exiger) qu’ils ignorent (sans le pouvoir vraiment) ce savoir empirique. Deuxièmement, l’hallucination forcée de ce qui est invisible : alors que rien n’est discriminable dans la vidéo qui a été rendue publique, le citoyen est (et n’est pas) prié d’y découvrir le visage horrifié des passagers d’un Boeing en perdition[note].

Cela étant rappelé, le mécanisme de retournement qui est mis en œuvre par les employés aux écritures du système du mensonge spectaculaire[note] mérite qu’on s’y attarde. La double contrainte est la suivante : d’une part, toute action militante de gauche qui n’est pas répercutée par les médias n’a jamais eu lieu pour le citoyen lambda ; d’autre part, toute action répercutée par les médias aggravera, si c’est encore possible, l’image de ses concepteurs. De la même manière que, dans une famille incestueuse, l’enfant est, à la fois, contraint de continuer à vivre avec, si pas pour, l’adulte pervers, il sait que chaque nouvelle interaction sera traumatique. Selon la profondeur, la durée, et la répétition des événements traumatiques, la victime adoptera une des stratégies de survie qui ont été bien documentées depuis que l’imposture freudienne est connue : sentiments de honte et de culpabilité, comportements à risque, comportements autodestructeurs, tels que l’automutilation, promiscuité sexuelle et tentatives de suicide, deviennent progressivement inévitables. Dans un tel contexte, on peut se demander si ceux qui sombrent dans la schizophrénie ne s’en sortent finalement pas si mal.

De même, le militant ne peut que difficilement faire avancer ses idéaux sans accès aux mass médias ; et chaque accès aux médias dégrade son image. Et l’image est tout ; elle est devenue le capital principal au sens bourdieusien — ou, plutôt, le métacapital chapeautant tous les autres. On se souvient des formes de capital définissant la position dans le champ social : le capital économique (revenus et patrimoine mobilier et immobilier), le capital culturel (ressources culturelles : habitus culturel, titres scolaires, possession de biens culturels), le capital social (réseau de relations), et le capital symbolique (titres, rituels, distinctions honorifiques)[note]. Celui qui peut choisir comment il sera représenté dans les médias détient les clefs économiques, culturelles, sociales et symboliques. En jouant sur les unes, il acquerra inévitablement les autres. Les arrivés optent pour l’invisibilité médiatique, tandis que les arrivistes cherchent à conquérir et à occuper l’espace médiatique, tout dépend du profil et des objectifs.

En conclusion, le militantisme de gauche est confronté à trois obstacles majeurs.

Premièrement, le contexte idéologique n’a jamais été aussi défavorable. Prétendre qu’il n’y a plus d’alternative (« TINA »), cela veut aussi dire qu’il n’y a plus de gauche, que le clivage gauche-droite est l’équivalent, en science économique, de la différence entre alchimie et chimie en science dure. Les foules paupérisées ne se reconnaissent plus dans le militantisme, mais elles sont, par contre, très heureuses de s’entrevoir comme des riches en (im-)puissance, comme des « célébrités » qui ne demandent qu’à être découvertes. Pourquoi gâcher ce futur en crachant dans la soupe froide ? Les gauchistes n’ont produit, dans le meilleur des cas, qu’une pensée obsolète et, dans le pire, que des revendications incohérentes, inapplicables, et inadéquates.

Deuxièmement, dans une société du spectacle, toutes les informations transitent par les médias, et ceux-ci sont, dans leur grande majorité, à l’ordre. Le système médiatique choisit donc de relayer, ou pas, de commenter, ou pas, et, surtout, de donner implicitement la clef. En somme, la liberté d’expression est garantie tant qu’elle est totalement inefficace, voire qu’elle nuit au libre penseur.

Troisièmement, dans un tel système pervers, il n’est simplement pas possible de « répondre à l’insensé selon sa folie, afin qu’il ne s’imagine pas être sage[note] » : la raison a quitté la sphère publique. Il n’y a rien de moins médiatique que la raison ; il faut manipuler, sans état d’âme, le désir et l’émotion. Le militant est peut-être encore plus handicapé par cette réalité que par les deux autres. Chercher à présenter honnêtement son point de vue, croire en la vérité, en la vertu, au bien commun, constituent autant de traits qui deviennent handicapants dès lors que le vrai est un moment du faux, et que le monde renversé est le monde réel. Les débats contradictoires s’avèrent inutiles ; lorsqu’ils sont apparemment programmés, ils sont aussitôt appropriés par la logique spectaculaire.

On touche ici au ressort fondamental de la terreur médiatique. S’absenter du paysage médiatique confirmerait la faillite idéologique de la gauche ; chercher à y paraître confirme sa déroute. Ce n’est donc pas une contradiction à laquelle nous avons à faire, mais à un paradoxe pour lequel aucune solution rationnelle ne semble possible. Or, la seule réponse à un paradoxe est un contre-paradoxe : il faudrait communiquer de manière à pervertir ce système pervers. Prenons un exemple plus ou moins au hasard : créer un parti, faire campagne lorsque l’occasion se présente avec un vrai programme rationnel et positif (pas un tissu de négations) et appeler à l’abstention ou au vote nul. Impossible alors de perdre les élections !

Voici le temps de la guérilla venu.

M. Weber[note]

SOIRÉE-CINÉ-DÉBAT CE SAMEDI À BRUXELLES. TECHNOLOGIE INVASIVE

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Programme:

18h00 – Documentaire « Take Back Your Power » de Josh del Sol (2013)

19h00 – Intervention de Wendy de Hemptinne et Paul Lannoye

20h00 – Buffet (fromage du Chant des cailles, pain, soupe et quiches de Farilu)

20h50 – Intervention de Bernard Legros

21h30 – Débat: Alain Adriaens (modérateur), Bernard Legros, Wendy de Hemptinne, Francis Leboutte.

22h15 (au bar): concert de Fred Deltenre

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Restauration : 5€ ou 10€ / Réservations souhaitées !
Réservations ICI ou au n° 02 672 14 39

Les élus de la commune ont été personnellement contactés pour assister à cette soirée (au moins au débat à 22h00): nous voulons savoir ce qu’ils comptent mettre en oeuvre contre les compteurs intelligents et pour définir des limites à la technologie (dans les écoles, la rue, etc.)

Technologie Invasive : compteurs « intelligents », tableaux blancs interactifs, 5G… Peut-on encore dire non ?

Les parlements bruxellois et wallon votaient cet été, dans la plus grande opacité, pour le déploiement des compteurs dits intelligents (compteurs d’électricité connectés qui vont communiquer le relevé de votre consommation à distance); dans les écoles, tableaux blancs interactifs et tablettes deviennent des outils pédagogiques; universités, politiques et entreprises préparent la 5G…

Toujours présenté comme bénéfique au citoyen, le déploiement de ces nouvelles technologies touche à la problématique de l’invasion technologique dans nos vies, qui ne demanderait, telle une manifestation de la nature, aucun débat citoyen.
Vous a-t-on pourtant informé des risques sanitaires que ces technologies comportent, de l’extraction de matières premières sur lesquelles elles reposent, des dangers d’accidents qu’elles représentent, de la consommation accrue qu’elles impliquent ?
Les effets de compteurs « intelligents » et autres tablettes sur la vie des gens devraient être connus et médiatisés. Ainsi, ils pourraient décider en toute connaissance de cause s’ils les acceptent ou pas.

LE JOURNAL KAIROS EST-IL ANTISÉMITE ?

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Les sionistes confondant sciemment antisionisme et antisémitisme voient dans toute critique d’une chose ou personne liée de près ou de loin à l’identité juive, la preuve irréfutable d’une haine antisémite, les prémices d’une résurgence de la Shoah. Véritables obsessionnels, ils usent et abusent de cette formule rhétorique commune qui consiste à éviter de parler de la substance d’un propos en détournant l’attention sur la soi-disant intention cachée de l’auteur. Formule qui fait qu’à la fin, on ne sait au fond pas ou plus du tout de quoi traitait l’article incriminé.

En publiant dans le numéro de Kairos un article sur la librairie Filigranes (Bienvenue en « Filigranie ») et le management « moderne » de son patron, Marc Filipson – qui se revendique Juif -, il ne fut dès lors guère étonnant de voir Kairos « dans le viseur de la Ligue belge contre l’antisémitisme »[note](LBCA), même si cet article n’avait strictement rien à voir avec la question juive.

La phrase suspecte (en gras) et son contexte :

(…) Le jour même « Zemmour fut introduit avec humour par Marc Filipson », au déjeuner-conférence du Cercle de Lorraine, réunissant patrons, noblesse, médias et politiques. Ce n’est pas un problème si l’invité déclarait que les « musulmans dans le peuple français nous conduira (sic) au chaos et à la guerre civile ». Après cela, il fut tout de même invité à venir manger la galette des rois chez Filigranes en conviant la presse, alors même que la librairie avait reçu des menaces et que les employés lui avaient demandé d’en tenir compte. Mais la cupidité, ou l’âme commerçante, a tout de même ses limites, et on se demanderait s’il n’y a pas là quelques prédilections pour la Kippa plutôt que la Burka. Zemmour donc, mais pas Dieudonné.

Le président de la ligue, Joël Rubinfeld, ne tarda pas à réagir : « Pourquoi évoquer la confession de quelqu’un alors que l’on parle de management ? Ça arrive comme un cheveu dans la soupe. C’est suspect. On insiste sur le fait que M. Filipson aime vendre, ça rappelle le champ sémantique du juif et de l’argent, qu’on retrouve dans l’extrême gauche ». Certes, quand on est cofondateur de l’Atlantis Institute – présidé à l’époque par Corentin de Salle, directeur actuel du centre Jean Gol, bureau d’étude du Mouvement réformateur (MR) -, think tanks ultra-conservateur qui promeut la soumission aux États-Unis et le libre-échange, il vaut mieux brandir l’épouvantail de l’antisémitisme dès lors qu’on pourfend les techniques modernes de management, dont raffolent les ultra-libéraux. La loi de Godwin[note] est donc là pour éviter de parler de ce qu’on considère comme allant de soi (l’ultralibéralisme, dont l’inégalité et l’injustice lui sont consubstantielles).

QUESTION DE RELIGION OU D’INJUSTICE ?

Premièrement, il faut souligner que ce n’est pas la confession que convoquent nos propos, mais la différence de traitement. On rappellera ainsi par la même occasion à Joël Rubinfeld que l’indignation ne devrait pas être sélective, et que devant certains méfaits dénoncés dans la presse il faudrait s’outrer qu’on puisse y associer une identité religieuse ou ethnique (« L’arabe de service »), comme c’est pourtant courant. Secundo, puisque c’est du traitement différent dont on parle, il faudra dire comme l’islamophobie, inadmissible au même titre que l’antisémitisme, n’est-ce pas ? semble en général moins susciter l’indignation des défenseurs zélés de l’antiracisme.

Est-ce peut-être parce que derrière la qualification systématique d’antisémitisme, on évite de remettre en question la colonisation israélienne de la Palestine, les vols, massacres et déportations massives de la Naqba, il y a 70 ans ; les assassinats et violations de droits de l’homme actuels, les tirs des snipers de l’armée israélienne sur des manifestants sans défense pendant qu’on célébrait en grande pompe le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem ; les massacres du peuple enfermé de Gaza ?

Peut-être est-ce sage dès lors d’écouter les paroles de Hajo Meyer, déporté en 1944 à Auschwitz, numéro « 179679 », dire : « “Si nous voulons rester vraiment des êtres humains, nous devons nous réveiller et appeler les sionistes par ce qu’ils sont : des criminels nazis”, disait MeyerLa haine des Juifs par les Allemands “était moins profondément enracinée que la haine des Palestiniens par les Juifs israéliens”, observait-il. “Le lavage de cerveau de la population juive d’Israël dure depuis plus de soixante ans. Ils ne peuvent pas voir un Palestinien comme un être humain” »[note].

Ni islamophobe ni antisémite. Lucide, juste opposé à l’oppression d’un peuple par un autre, refusant l’éradication en cours des Palestiniens, alors que la communauté internationale détourne le plus souvent le regard, pendant que les dénicheurs impénitents d’actes antisémites s’activent à rejeter toute critique d’Israël, au grand bénéfice de son œuvre coloniale, et donc du capitalisme destructeur.

2 SUR 80!

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Vous vous souvenez, le 18 juin, nous envoyions un mail aux députés bruxellois qui s’apprêtaient à prendre des décisions concernant les compteurs « intelligents »: 

« Mesdames et Messieurs les députés, Demain mardi 19 juin 2018, vous allez prendre des décisions concernant le cadre légal permettant de déployer des compteurs d’électricité dits « intelligents » à Bruxelles. » (…)[note].

Sur 80, 2 nous ont répondu (Zoé Genot et Magali Plovie). Entretemps, l’ordonnance a été votée et approuvée le 20/7 à Bruxelles (le 18/07 en Wallonie). 

Vive la démocratie, vive les compteurs intelligents, vive les multinationales! 

La liste des députés qui ont reçu notre mail du 18 juin: 

fouad.ahidar@parlement.brussels,
info@elsampe.be,
f.bertieaux@mr-pcf.be,
e.bott@woluwe1200.be,
jacques.brotchi@parlement.brussels,
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Pour s’informer, mener un vrai débat démocratique, rendez-vous le 15 septembre à 18h00 au centre culturel de La Vènerie (voir affiche ci-dessous).

Iode: la pastille qui fait déborder le vase?

– T’as été chercher tes pastilles d’iode ?

– Ah ouais… c’est vrai, ça m’était sorti de la tête. Mais y’a pas de risques, non, tranquille !

– Pourquoi ils distribueraient des pastilles alors ?

– Ouais, t’as pas tort là. Y préfèrent prendre le risque de l’apocalypse alors ?

– T’as tout compris. Le fric, le fric, le fric, y’a que ça !

La spectaculaire mesure gouvernementale de distribution de comprimés d’iode dans toute la Belgique est l’exemple même, poussé à son extrême, de l’aspect secondaire qu’a le peuple pour les « gouvernants ». Scandaleuse en tant qu’elle révèle qui ils sont et ce qu’ils pensent que nous sommes, a-t-elle malgré tout été digérée?

Alors que la plupart s’enrichissent dans leurs conseils d’administration et autres fonctions, uniques paravents servant à occulter leurs pratiques mafieuses[note]. le nouveau scandale faisant oublier le précédent, toutes les mesures qu’ils prennent le sont dans un seul objectif : qu’ils ne soient pas ennuyés, et donc que nous les réélisions aux prochaines élections. Les autres ? Des exceptions. Travaillez, consommez, lisez les médias de masse, regardez la télé et prenez vos pastilles d’iode, ils vous laisseront tranquilles et vous convaincront que vous êtes libres.[note]

Maîtriser la communication est dès lors essentiel pour eux. Leurs serviteurs médiatiques sont là pour ça[note], le cas de l’entreprise Zalando, boutique en ligne de vêtements, « qui malheureusement ne s’est pas installée en Belgique », en témoignait récemment. Les médias nous annonçant « La Wallonie loupe le contrat du siècle avec Zalando », est emblématique. L’événement illustre à son tour le contrôle de l’information et de la pensée et leur formidable technique de propagande, reprenant la litanie de l’emploi, qui nous rappelle cette réflexion odieuse du syndicat socialiste, alors que les discussions parlementaires portaient à l’époque sur la nécessité de vendre des armes à la Libye[note] : « Nous allons connaître une baisse d’activités à partir de 2011 avec la perte de 52 CDD à partir du mois d’octobre (FGTB). La commande libyenne aurait pu compenser cette baisse d’activités (…) La commande libyenne était un contrat qui aurait offert du travail à 400 personnes de manière intermittente pendant 4 à 5 ans ».[note] Mais revenons au cas Zalando : alors que 221 milliards d’euros ne sont pas passés par les caisses de l’État belge en 2016, argent qui à lui seul aurait permis de financer des services essentiels, on se perd dans des considérations sur « les coûts salariaux plus élevés » ou « l’assouplissement des règles sur le travail de nuit ». Ne pas lier les deux n’a rien du hasard. Commencer à parler de la fuite fiscale avant toute considération, sinon ne parler de rien.

– « Tu dois être plus flexible ! »

– « Plus flexible ? Et les 221 milliards, c’est quoi leur taux de flexibilité ? »

Quel lien donc entre ce contexte concurrentiel de pays qui compressent les travailleurs et en font de vulgaires instruments productifs, le nucléaire et ses pastilles d’iode, l’évasion fiscale … ? C’est que les gesticulations spectaculaires des politiciens occultent toujours l’essentiel, ces questions qu’une population bien informée devrait se poser massivement et sur lesquelles elle aurait la capacité de décider. À cela, ceux qui gouvernent préfèrent définitivement la fuite en avant et le choix du pire. Dans les usines, on voudrait donc que les ouvriers s’usent la nuit pour le salaire de jour. Ils seront fatigués, stressés, sous médicaments, déprimés, leur couple et leur famille n’y résisteront pas. Est-ce grave ? Les somnifères qu’ils prendront pour dormir les nuits où ils ne travaillent pas et les anxiolytiques ingurgités le jour enrichiront les multinationales pharmaceutiques ; les avocats spécialisés dans les affaires de divorces feront leurs soussur la séparation du couple ; le décrochage scolaire des gosses les orientera précocement vers des filières professionnelles, pour plus tard aller remplir les rangs des exploités, qui auront intérêt de la fermer et faire les heures de nuit que leurs parents avaient refusé de faire. Tout cela pour produire des vêtements surconsommés. Pendant ce temps-là, frères et sœurs du Bangladesh et d’ailleurs crèveront. Loin.

Travaillez, consommez, lisez les médias de masse, regardez la télé et prenez vos pastilles d’iode, ils vous laisseront tranquilles et vous convaincront que vous êtes libres

Jamais ne se posera la question de la nécessité de tout cela. La motivation du moindre coût détermine les manœuvres politiques. On voudrait donc que tout continue comme avant, au point de nous préparer au pire pour nous le faire accepter (rappelons-nous des black-out simulés lors de chaque JT, ou des titres effrayants comme le 9 août 2012 sur la RTBF, le reportage étant titré « Plus de lumière sans nucléaire »), alors que deux réacteurs étaient à l’arrêt. Rien n’est de trop pour la croissance. Que le quidam meure pour produire nos fringues, que la nature soit détruite pour notre pouvoir d’acheter. Le nucléaire est la métaphore parfaite de ce système, car un risque dont la probabilité serait même de 0,000000001 justifierait l’arrêt immédiat de tous les réacteurs. Il est, pourtant, bien plus élevé.

Alors, trop peureux que nous sommes, qui pensons encore que ces ectoplasmes que « nous » avons élus vont nous sortir du marasme, quand déciderons-nous de sortir en masse dans les rues, quitte à repenser l’usage des lampadaires pour tous ces criminels et mafieux, politiques et capitaines d’industrie?

La coupe est pleine.

Alexandre Penasse

Laisserons-nous les pronucléaires s’exprimer impunément ?

L’une des limites évidente et acceptée par tous à la liberté d’expression est son utilisation afin de pousser des individus à commettre un crime[note]. Nous défendonsici l’idée que le nucléaire civil soit assimilé à un crime contre l’humanité, involontaire certes (comme il existe des homicides involontaires), mais néanmoins crime. Cette thèse, pour aussi choquante qu’elle puisse paraître de prime abord, n’en est pas moins démontrable.

Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 17 juillet 1998 définit dans sa notion de crime contre l’humanité une série d’actes qui peuvent être commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque. L’extermination en fait partie. Par « extermination », on entend notamment le fait d’imposer intentionnellement des conditions de vie, telles que la privation d’accès à la nourriture et aux médicaments, calculées pour entraîner la destruction d’une partie de la population[note].

Le 7 juillet 2017, l’ONU adopte un traité d’interdiction des armes nucléaires. Celui-ci est signé par 122 états, une large majorité. Bien entendu, il n’a été signé ni par les puissances nucléaires, ni par leurs alliés de l’OTAN. Ce traité déclare les armes nucléaires illégales et rend les pays détenteurs de telles armes coupables de crime contre l’humanité. « Un ennemi n’aurait aucun besoin d’arme nucléaire pour attaquer la Belgique, elle a construit des armes nucléaires dans ses villes ! »[note] déclare Eloi Glorieux, spécialiste de la question, entendant par là la construction des centrales nucléaires. Celles-ci peuvent-elles être comparées à des armes ? Peut-on considérer qu’elles peuvent créer les conditions d’une extermination et par là même d’un crime contre l’humanité ?

Un accident de niveau 6 ou 7 sur l’échelle INES[note] (comme à Tchernobyl ou Fukushima) dans la centrale de Doel ou de Tihange pourrait survenir pour plusieurs raisons, accidentelles ou non :

– Au sujet de la vétusté des réacteurs déjà bien connue du public, nous ne relèverons qu’un fait : les cuves actuellement fissurées seraient refusées pour une mise en service dans une nouvelle centrale[note]. Rappelons que les réacteurs ont tous dépassé les 30, voire les 40 ans de fonctionnement. C’est le cas des réacteurs Tihange 1, Doel 1 et 2 qui ont plus de 40 ans, ainsi que de Tihange 2 et Doel 3 dont les cuves sont fragilisées par la présence de milliers de fissures, respectivement 3.149 et 13.047 fissures;

– Les actes terroristes sont malheureusement loin d’être impossibles en Belgique. Il est à noter que, selon des sources fiables, le sabotage survenu à Doel 4 en 2014 est suspecté d’avoir été commandité par al-Qaïda[note]. Nos réacteurs sont protégés par une couche de 2m de béton. Cette couche semble bien mince face à une personne décidée munie d’un missile anti-char de type Milan, capable de percer 3 mètres de béton armé. Avec une portée efficace de 2 km et une probabilité d’impact de 94 %[note], nul besoin d’être un excellent tireur pour provoquer une catastrophe atomique;

– Des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations) pourraient provoquer des problèmes dans le système de distribution d’eau ainsi que, par conséquent, dans le système de refroidissement des réacteurs ou dans l’approvisionnement des bassins de refroidissement du combustible usagé, hautement radioactif. Au vu du réchauffement planétaire en cours, l’ampleur de ces événements extrêmes ira en s’intensifiant, en nombre et en intensité;

Les centrales nucléaires peuvent être assimilées à des armes nucléaires. Elles créent potentiellement des conditions de vie pouvant entraîner la destruction d’une partie de la population

– Les tremblements de terre en Province de Liège ne sont pas inconnus, comme nous l’a prouvé celui du 8 novembre 1983, de magnitude 5,8 sur l’échelle de Richter[note]. Dans un passé géologique récent, notre région a connu des tremblements de terre de magnitude supérieure à 6,5, ce qui est bien au-dessus du niveau pris en compte pour la conception des centrales (moins de 6,0)[note].

Dans un rayon de 30 km autour de Tihange on estime le nombre d’habitants à 840.000, de 1,51 million pour Doel[note]. À titre de comparaison, dans un rayon identique, il n’y avait « que » 172.000 habitants autour de Fukushima (où 80 % des radiations se sont échappées vers l’océan) et 135.000 autour de Tchernobyl[note]. Le nombre de morts liés à un accident nucléaire est très difficile à estimer. C’est pour Tchernobyl que l’on bénéficie du plus grand recul. Dans le recueil le plus complet de données scientifiques concernant la nature et l’étendue des dommages infligés aux êtres humains et à l’environnement à la suite de l’accident de Tchernobyl[note], on peut lire que le nombre de morts sur les 830.000 « liquidateurs » intervenus sur le site après les faits, est de 112.000 à 125.000 et que le nombre de décès à travers le monde attribuables aux retombées de l’accident, entre 1986 et 2004, est de 985.000. Le nombre de morts liés à un accident nucléaire grave à Tihange ou Doel, les centrales qui détiennent le record mondial de densité de population dans un rayon de 30 km, serait donc, si pas inimaginable, en tous cas bien supérieur.

Les centrales nucléaires peuvent donc, dans certaines circonstances, représenter le même danger que des armes nucléaires (utilisables contre notre propre population). Elles créent potentiellement des conditions de vie pouvant entraîner la destruction d’une partie de la population, même si ce n’est pas leur but premier. Par conséquent, leur simple prolongation peut être considérée comme un crime contre l’humanité. Par aveuglement, négligence, appât du gain, confiance déplacée… les pronucléaires ont poussé à la création de telles conditions de vie pour l’ensemble de la population belge, européenne, voire mondiale.

Nous pouvons donc soutenir que toute personne qui tient un discours pronucléaire, déclarant que nous devons maintenir nos centrales en service voire en construire de nouvelles, tient des propos qui poussent à maintenir les conditions potentielles d’une extermination de la population et à détenir des armes nucléaires. Par conséquent, cette personne pousse à commettre un crime contre l’humanité, aussi involontaire soit-il. Nous soutenons donc que si cette personne souhaite continuer à propager encore ce discours, elle devrait d’abord prouver que nous avons tort dans notre démonstration. Devant un tribunal ?

Thierry Bourgeois et Laetitia Harutunian

(Membres de l’asbl Fin du Nucléaire)

Peinture « Apocalypse’done » d’Antoine Demant, www.antoinedemoulin.bewww.demant.be

Contributions : Grégory Defourny, Jean-Pierre Wilmotte, Gauthier Chapelle, Patrick Loodts

KAIROS soutient la ZAD, contre un monde malade, et appelle à ce que l’indignation se propage

Les interventions terroristes de l’État français contre Notre-Dame-des-Landes n’ont rien d’étonnant. Car ce qui fonctionne autrement, les tentatives « hors-système », agit comme un miroir qui reflète l’anormalité de cette quotidienneté normée dont on se complaît. Et cette continuité pathologique, l’État capitaliste ne souhaite surtout pas qu’elle change. Il faut continuer à vouloir consommer, produire, travailler, privatiser, ne pas partager. Il faut que le Français gaspille sa moyenne de pétrole quotidienne, en roulant, en mangeant, en vivant. Le Belge et les autres aussi. Ceux qui n’ont pas atteint le niveau n’auront qu’à « se développer ».

La ZAD devrait frapper toutes les consciences, nous donner les lunettes qui permettraient de voir la réalité de nos sociétés pour ce qu’elle est : une zone de non-sens généralisée. La ville, dans ce rôle, est parfaite. Pensons à l’air vicié que nous respirons, alors que chaque jour le trafic se fait plus dense ; à ceux qui hurlent à une entrave à leur liberté individuelle quand on leur propose de fermer la rue aux bagnoles un jour par mois (un jour!), ou de remplacer des places de parking par des espaces pour vélos, des poulaillers, des bacs potagers… Ils sont persuadés de défendre leur liberté, alors qu’ils ne font que pérenniser un mode de vie imposé à la naissance, et qu’ils ont fait leur. Tout est à l’avenant : de ces ondes qui rendent de plus en plus malades, dans les intimités des foyers, alors que l’État et l’industrie, avec les universités, s’affairent à nous doter de la 5G (L’Université « libre » de Bruxelles notamment). Cela continue avec l’obsolescence des produits que nous consommons, programmés pour ne pas durer, qui dès lors implique plus de travail, plus de déchets, plus de consommation. C’est cela qu’il faut : davantage jeter pour consommer plus et travailler plus  : jusqu’à 70 ans, 38 heures/semaine. La croissance.

Rien ne va plus, d’autant plus quand tout semble fonctionner. Tous les jours, dans nos emplois, nos non-emplois, nos sous-emplois ; dans notre alimentation, pestiférée, avec additifs et colorants ; dans nos grandes surfaces, monopsones* qui mettent les producteurs en compétition, les uns contre les autres, créent des tâches aliénantes et les détruisent quand bon leur semble. De tels emplois, il ne faudrait plus les défendre, car ce n’est qu’œuvrer à pérenniser ce qui nuit. Il faudrait y substituer des activités qui aient du sens. Il faudrait mettre fin à nos guerres, qui ne servent à rien si ce n’est enrichir les multinationales et marchands de canons, alimentant la haine de l’Occident. Il faudrait renoncer à ces smartphones prétendument essentiels, refuser de faire progressivement de l’école numérique une priorité pédagogique, avec ces technologies qui colonisent nos cerveaux et abêtissent nos enfants. Il faudrait changer nos rues, nos routes, nos chemins, où les bagnoles font, chaque année dans le monde, 1,3 million de morts (l’OMS en prévoyant pour 2030 2,3 millions et quelque 50 millions de blessés). Il faudrait dégager nos cieux du trafic aérien qui amène des hordes de touristes colonisant les derniers endroits vierges de la terre ou rejoignant les zones à touristes formatées, rejettant des tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Il faudrait d’autres médias que ceux qui ne donnent aucune clé de compréhension du monde et appartiennent aux mêmes qui font les guerres, les banques, les supermarchés, la mode.

La ZAD devrait frapper toutes les consciences, nous donner les lunettes qui permettraient de voir la réalité de nos sociétés pour ce qu’elle est : une zone de non-sens généralisée

« L’Éthiopie meurt peu à peu », « We are the world, we are the children »… Ah, ces spectacles affectés de la bonne conscience occidentale, qui mettaient insidieusement dans nos têtes d’enfants des décennies 70/80, l’idée que les famines étaient des accidents, la résultante d’un manque d’aide, de « développement », alors que nous les pillions allègrement, constituant nos réserves d’esclaves et de denrées alimentaires. Le succès du numérique allait leur rappeler que l’Occident les apprécie et en a besoin pour produire nos objets inutiles et récupérer les déchets quand nous en changerons. Un enfant meurt de faim toutes les 5 secondes, ne nous en plaignons plus : c’est le prix à payer sur l’autel de la croissance.

Si la ZAD Notre-Dame-des-Landes peut servir un objectif global, c’est, outre le combat localisé indispensable qu’elle mène, celui de ne tolérer plus rien de ce monde qui nous rend chaque jour moins humain, donc nous éloigne de la nature et de l’autre. L’État ne lâchera rien, il ne veut pas que cela se propage, car la propriété privée (des sols, des lieux de vie, de l’eau, des semences…) est le socle de la société bourgeoise.

Tout cela aura pourtant eu du sens seulement si la révolte se propage. Partout. Dans tous ces lieux et projets indécents, c’est évident, mais aussi, et surtout, où on pensait qu’ils ne l’étaient pas : dans les zones de « normalité ».

Alexandre Penasse

* « Situation économique dans laquelle une entreprise a le privilège exclusif de l’achat d’un produit ou d’un service. »

Bienvenue en ploutocratie: Kazakhgate, Afrique, réseaux… le MR à tous les étages

Il est des événements qui sont de véritables affaires d’État, mais qui passent, comme si de rien n’était. Tirer les conséquences de tels scandales et accepter leurs implications demanderait en effet une refonte totale de nos sociétés, révélant que la démocratie n’y existe pas, sauf sous ses seules manifestations inoffensives pour l’ordre établi et ses systèmes ploutocrates-mafieux. Nous avons voulu nous replonger dans ces affaires d’État, imbriquant une multitude d’acteurs, différents pays, niveaux de pouvoir, « hommes d’affaires », magistrats…

La première de celles-ci, c’est celle du Kazakhgate, que la commission d’enquête parlementaire clôturera le 30 mars 2018 par un « non-lieu », imposé par une majorité gouvernementale protégeant certains des siens. On découvrira pourtant, en trois chapitres, un cartel dans lequel on retrouve toujours des personnalités d’une même couleur politique. Certains médias ont déjà dévoilé des pièces éparses de ce système, mais en les reliant nous prenons conscience qu’une nébuleuse traverse les continents, formant une composition politico-mafieuse qui concoure à l’estompement des normes et institutionnalise l’impunité, déterminant de nombreux choix politiques (pensons à tous ces grands projets nuisibles et imposés, de Notre-Dame-des-Landes à Haren) qui ne peuvent que s’opposer au bien commun et à la recherche d’une société décente.

La corruption n’est pas un épiphénomène de nos sociétés productivistes, elle lui est consubstantielle

CH. I : LE KAZAKHGATE

LES DÉBUTS

L’histoire kazakhe commence dans les années 90, impliquant personnages politiques et hommes d’affaires. Trafics, grande criminalité, blanchiment d’argent, corruption tournent autour d’une personnalité centrale : Noursoultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan. En 2003, James Giffen est arrêté à l’aéroport Kennedy de New York. Proche de l’entourage du président kazakh et de l’ancien premier ministre Nurlan Balgimbayev, celui qui est considéré comme un des magnats du pétrole au centre de la plus grande corruption historique des États-Unis est poursuivi pour violation de la loi anticorruption de 1977. Il est accusé d’avoir détourné plus de 78 millions de dollars des compagnies pétrolières au profit du gouvernement kazakh, ouvrant des comptes en Suisse et ailleurs au nom de Nazarbaïev, d’autres personnages politiques et leurs familles. Lors de son arrestation, Giffen est porteur d’un passeport diplomatique kazakh, alors que le pays de Nazarbaïev, celui que Giffen surnomme « The boss », refuse la double nationalité. N’y voyez aucune contradiction : l’argent les explique toutes. De fait, Giffen devient le principal négociateur du président et même son « banquier », selon les procureurs.[note] C’est à un consortium mené par British Petroleum que Nazarbaïev accordera le droit d’exploitation dans les zones offshore de Kachaganarak et Kachagan. Le procès intenté par les États-Unis contre Giffen portera sur ce que l’on surnommera « la mère de toutes les affaires de corruption ». C’est dire que Nazarbaïev et Giffen ne jouent pas dans la cour des petits. Le premier est une marionnette, comme tant d’autres, que l’Occident a fait et dont il ne peut – veut – plus se défaire, au grand bien des minorités accapareuses de chaque pays, au grand drame des peuples.

C’est dans ce même contexte postsoviétique où Giffen a fait ses armes, que naît celui qu’on surnommera le « trio Kazakh », constitué de Patokh Chodiev (nationalités kazakh et belge), Alijan Ibragimov (Ouzbek et Belge) et Alexandre Mashkevitch (Israélien et Kazakh). Ceux qui contrôlent un tiers de l’économie kazakh principalement dans le pétrole, le gaz, les métaux et les banques, apparaissent en Belgique en 1991. D’abord Chodiev et son comparse Mashkevitch qui investissent au plat pays via Boris Birshtein et Dmitry Yakubovski, respectivement homme d’affaires israélo-canadien né en Lituanie, criminel notoire lié à la mafia moscovite, l’autre membre du clan Solntsevskaya, le plus puissant de Moscou. Chodiev et Mashkevitch créent plusieurs sociétés, dont PMC Trading Co et Astas et prennent surtout la tête en 1991 de Seabeco Belgium, filiale de la société du même nom appartenant à Birshtein, basée à Hong Kong et active dans le trading pétrolier. Celle-ci, considérée comme une société-écran pour les opérations financières de ce qui est l’équivalent de l’ancien KGB, aura la vie courte, et ferme les portes en 1992, non sans attirer les premières investigations des services de renseignement belges.

Les affaires commencent et les liens avec les politiciens belges se tissent pour, comme il se faut, faciliter les affaires. Un premier contact, Serge Kubla (MR), est cité dans une enquête officielle de 2017. Celui-ci aurait facilité l’acquisition de la nationalité belge pour Patokh Chodiev, qu’il obtiendra en juin 1997. Originaire d’Ouzbékistan, Chodiev a accumulé sa fortune en exploitant les sous-sols de la steppe kazakhe. Vie de milliardaire, rachat du restaurant japonais Tagawa avenue Louise, Chodiev n’aime pas le contraste et s’installe dans une villa de la commune huppée de Waterloo. Il s’entend bien avec son voisin, Serge Kubla, bourgmestre de la ville qui, six années plus tard, lui apportera une aide essentielle, de même qu’à l’époque d’autres affairistes locaux comme Philippe Rozenberg ou Eric Van de Weghe. Pour obtenir le Graal, il est en effet plus facile d’appartenir au crime organisé que d’avoir débarqué sur les côtes méditerranéennes dans un rafiot avec une horde de réfugiés, ces derniers n’ayant pas d’enveloppes à troquer en échange du papier d’identité… Mais si Chodiev sympathise avec son voisin de jardin Kubla, il n’en est pas de même avec la Sûreté de l’État qui l’a dans le collimateur, notamment via Seabelco-Belgium qui rattache l’homme d’affaires à Boris Birshtein, qu’elle soupçonne d’appartenir au crime organisé russe. La société, basée en Suisse, attire les curiosités d’un magistrat helvétique, qui mènera en 1997 une commission rogatoire en Belgique avec des perquisitions dans les locaux de la filiale belge.

Les affaires commencent et les liens avec les politiciens belges se tissent pour, comme il se faut, faciliter les affaires

Mal vu donc, Chodiev, mais au contraire de ses deux comparses, il obtient finalement la nationalité – Ibragimov l’aura en 2005, Mashkevitch s’étant vu refuser celle-ci, il se contentera de l’israélienne. Malgré l’événement « suisse », malgré une Sûreté de l’État belge défavorable, il finira donc par avoir son papier, la criminalité politique aidant. Serge Kubla a en effet pris contact avec le Président de la Commission de naturalisation de la chambre, Claude Eerdekens, et lui envoie une missive le 16 mai 1997, lui demandant « avec la plus vive insistance » d’intervenir dans le dossier de celui qui désormais est certainement plus que son voisin. La police, sur laquelle Kubla a autorité comme bourgmestre, suivra également, alors que le Commissaire Michel Vandewalle se rend au domicile de Chodiev pour une seconde évaluation afin de poursuivre l’enquête sur une possibilité de naturalisation. Le premier rapport avait recommandé de s’en tenir aux renseignements donnés par la Sûreté de l’État qui avait informé la police des liens du Kazakh avec la mafia russe, et donc de ralentir la procédure. Mais, comme celui-ci n’allait pas dans le sens voulu, il a fallu envoyer la bonne personne. Curieux en effet qu’un PV signé par le Commissaire Vandewalle daté du 8 janvier 1997 indique que l’homme s’exprime parfaitement en français, alors qu’il parle en anglais. Merci les amis ! Chodiev pouvant maintenant facilement se déplacer dans l’espace Schengen sans visa, pour faire affaire. Libre marché — pour certains — oblige. Service de bon voisinage, ou échanges de bons procédés. Toujours est-il qu’on découvrira que Serge Kubla a ouvert un compte en Suisse en 1997, au nom d’une fondation au Liechtenstein qui déménagera en 2007 au Panama. Dans ce dossier, le bourgmestre sera bien obligé d’avouer devant le juge Claise le blanchiment d’argent.

On plonge ici dans un système où la corruption n’est pas l’exception, mais la règle, dans lequel la mafia russe, notamment, occupe une place de choix. Il faut lire ce que disait un connaisseur du monde criminel russe dans un article bien documenté : « la mafia russe fait ce qu’elle veut. Des bandes organisées venues de l’Ukraine, du Kazakhstan… investissent des milliards dans notre pays. Ils investissent les plus hauts cercles de la politique, judiciaire et du monde économique et financier. Des gens aux positions importantes dans notre pays sont tout simplement achetés. Si nécessaire, les Russes paient les campagnes électorales de nos hommes politiques. Nous en avons des indices. »[note] Chodiev était ainsi considéré par la Sûreté de l’État belge comme le numéro 1 ou 2 de la mafia russe en Belgique, et aurait par ailleurs été, entre 1998 et 2000, un de ses indicateurs.

Tractebel et le trio

« Tractebel s’engage à promouvoir des solutions techniques permettant de créer un avenir durable. Découvrez comment nous pouvons vous aider à “donner forme au monde” en respectant notre slogan “Shaping the World”. ». « Façonner le monde », c’est pas beau ça ? Voilà comment celle qui est désormais Tractebel Engie se présente sur son site. Pourtant, derrière le rideau, Tractebel n’est pas si jolie que cela et façonne le monde autrement qu’elle le laisse entendre. En 1996, la cellule belge anti-blanchiment découvre une étrange transaction d’une valeur de 25 millions de dollars, payée par l’entreprise pour pénétrer le marché kazakh. Cet intérêt pour les plaines du Kazakhstan ne semble pas provenir d’une soudaine découverte des charmes de l’ancienne république soviétique, mais bien d’une initiative du trio qui prend contact avec Tractebel : si en 1996, Tractebel rachète quatre centrales électriques au Kazakhstan, elle obtient quelques mois plus tard une concession sur 20 ans pour le transport et le stockage du gaz dans le pays.[note] Le montant de la transaction : 85 millions de dollars, dont 30 seraient tombés dans l’escarcelle de l’État kazakh, le solde dans les poches du trio : du win-win pour cette triade mafieuse indispensable à la pénétration du pays, dans une économie de « concurrence libre et non faussée », libre et non faussée pour certains, dont le paysan kazakh ne fait sans aucun doute pas partie. Il n’avait qu’à demander la nationalité belge.

Il y a peu de place pour la justice concrète dans tout cela, alors que politiciens et chefs d’entreprise l’invoquent dans leurs communications officielles, pour mieux faire oublier son absence dans leurs tractations informelles et leurs effets dans le réel

Certaines sources avancent que les déboires judiciaires de Tractebel en Belgique, qui entravent ses démarches au Kazakhstan, résultent d’une rivalité avec son concurrent russe Gazprom. Tractebel, en créant en 1998 au Kazakhstan Almaty Power Cie via laquelle elle exploite quatre centrales électriques et un pipeline de gaz stratégique, bloque des projets de son concurrent Gazprom. C’est ce qui expliquerait la réunion qui s’est tenue en août 1999 à l’hôtel Royal à Paris, en présence de Eric Van de Weghe pour Tractebel, Gregory Loutchansky (Gazprom), Shabtaï Kalmanowich, un ancien du KGB, et le bras droit de Noursoultan Nazarbaïev, Bulat Utemuratov. La tractation n’ayant pas abouti pour Gazprom qui espérait récupérer le gazoduc, les informations sur les bénéficiaires des commissions de Tractebel avec le Kazakhstan ont été divulguées, ce qui est à l’origine de l’intérêt de la justice belge pour l’affaire. S’ensuivra l’accusation du trio kazakh de corruption, faux, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent : les trois comparses sont accusés de 48 chefs d’inculpation. Eric Van de Weghe, que nous retrouverons par ailleurs impliqué avec  Armand de Decker, Claude Guéant[note]  et consorts, a travaillé pour Suleyman Kerimov et a été indicateur de la police belge, baignant dans divers scandales faits d’« armes kazakhes, de mafieux de l’Est, d’ordinateurs pour la Libye, de prestigieuses caves à vin, de détournements au préjudice d’un chef d’État africain et d’un tableau de Paul Delvaux »[note]. Rien que ça.

Reste qu’il y a peu de place pour la justice concrète dans tout cela, alors que politiciens et chefs d’entreprise l’invoquent dans leurs communications officielles, pour mieux faire oublier son absence dans leurs tractations informelles et leurs effets dans le réel. Elle se manifeste toutefois en 2007, conduisant à l’inculpation de 7 personnes, qui outre le trio kazakh, implique l’épouse du Premier ministre kazakh ainsi que les deux filles et l’épouse de Mashkevitch, pour blanchiment d’argent dans le cadre de transactions immobilières. Immobilier, nous le verrons plus tard, également « passion » de « l’homme lige de Reynders ».

SARKO, LA FRANCE ET LES HÉLICOS

Un peu plus tard, le 26 octobre 2010, Paris et Astana négocient quelques affaires juteuses, portant sur la vente de 45 hélicoptères EC 145 du groupe Eurocopter (EADS[note]) et 290 locomotives du groupe Alstom, pour la coquette somme de 2 milliards d’euros. L’occasion pour le président kazakh de tenter de sortir ses copains du pétrin belge, qui risquerait de grandement compromettre leurs futures affaires : « Je signe si tu interviens en faveur de mes amis poursuivis en Belgique ».[note] Échange de bons procédés interlopes entre « amis », qui savent qu’en s’entraidant provisoirement, chacun en tirera bénéfice, au grand malheur des peuples français et kazakh, les premiers ayant été convaincus par la propagande médiatique que ces ventes d’hélicoptères-tueurs seront une bonne chose pour la croissance, les seconds qu’elles leur permettront de se défendre contre de méchants voisins.

Ça ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd, et l’homme collectionneur de scandale, Nicolas Sarkozy, mis en garde à vue le 20 mars 2018 pour le financement occulte de sa campagne présidentielle de 2007, fait jouer ses relations pour accélérer le processus législatif belge et permettre au trio kazakh de bénéficier d’une « transaction pénale élargie ». La pression se propage et s’exerce sur des relais, mettant en branle les procédures de facilitation dans l’objectif de faire avancer le processus et d’aboutir à la relaxe : Damien Loras, conseiller Asie centrale de Sarkozy, connu comme « l’officier traitant » de Patokh Chodiev, contacte Jean-François Étienne des Rosaies pour qu’il lui trouve un avocat d’affaires international. Le choix se portera sur Catherine Degoul.Loras et des Rosaies montent donc une équipe technique (judiciaire et financière) et politique, entre la France et la Belgique. Outre Damien Loras, pilote du dossier, des Rosaies, intermédiaire, Catherine Degoul, avocate chapeautant le volet judiciaire, s’ajoute le vice-président du Sénat belge de l’époque, Armand de Decker, ainsi que le cabinet d’avocats Toosens. Pour se faire aider, De Decker aura recours à Jonathan Biermann, un de ces anciens attaché parlementaire, échevin de la commune dont De Decker est bourgmestre, et avocat spécialisé en droit commercial. Bien impliqué dans le Kazakhgate, il représentera « Natalia Kazegueldina, la femme de l’ex-Premier ministre kazakh, mise en cause dans le dossier de blanchiment d’argent Tractebel »[note] . Il touchera de l’avocate de Patokh Chodiev, Catherine Degoul, la coquette somme de 160.000 euros.

« Le rôle de des Rosaies dans cette affaire, c’est le suivi de loin afin de savoir quand aboutira la négociation avec la justice belge et si elle aboutit de façon satisfaisante »

De son côté, Jean-François Étienne des Rosaies, qui jouera un rôle clé dans l’affaire, n’est autre qu’un ancien préfet et chargé de mission auprès de Nicolas Sarkozy. Il a notamment organisé les meetings de sa campagne présidentielle. « Il a vu une fois ou deux Patokh C., une fois à l’Élysée, une fois dans un lieu dont il ne se rappelle plus, c’est apparemment un restaurant ou un hôtel pour un déjeuner. Donc ils se sont vus deux fois : le rôle de des Rosaies dans cette affaire, c’est le suivi de loin afin de savoir quand aboutira la négociation avec la justice belge et si elle aboutit de façon satisfaisante. Donc, voilà, il suit le dossier »[note]. des Rosaies est aujourd’hui mis en examen pour corruption par agent public étranger et trafic d’influence.

Les relais français appelés furent d’autant plus efficaces qu’ils avaient des contacts privilégiés avec des Belges, qui pourraient répondre à la demande en amont du président kazakh. Ainsi, on découvre qu’Aymeri de Montesquiou-Fezensac d’Artagnan, représentant spécial du président Nicolas Sarkozy pour l’Asie Centrale, sénateur-maire UDI de Marsan, très proche du pouvoir kazakh et « grand ami du président Nazarbaïev », devient membre actif de la cellule franco-belge de soutien au trio. La justice française le soupçonnera d’avoir touché des commissions occultes à l’occasion du contrat de 2 milliards d’euros entre la France et le Kazakhstan. Aymeri de Montesquiou est aussi capitaine de la Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac, descendant de Dartagnan (c’est un décret de François Fillon qui lui permit d’ajouter « d’Artagnan » à son nom). Il est accusé, selon Mediapart, de posséder un compte non déclaré avec son épouse, dans la filiale suisse de HSBC. Il hébergera dans son château de Marsan JérômeCazuhac, juste après sa démission et ses excuses pour avoir caché l’existence d’un compte non déclaré… en Suisse. Hardi le mousquetaire ! Qui d’autre se la joue Chevalier ? Didier Reynders qui, le 16 octobre 2010, est intronisé « Mousquetaire d’Armagnac »[note], le même jour que le ministre d’État Melchior Wathelet et SAR la Princesse Alexandre de Belgique (la Princesse Léa). Hasard de calendrier : le 27 octobre 2010, Sarkozy et Nazarbaïev signaient 2 milliards d’euros de contrats. Parmi les autres membres de la confrérie intronisés ce jour-là, on trouve Armand De Decker et Freddy Thielemans, qui rejoindront Albert II de Monaco notamment, ou quelques personnalités kazakhes… Leur devise on la connaît, elle qui résume parfaitement leurs petits arrangements et leurs collusions : « Tous pour un, un pour tous ».

Jean-François Étienne des Rosaies,l’intermédiaire, est de son côté membre de l’Ordre de Malte, conseiller spécial du Grand Chancelier de l’ordre souverain, militaire, hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, par ailleurs expert agréé près de la Cour pénale internationale. L’Ordre de Malte est un organisme caritatif trouble, basé au Vatican, qui semble plutôt jouer une fonction d’écran à certaines tractations et lieu de rencontre des milieux d’affaires, de la politique et de la grande noblesse. Son grand chancelier, Pierre Mazery, chef de l’exécutif et responsable de la politique étrangère de l’Ordre, entretenait de bonnes relations avec Armand De Decker. C’est l’Ordre de Malte qui assure dès 2010 la reprise de contacts entre des Rosaies et Armand De Decker que le premier appelle « cousin germain », qui dans le jargon du milieu « désignerait une personne qui travaille pour l’Ordre ou y est associée, mais sans en être membre ».[note] En 2012, le 18 avril, Didier Reynders rend officiellement visite à l’Ordre de Malte, où il est reçu par Jean-Pierre Mazery et Albrecht Freiherr von Boeselager (grand hospitalier de l’OM). Ils y parlent surtout, dit-on, du Moyen-Orient et de la République démocratique du Congo. Ah, le Congo, quelle aubaine. Reynders, habitué de l’Ordre, signera le 25 juillet 2012, « Un Mémoire d’Entente entre le Ministère des Affaires étrangères du Royaume de Belgique et l’Ordre souverain de Malte ». Ça aide d’être ministre des Affaires étrangères, pour l’anoblissement des copains aussi, on le verra.

LE DÉNOUEMENT

Les relais ont bien fonctionné et le conditionnement de l’achat kazakh au soutien du trio n’aura pas été vain. Comme le stipule des Rosaies dans un courrier adressé à Guéant (28 juin 2011) : « J’ai donc obtenu le soutien déterminant de mon cousin germain Armandde Decker, qui nous a apporté l’« adhésion » des ministres de la Justice, des Finances et des Affaires étrangères. Et qui a « engagé » le vote (à l’unanimité) de son parti libéral pour modifier la 1re loi du nouveau Code civil de Justice belge autorisant l’État à « des transactions financières dans des affaires pénales recouvrant notamment les chefs d’inculpation de blanchiment, faux en écriture et association de malfaiteurs«  »Claude Guéant aussi est satisfait, lui qui écrit à un conseiller diplomatique de l’Élysée (août 2011) : « Cher Damien, j’ai eu A. De Decker au téléphone. C’est vrai que lui et son équipe ont fait un magnifique travail qui ne peut que servir les intérêts de la France… Mon souci maintenant est très prosaïque : c’est que les avocats qui ont travaillé pour Chodiev soient maintenant rémunérés… Pouvez-vous toucher ou faire toucher Chodiev ? Amitiés, CG. » La fine équipe ! Pas de limite dans le cynisme solidaire, ou la solidarité cynique, choisissez. Le 17 juin 2011 donc, l’élargissement de la transaction pénale, votée dans la précipitation, entraîne l’abandon des poursuites visant Chodiev et ses comparses, en échange du paiement d’une somme de 23 millions d’euros. Peccadille pour les trois milliardaires, véritable manne pour l’état libéral belge, qui cherche des fonds, surtout en ne touchant pas aux grosses fortunes, mais aux chômeurs de préférence. Et victoire pour « l’homme d’affaires du président kazakh », Chodiev, qui évite avec ses comparses la prison, mais aussi une déstabilisation d’ENRC, coté à la bourse de Londres. La note de des Rosaies à Claude Guéant du 28 juin 2011 le confirme.

« Cher Damien, j’ai eu A. De Decker au téléphone. C’est vrai que lui et son équipe ont fait un magnifique travail qui ne peut que servir les intérêts de la France… Mon souci maintenant est très prosaïque : c’est que les avocats qui ont travaillé pour Chodiev soient maintenant rémunérés… »

Un courrier de des Rosaies stipule par ailleurs que c’est l’avocate « Catherine Degoulqui a été le principal rédacteur de ce nouveau texte, à la demande expresse du ministre de la Justice et du procureur général du roi ». Le 19 juin 2011, deux jours après la transaction pénale conclue au parquet de Bruxelles, des Rosaies envoie un mail à Claude Guéant, ministre français de l’Intérieur de l’époque, pour en informer le « PR » (président de la République, Nicolas Sarkozy). Dans celui-ci, il rappelle la demande du président kazakh deux ans auparavant, « pour trouver un soutien politique en Belgique en faveur de son ami »[note] des Rosaies implique directement les politiques belges précisant que « pour résoudre cette affaire, un texte de loi a été voté, il y a un mois, organisé et suscité par Armand de Decker qui a sensibilisé (sic) les ministres de la Justice, des Finances et des Affaires étrangères de l’époque : Stefan De Clerck (CD & V), Didier Reynders (MR) et Steven Vanackere (CD & V) ». CQFD.

Dans le courrier du 28 juin, des Rosaies explique : « Il me semble important que vous puissiez nous recevoir mardi ou mercredi avec le ministre d’État Armand De Decker, que l’État français oubliera de remercier, et Catherine Degoul. »[note] des Rosaies n’oubliera en effet pas de transmettre à Guéant les numéros de téléphone d’Armand De Decker, lequel touchera quelques 741.846 euros pour ses bons et loyaux services, sur ses comptes privé et professionnel.[note] Les intermédiaires seront grassement remerciés : l’avocate Catherine Degoul aurait reçu 7,5 millions d’euros de Chodiev. On retrouve un versement de 25.000 du cabinet Degoul vers le Fonds d’Entraide Prince et Princesse Alexandre de Belgique, de la princesse Léa, femme de feu Prince Alexandre, demi-frère d’Albert II[note]. L’avocate affirme lors de sa première audition que ce versement résulte d’une demande de De Decker[note], qui souhaite « faire un geste, une faveur de la sœur (sic) du Roi[note] ». Ces 25.000 sont ensuite reversés par la princesse Léa à « Amitié et Fraternité scoute », association qu’administre Jean-François Godbille. Ce dernier était avocat général au moment de la transaction pénale qui aura permis à Chodiev d’échapper à la justice. C’est là que Pierre Salik, ami de feu Prince Alexandre, essaiera de venir en aide à la princesse[note]. Parmi les remerciés, on sait que Damien Lorasrecevra de Chodiev en septembre 2009, avant l’heureux dénouement, une montre en or et crocodile d’une valeur de 44.000. D’autres distributions pour services rendus ont été faites. des Rosaies quant à lui percevra directement 300.000€ de Degoul, de Montesquiou 200.000€. Épique ! Une véritable épopée charmante, sans prince, bien que…

Celui qui sera à l’origine du Kazakhgate, un relativement discret homme d’affaires, décédé depuis, Guy Vanden Berghe, révèle l’amplitude du réseau tissé. Ancien client de l’avocate Catherine Degoul, il semble que celle-ci aurait abusé de sa confiance pour faire transiter par ses comptes étrangers de l’argent qu’il ou elle (elle lui faisait signer des blancs-seings) reversaient sur les comptes de protagonistes de l’affaires (des Rosaies, Biermann, de Montesquiou…). Il dira aux enquêteurs : « Me Degoul allait voir le lobbyiste De Decker qui lui ouvrait toutes les portes. Il me semble qu’elle était mise en relation avec De Decker directement de Paris à Bruxelles par téléphone entre homologues du même niveau, Guéant pour la France et Reynders pour la Belgique » ?[note] Didier Reynders apparaît, mais pas encore très visiblement ici. On sait pourtant que ce genre de service n’est pas gratuit. Le député Marco Van Hees tente de comprendre :« Pourquoi, tout d’un coup, Didier Reynders met-il dans la balance, pour accepter une levée du secret bancaire dont son propre cabinet a rédigé le projet de loi, un nouvel élément — la transaction bancaire — qu’il aurait pu insérer dans ce même projet s’il avait fait l’objet d’un accord dès le départ au gouvernement : la levée de secret bancaire contre l’introduction de la transaction pénale élargie ? Si Reynders fait introduire précipitamment la transaction pénale par un amendement en mars 2011, avec ou sans deal gouvernemental, c’est parce qu’il y a urgence. Et cette urgence se nomme Patokh Chodiev ».[note] Le député ajoute, non sans accroître les suspicions qui pèsent sur Reynders : « Par une étrange coïncidence, les deux transactions pénales conclues dans la période interdite de mai-août 2011 conduisent donc à Nicolas Sarkozy, l’ami de Didier Reynders[note]… ». Pour en conclure : « Un important faisceau d’indices désigne celui qui est toujours Vice-Premier ministre dans le gouvernement fédéral comme ayant eu un rôle clé dans l’affaire Chodiev ». Nous verrons que ce réseau dépasse l’affaire du Kazakhgate.

Ces informations sont énormes et auraient dû suffire à inculper tous les protagonistes, à commencer par Didier Reynders : corruption à tous les étages, trafic d’influence, imbrication des différents niveaux de pouvoir avec mainmise de l’exécutif, collusion entre mafieux et politiques. Mais nous sommes littéralement face à une caste d’invulnérables. Personne n’est donc vraiment embêté, car la corruption est tellement ancrée, pénètre l’appareil d’État, les différentes hiérarchies, que la dénoncer c’est faire face à un système totalement capable d’intégrer et digérer ces dénonciations. Celui qui est mouillé n’a intérêt à rien dire, les autres, ils ne peuvent pas perdre leur boulot et préfèrent attendre leurs prochaines vacances au soleil, pour « oublier »… mais il y a aussi la peur de témoigner : « Ces hommes et ces femmes craignent la police, puisque leurs poursuivants y ont aussi des entrées. Et ils n’ont aucune confiance dans les institutions, puisque leurs ennemis ont un pouvoir supérieur encore. » Celle qui parle, c’est l’ancienne juge Éva Joly, qui dans son combat contre Elf fera personnellement les frais de leur pouvoir totalitaire. Ce qu’elle décrit, et que nous avons perçu nous-mêmes en faisant cette enquête, en rencontrant certaines sources et en compilant ce qui avait déjà été dit dans la presse, c’est l’abyssale impuissance, paralytique, qui donne à nos petits combats quotidiens le goût du superflu et de l’inoffensif : « Le fléau que j’ai rencontré sur ma route, et dont je n’ai aperçu que la pointe émergée, n’a pas encore de nom. Par habitude, nous utilisons les mots de corruption ou de délinquance financière. Je parlerais plutôt d’impunité : une manière de vivre au-dessus des lois, parce qu’on est plus fort que la loi. »[note]

Personne n’est vraiment embêté, car la corruption est tellement ancrée, pénètre l’appareil d’État, les différentes hiérarchies, que la dénoncer c’est faire face à un système totalement capable d’intégrer et digérer ces dénonciations

Et pour ceux qui osent, on appliquera la technique de pression dénommée MICE, connue des agents secrets : Money, Ideology, Compromise and Ego, utilisé notamment pendant la guerre froide pour obtenir des informations ou la collaboration d’agents ennemis[note]. Le désir de rester à sa place, de faire sa petite vie, d’oublier tous les jours, dans une société profondément conformiste, s’ajoutera aux causes de ce silence structurel et à cette impunité de fait. Tout cela ayant ses effets sur l’appareil judiciaire qui, au-delà d’être gangrené par la mafia politico-financière, demande à ceux qui restent un fameux courage pour faire véritablement leur travail, au risque de leur place au mieux, de leur peau au pire. Reconnaissons toutefois que les tentatives de dévoiement de la magistrature par la cellule franco-belge n’ont pendant des années pas abouti, et que c’est pour cette raison que « l’équipe » attaqua sous l’angle de la législation belge.

Soit, la fin justifie les moyens dans le domaine économico-politico-mafieux, et l’affaire sera réglée : Chodiev « m’a assuré de sa gratitude pour notre succès concernant sa situation judiciaire en Belgique et il soutiendra Eurocopter [en Russie] », dixit desRosaies. Merci la Belgique !

APRÈS LA TRANSACTION… LE RENVOI D’ASCENSEUR ?

Si de nombreux protagonistes nient se connaître à l’époque du Kazakhgate, les relations ultérieures témoignent soit d’une prompte affinité, soit de mensonges sur la réalité des relations antérieures. La suite ressemble étrangement à un échange de bons procédés, qui tissent les liens de corruption entre Nicolas Sarkozy, par l’entremise de des Rosaies notamment, et Didier Reynders, par celle d’un « nouveau » venu : Jean-Claude Fontinoy, expert au cabinet du ministre des Affaires étrangères, bras droit et bon ami de Reynders.[note] Les contacts ont donc lieu entre Jean-Claude Fontinoy et Jean-François Étienne des Rosaies, mandaté par l’Ordre de Malte et Jean-Pierre Mazery, cette fois-ci autour de l’anoblissement de Georges Forrest, homme d’affaires belge, milliardaire, vivant au Congo et possédant la moitié du Katanga. Forrest est surnommé « le roi des mines africaines », il est très proche de Didier Reynders, de nouveau.

Le 11 décembre 2013, des Rosaies envoie un mail sibyllin à Pierre Mazery, grand chancelier, chef de l’exécutif et responsable de la politique étrangère de l’Ordre de Malte. Celui-ci n’est tout à fait compréhensible que par ses protagonistes qui, manifestement, ont de nombreuses choses à se reprocher. Des Rosaies cite André Querton (porte-parole belge de l’Ordre de Malte), Didier Reynders, Jean-Claude Fontinoy (« homme lige de Didier Reynders ») et indique aussi le lieu d’origine de sapremière rencontre avec Jean-Pierre Mazery : l’Élysée. Dans ce courrier, il semble indiquer un différend qui aurait eu lieu entre l’ambassadeur de Belgique au Vatican, sanctionné par Didier Reynders, différend qui aurait été relayé par de Gerlache. On ne sait pas de quoi il s’agit vraiment, mais les noms cités sont plus qu’intéressants : Didier Reynders toujours, mais aussi de Gerlache, qui n’est autre que Bernard de Gerlache de Gomery, président de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture Belgique-Luxembourg-Afrique-Caraïbes-Pacifique, sévissant en Afrique et connaissant bien Georges Forrest. Des Rosaies demande un soutien de la part de Mazery, « par notamment un légitime changement de classe au sein de l’Ordre et qui devrait être une promotion de Grâce et Dévotion ».[note] On peut comprendre qu’il veut monter en grade et que cette décision conditionnera la poursuite de leur relation, notamment un prochain dîner prévu le 13 décembre. Notons que Forrest est membre de l’Ordre de Malte, dont il est très proche, où il exerce notamment ses talents caritatifs en faveur de l’Afrique, où l’Ordre est fort présent.

C’est dans le second courrier (16 janvier 2014) que des Rosaies évoque explicitement un soutien à Georges Forrest, où il demande qu’André Querton intervienne auprès de de Gerlache en faveur de Forrest, le premier apparaissant la cause des problèmes du second. Dans ce mail est également cité De Decker. De nouveau… On se souvient que des Rosaies avait reçu 300.000€ de Catherine Degoul, avocate française de Chodiev.Dans cette tentative d’anoblissement, il recevra 95.000€ de Georges Forrest. Rappelons que celui qui est soupçonné d’avoir alimenté un compte qui aurait permis l’achat d’une villa pour Patrick Balkany[note], avait déjà tenté l’anoblissement, et que des soupçons pèsent sur l’ancien roi des Belges Albert II qui aurait appuyé la demande.[note] Il voulait être baron, il ne fut que commandeur dans l’Ordre de Léopold (en 2012) et, par l’intermédiaire de Étienne des Rosaies, mais aussi de Claude Guéant et François de Radiguès, ami d’Albert II, se démenant tous, il fut fait grand officier de l’ordre de la couronne.[note] Amen.

Des ponts s’établissent entre le kazakhgate et la procédure d’anoblissement de Georges Forrest, révélant l’implication de Fontinoy dans ces aventures. Devant la commission d’enquête parlementaire belge, ce dernier dira : « Je ne me suis jamais occupé des dossiers secrets bancaires, transaction pénale et Kazakhgate. J’ai appris tout ça par les médias comme tout le monde ». Quand on est de cette caste d’intouchables, il suffit de dire. Mais cette nouvelle affaire autour de Georges Forrest nous ouvre aussi les portes du continent africain, où Chodiev a de puissants intérêts.

CH II – LES TERRAINS DE JEU AFRICAINS

Il n’y a pas que dans les steppes d’Asie centrale que l’on peut faire de très juteuses affaires en profitant de la quasi-absence d’État organisé. En Afrique aussi, des régions entières sombrent dans une anarchie propice à des pratiques douteuses, mais très rentables. Et, ici encore, on trouve trace de nos comparses Kazakhs et, souvent aussi, des responsables d’État belges, toujours de la même couleur politique.

LIENS TROUBLES EN RDC

Didier Reynders, aidé par l’homme d’affaires belge,   Georges Forrest, soutiendrait Moïse Katumbi Chapwe[note], riche homme d’affaires et ex-gouverneur du Katanga, comme candidat pour succéder à Joseph Kabila. On sait que derrière les soutiens politiques se cachent souvent des intérêts économiques, qu’on déguise sous toutes sortes de belles paroles humanitaires, où « les Droits de l’homme » ont une place de choix. L’objectif de ce soutien serait notamment dans le cas présent de faire tomber Semlex.[note]Cette entreprise, qui se présente comme fournisseuse de « solutions sécurisées pour l’identification des populations par la biométrie », est dirigée par Albert Karaziwan.[note]L’hom  me, qui vit à Bruxelles, ne joue pas dans la cour des petits : outre Semlex, il possède des sociétés liées à l’immobilier (Leignon Synergie, Matison), aux technologies de la sécurité (Profabel), des structures aux fonctions troubles (comme Parcomatic[note]), ou encore dans la distribution de parfum ou de produits de beauté (Elkaur international S.A.). Comme tout homme d’affaires qui se respecte, il entretient ses relations en siégeant dans divers conseils d’administration, et son image en étant membre de l’association sans but lucratif « Optimistes sans Frontières », « dont le but est de promouvoir l’optimisme et la pensée positive dans le monde ».

On sait que derrière les soutiens politiques se cachent souvent des intérêts économiques, qu’on déguise sous toutes sortes de belles paroles humanitaires, où « les Droits de l’homme » ont une place de choix

Les accointances politiques de l’homme d’affaires amènent à la surface certaines têtes connues, dont celle d’Alain Destexhe (MR), qui sera contacté par la directrice financière de Semlex afin de faciliter l’obtention d’une carte de séjour en Belgique pour celle qui est à l’époque la femme du président tchadien, Zina Wazouna Idriss, qui jouerait le rôle d’agent de liaison pour Semlex. Le sénateur Destexhe fait jouer ses contacts et écrit à… Serge Kubla, bourgmestre de Waterloo, pour qu’il la soutienne dans sa demande de séjour.[note] L’argent n’a pas d’odeur, et les liens se font et se défont. Même technique, « autre » histoire. Mais Semlex éveille surtout notre intérêt ici pour son marché conclu avec la République démocratique du Congo au sujet de la vente de passeports biométriques. Fixés à un prix exorbitant, en regard surtout de la pauvreté du pays (185$ au lieu de 100$ auparavant), ce contrat fait du passeport l’un des plus chers au monde. « L’essentiel des sommes versées par le citoyen congolais va directement à Semlex, une entreprise basée en Belgique, qui produit des documents de voyage (passeports, cartes d’identité…) et à une petite société basée dans le Golfe persique ». La vente des passeports fait l’objet d’un détournement vers une société du Golfe enregistrée à Ras el Khaïmah dans les Émirats arabes unis, LRPS, qui reçoit 60 dollars pour chaque passeport, « l’occasion d’empocher des centaines de millions de dollars sur le dos des plus pauvres »[note], que se partagerait le clan Kabila.

Un autre proche de Kabila, directeur financier du cabinet, Emmanuel Adrupiako, investit depuis 2014 dans l’immobilier de luxe québécois. Il peut compter sur des versements récurrents, qu’il reçoit notamment de deux compagnies basées à Dubaï et liées à Semlex.[note] Kabila et lui sont par ailleurs associés dans deux entreprises d’extraction : Acacia et sa filialeKwango Mines SARL. En 2016, résultant d’une vaste enquête, Bloomberg dévoilait l’empire financier de la famille de Joseph Kabila : il détient des participations dans plus de 100 entreprises extractives du pays, via ses sœurs, frères et autres proches.

Ce qu’il faut saisir, ce sont les accords passés entre Kabila et la Chine, notamment celui de 2007, qui obligeront Forrest à céder a  ux Chinois des gisements de cuivre et de cobalt. Point important de discorde donc. Au contraire, Moïse Katumbi Chapwe, candidat pour succéder à Kabila, ex-gouverneur du Katanga, est « une vieille connaissance de Forrest »[note] qui règne sur le Katanga depuis des décennies et qu’on surnomme « le vice-roi du Katanga ». Katumbi est président du club de foot Mazembe de Lubumbashi[note], Malta Forrest, fils de Georges et héritier de son empire, en est premier vice-président.

Albert Yuma, président de la Gécamines (Société Générale des carrières et des mines, intimement liée à l’histoire de la colonisation belge), est lui un proche de Joseph Kabila. Depuis quelques années, celui qui est aussi président de la Fédération des entreprises du Congo est en conflit ouvert avec l’homme d’affaires Georges Forrest et son groupe (GFI, Group Forrest International), autour du Groupe de Terril de Lubumbashi (GTL), dont Forrest est actionnaire à 70 %, la Gécamines détenant les 30 % restants. Le conflit s’envenime lorsque, le 23 mars 2017, la Gécamines empêche l’accès des camions de GTL au terril.[note] Rien ne sert d’entrer dans les détails, mais ceci souligne un point : la Gécamines et son président Albert Yuma, proche de Kabila, semblent vouloir réduire l’influence de Forrest en RDC. C’est ici qu’intervient le second homme à écarter, après Karaziwan : Dan Gertler. Ce milliardaire israélien qui arrive en Afrique à l’âge de 23 ans s’est construit un empire en soutenant le père Kabila. Si le groupe Forrest commence à perdre des revenus en   provenance de la Gécamines, c’est que d’autres y gagnent. L’un de ceux-là, c’est Dan Getler, dont l’ONG britannique Global Witness révélera qu’une filiale de sa société Fleurette, basée aux îles Caïmans, a touché 880 millions de dollars de la Gécamines, qui lui étaient initialement dus.[note] Quel lien alors avec l’offensive en règle que subissent le diamantaire et son proche collègue belge, Pieter Deboutte, qui sont la cible de sanctions américaines (décision signée par Trump le 20 décembre 2017) pour son rôle en RDC ? Les États-Unis prétextent des violations des droits de l’homme et de la corruption pour justifier leurs sanctions et se servent de ce prétexte pour protéger leurs intérêts. Des intérêts commerciaux, directs ou indirects (un service demandé par la Belgique en échange d’autre chose ?), sont donc en jeu. C’est que Dan Gertler est « la clé du système financier du président Joseph Kabila ».[note] Et qui retrouve-t-on encore ici : Patokh Chodiev. Propriétaire d’ENRC (associé à ses deux indéfectibles comparses), entreprise que le président Nazarbaïev a voulu mettre à l’abri en demandant le soutien de la France au trio. Dan Gertler, proche de Joseph Kabila, était le principal acheteur d’actifs miniers congolais vendus à des prix dérisoires, que l’homme d’affaires israélien revendait notamment à ENRC. Gertler faisait ainsi des plus-values mirobolantes, sur le dos d’ENRC. En gros, Chodiev et ses comparses étaient royalement grugés, alors que la constellation financière de Gertler qui, comme Chodiev, a vu son nom associé au Panama Papers, bénéficiait à des officiels Congolais, comme l’avançait Global Witness.

Le duo Chodiev/Gertler conclura un autre gros contrat : en 2009, ENRC lorgne sur les 50% de participation de la Gécamines dans la Société Minière de Kabolela et Kipese (SMKK), ENRC détenant elle-même l’autre moitié. Pour y parvenir, l’entreprise fait passer un contrat avec un trust de Gertler basé dans les îles vierges britanniques, à qui elle paie 25 millions de dollars sur une option pour obtenir les 50% restants de SMKK. En 2010, la Gécamines donne son accord pour vendre ses participations dans SMKK. Quatre mois plus tard, Gertler vend celles-ci 75 millions de dollars à ERNC.[note]Cela sent la rétrocommission… et la bonne entente entre Albert Yuma, Dan Gertler et Patokh Chodiev, dont Georges Forrest semble exclu.

Chodiev et ses comparses étaient royalement grugés, alors que la constellation financière de Gertler bénéficiait à des officiels Congolais

Reste que ces tentatives de déstabilisation auraient provoqué chez les Congolais une activation de leurs services secrets qui enquêteraient sur certains hommes politiques belges en vue de trouver quelques informations croustillantes. Comme autres mesures de rétorsion, les autorités congolaises ont d’ores et déjà limité les droits de vol avec la Belgique[note], après avoir demandé en janvier 2018, dans une note du ministre congolais des Affaires étrangères, de mettre fin aux activités de la nouvelle agence de développement et de démanteler la maison Schengen (équivalent du consulat) à Kinshasa. Cela sonne comme une confirmation de nos explications…

LES MILLIARDS LIBYENS

Alexandre Djouhri, celui qui exécutait les basses œuvres de Sarkozy, notamment la campagne électorale de Sarkozy en 2007 et son financement libyen, a été arrêté en janvier 2018 à l’aéroport de Londres. Alexandre Djouhri est l’objet d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice française, notamment pour « blanchiment d’argent » dans le cadre de l’enquête sur des soupçons de financement libyen de la campagne de l’ex-président français Nicolas Sarkozy en 2007. Il est celui qui est au courant de tout le système Sarkozy/Dominique De Villepin, constituant du pain bénit pour le Président Macron qui veut nettoyer tout sur sa droite. Djouhri a été cité dans le cadre de la mise en examen de son ami Claude Guéant, dans une affaire de ventes de tableaux flamands dans laquelle Guéant aurait perçu 500.000€. Dans le cadre du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy, on trouve également la revente d’une villa de Mougins à Béchir Saleh (surestimée et achetée également par la filiale suisse du fonds souverain libyen Libyan African Investment Portfolio, fonds souverain le plus doté d’Afrique), dont une partie de la vente – près de 500.000 euros – ira à De Villepin.

Béchir Saleh est le principal argentier du régime libyen. C’est lui qui dira: « Kadhafi a dit qu’il avait financé Sarkozy. Sarkozy a dit qu’il n’avait pas été financé. Je crois davantage Kadhafi que Sarkozy. » Il en sait trop? Djouhri aussi. Le premier a été blessé par balle le 23 février 2018 sur la route de Johannesburg[note] ; le second a été victime d’un triple accident cardiaque.[note] Les deux se connaissent bien : c’est Djouhri qui organise l’exfiltration de Saleh lors de la chute de Kadhafi et le loge au Ritz de Paris, en puisant, pour payer la note, dans les comptes de riches saoudiens auxquels il a accès, selon les enquêteurs français. Ces tentatives d’assassinat et cet accident rappellent curieusement la mort, en 2012, de Choukri Ghanem, ex-ministre libyen du Pétrole et proche du colonel Kadhafi, retrouvé dans le Danube à Vienne. Cause officielle du décès : « noyade ». Certains ont du mal à y croire.

Djouhri lui, est sorti de prison le 12 janvier 2018 (il a les moyens de payer une caution d’un million d’euros), et aura le temps de convier pour son anniversaire le 18 février, quelques-uns de ses amis, dont Dominique De Villepin, mais aussi Bernard Squarcini, proche de Nicolas Sarkozy, ancien patron du Renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI), actuellement chez LVMH, dont le propriétaire n’est autre que Bernard Arnault, « grand-frère de Sarkozy », que connaît Armand de Decker, lequel comme bourgmestre de la commune d’Uccle, l’a accueilli en septembre 2012 dans sa commune.

Saleh et Djouhri en savent trop? Le premier a été blessé par balle le 23 février 2018 sur la route de Johannesburg. Le second a été victime d’un triple accident cardiaque

Les deux sont par ailleurs proches de la plus grosse fortune belge, Albert Frère. Bernard Squarcini, qui sera également mis en garde à vue pour le financement libyen de la campagne électorale de Sarkozy en 2007, est Chevalier de la Légion d’honneur. Titre que recevra également en décembre 2011 Alain Winants, ancien patron de la Sûreté de l’État belge, le même jour que Jean-François Étienne des Rosaies, en présence d’Armand De Decker. Tous seraient impliqués dans le Kazakhgate, Winants et Squarcini ayant notamment activement collaboré.[note]

Si Alexandre Djouhri et Béchir Saleh savent des choses compromettantes pour la France, peut-être aussi en savent-ils trop sur la Belgique qui, ne l’oublions pas, détient – détenait ? – une grosse partie du butin libyen sur des comptes Euroclear… Nous verrons qu’un certain Jean-Claude Fontinoy, qui assure une position clé dans les affaires, pourrait continuer à nous intéresser.

Ah la Libye, quel fantastique pays… pour l’Occident. En 2016, Sameh Sobhy, Belge d’origine égyptienne, est arrêté. Il est accusé de trafic d’armes, organisation criminelle, violation d’embargo et faux et usage de faux. Il baigne dans un marché de trafics d’armes avec la Libye. Un rapport de l’ONU de 2015 indique qu’il aurait écoulé vers le pays 1.500 armes de poing et un million de cartouches. L’intéressé nie, invoquant qu’il ne serait qu’un intermédiaire entre les sociétés exportatrices et la Libye. On sait que Kadhafi avait placé de l’argent en Belgique, principalement chez Euroclear, sur quatre comptes (16,1 milliards), gelés par l’ONU en mars 2011. Rien n’est évident sur l’origine de cet argent, dont on ne peut dire avec certitude qu’il n’est pas lié au crime organisé et à divers trafics.

C’est ici que, dans ce récit épique, le prince intervient. Rappelons que le Prince Laurent, via son ASBL Global Sustainable Development Trust (GSDT), réclamait, suite à un contrat de 2008 portant sur le reboisement de régions désertiques en Libye pour environ 70 millions d’euros, une indemnité pour rupture unilatérale du contrat par la Libye en 2010. L’État libyen n’a jamais répondu à la requête, malgré la condamnation à deux reprises par le tribunal de Bruxelles à verser 48 millions d’euros à l’ASBL. Le gouvernement belge a toujours refusé de dégeler les fonds libyens. Euroclear, qui a le statut de chambre de compensation internationale (ICSD), se prétend insaisissable en vertu d’une loi de 1999. D’où la plainte de l’ASBL déposée en 2015 pour abus de confiance et blanchiment. Précisons que les deux seuls créanciers à avoir été remboursés, seraient la Fabrique Nationale de Herstal, marchande d’armes[note] et une autre société qui lui serait liée. Selon nos informateurs, le Prince Laurent détiendrait certains secrets, et c’est plus cela que ses frasques à l’ambassade de Chine qui expliquerait les mesures gouvernementales actuelles à son encontre (réduction de sa dotation)…

EUROCLEAR ET L’ARGENT LIBYEN

Il y a deux clans pro-occidentaux ennemis en Libye. Le premier est dirigé par le général Khalifa Haftar, lié à la CIA. L’autre l’est par Fayez al-Sarraj, Premier ministre libyen,qui n’a pas d’armée, mais dirige quatre milices salafistes. Didier Reynders a rencontré Fayez al-Sarraj à Bruxelles en févier 2017[note], pour rappeler le soutien de la Belgique à son gouvernement d’union nationale (GNA). Ça, c’est officiellement. On sait que quand les politiciens occidentaux rencontrent ceux du « Sud », des contrats se préparent. Qu’en a-t-il été de la question de l’argent libyen gelé dans les comptes d’Euroclear, lors de cette rencontre ? Selon certaines informations, al-Sarraj aurait demandé à récupérer les 16 milliards, ce qu’aurait refusé Didier Reynders, acceptant seulement qu’il touche les intérêts (500 millions/an) des fonds, qui seraient placés au Luxembourg. Cela aurait permis à al-Sarraj de financer ses quatre milices, mais aussi des dépenses luxueuses dans une capitale européenne en particulier. Des politiciens belges toucheraient des commissions, selon nos informateurs. « Les quatre comptes gelés chez Euroclear auraient engendré, un an après le 16 septembre 2011, près de 300 millions d’euros [entre 350 et 500 millions] d’intérêts, coupons et dividendes considérés comme “libérables” par le gouvernement. Parallèlement, à l’automne 2012, quelque 235 millions d’euros ont quitté les comptes libyens gelés. Euroclear aurait-elle transféré des intérêts sur un autre compte interne mis à la disposition de son client, l’Arabe Banking Corporation ? Ou (sic) ces 235 millions ont-ils quitté Euroclear ? Et si tel est le cas, pour aller où ? ».[note] Ce qui est sûr, c’est que dividendes et intérêts ne sont pas gelés…

Il y a en tous cas, dans cette histoire, plus que quelque chose de trouble. En mars 2018, on découvre tout à coup que plus de 10 milliards sur les 16 milliards des fonds libyens, se sont évaporés des comptes Euroclear entre 2013 et 2017. Cela signifie que le Règlement UE 2016/44 qui traduit les décisions de gel onusien en droit européen auraitété violé par la Belgique[note]. Seule réponse : « Fake news », selon Reynders. Plus besoin de preuves : pour les invulnérables, il suffit de dire que c’est faux, c’est tout, et énoncer péremptoirement que ceux qui doutent construisent un « roman-fiction ».[note]

« Les quatre comptes gelés chez Euroclear auraient engendré, un an après le 16 septembre 2011, près de 300 millions d’euros d’intérêts, coupons et dividendes considérés comme “libérables” par le gouvernement »

Ce sont les affaires étrangères qui sont les seules compétentes dans les décisions de gel onusien, selon le règlement UE 2016/44. Qui est ministre des Affaires étrangères ? Didier Reynders. La « loi Euroclear »[note] du 28 avril 1999, qui transpose dans le droit belge une directive européenne, est votée en urgence à la demande du gouvernement Dehaene. On y ajoute toutefois un article 9, trait de créativité du cabinet de Jean-Jacques Viseur, alors ministre des Finances, qui stipule au chapitre VII, sous le titre « Insaisissabilité des comptes de règlement » : « Tout compte de règlement sur espèces auprès d’un organisme gestionnaire ou d’un agent de règlement d’un système, ne peut être saisi, mis sous séquestre ou bloqué d’une manière quelconque par un participant (autre que l’organisme gestionnaire ou l’agent de règlement), une contrepartie ou un tiers ».[note] Désormais, même les juges ne pourront saisir l’argent des comptes Euroclear…

CH III – LE RÉSEAU BLEU[note] EN BELGIQUE

Didier Reynders sait s’entourer des bonnes personnes. La cheffe de cabinet Affaires générales du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Alexia Bertrand, est la fille de Luc Bertrand, président du comité exécutif de Ackermans & van Haaren et président du conseil d’administration de DEME, notamment.[note] Outre sa fonction d’avocate, elle est aussi administratrice de Ackermans & van Haaren, tâche pour laquelle elle aurait touché pas moins de 80.000€ en 2016. Didier Reynders et Luc Bertrand sont de vieux amis, qui se sont rencontrés alors que le premier présidait la SNCB (à partir de 1986). Le second doit être content de voir sa fille à un poste si stratégique. Conflit d’intérêts ? Les médias avaient déjà évoqué sa position pour le moins ambiguë dans un contrat d’éolien offshore, mais avant également, alors qu’Alexia Bertrand était la négociatrice pour Reynders dans le secteur des réformes bancaires, où AvH a des intérêts. Si DEME investit partout dans le monde, son attention pour l’Arabie saoudite s’est accrue ces dernières années, pays que l’entreprise souhaite faire profiter de son expertise en matière portuaire. Un hasard alors si la Belgique a soutenu l’adhésion de l’Arabie saoudite à la Commission des Droits des femmes de l’ONU ?

On tente d’établir les liens entre tout ce beau monde. On se souvient que la Société belge d’investissement (SBI), détenue à 64% par l’État belge, était impliquée dans les Paradise Papers. Mais le PTB souligne une information, bien plus cruciale, dont les médias ont peu parlé : « La société privée Rent-A-Port (qui codétient, avec la société publique SBI, la société off-shore incriminée [la Infra Asia Development (Vietnam) Limited, immatriculée aux îles Vierges britanniquesest une filiale du groupe AvH dont est administratrice la cheffe de cabinet du ministre Reynders, Alexia Bertrand…  ». Tiens ? Il ajoute, et c’est là que ça devient véritablement grisant : « De plus, la société publique SBI (Société belge d’investissement international) est présidée par Jean-Claude Fontinoy, fidèle bras droit de Reynders. Et le conseil d’administration compte également Koen Van Loo, ancien chef de cabinet de Reynders. Le rôle du vice-Premier Didier Reynders semble donc central dans cette affaire. »[note] On n’en doutait pas.

On se souviendra que Didier Reynders, attablé chez Bruneau avec Bart de Wever, Louis Michel et Jean-Claude Fontinoy notamment, y croisa aussi Koen Blijweeert, un homme d’affaires impliqué dans divers scandales. Parmi ceux-ci, la corruption de l’ancien directeur de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, Glenn Audenaert, dans une affaire de déménagement de la police fédérale vers des bâtiments appartenant à Koen Blijweert, situés dans l’ancienne Cité administrative de Bruxelles. Ce déménagement aurait été discuté dans un restaurant de la rue Royale Sainte-Marie, où étaient présents Luc Joris (voir plus bas), Jean-Claude Fontinoy, Koen Blijweert, Jean-Louis Mazy (membre du comité de direction d’Immobel, impliqué dans le scandale Agusta), Glenn Audenaert et Michèle Lempereur.[note] Mais, peut-être plus intéressant, est la vente de la Tour des Finances en 2001, alors que Didier Reynders procédait à une vaste liquidation des immeubles publics à des prix défiant toute concurrence, pour répondre au diktat du traité de Maastricht et renflouer les caisses de l’État, sans surtout aller chercher l’argent dans les poches de ses amis rentiers. En février 2016, deux hommes d’affaires ont été condamnés « pour avoir empoché des millions de commissions occultes lors de la vente de la Tour des Finances au groupe immobilier néerlandais Breevast ».[note] Breevast (qui possédait 60 % de la Cité administrative au moment du déménagement de la police fédérale), dont le patron est Frank Zweegers, récemment arrêté à Capri, est un des plus grands groupes immobiliers néerlandais. La Belgique avait touché 276,5 millions d’euros pour sa vente en décembre 2001, alors qu’elle louera le bâtiment à Breevast pour un loyer annuel indexé de 24,8 millions d’euros. Suite aux travaux de rénovation achevés en 2009, le loyer serait passé à 54,2 millions. Mais dès 2016, Breevast manifeste son intention de vendre la tour, pour la modeste somme de… 1,2 milliard d’euros.

« De plus, la société publique SBI (Société belge d’investissement international) est présidée par Jean-Claude Fontinoy, fidèle bras droit de Reynders. Et le conseil d’administration compte également Koen Van Loo, ancien chef de cabinet de Reynders. Le rôle du vice-Premier Didier Reynders semble donc central dans cette affaire »

Reynders et Blijweert se connaissent et on se demande de quoi ils parlent quand ils décortiquent leur homard chez Bruneau. Sachant en outre qu’ils s’intéressent à l’immobilier, la présence de Jean-Claude Fontinoy est des plus intrigantes, lui qui fin des années 90 « était spécialisé en “entreprises publiques économiques” et conseillait les parlementaires. Quand le libéral [Reynders] deviendra ministre des Finances en 1999, Fontinoy sera expert au cabinet, puis il traitera des dossiers de la Régie des bâtiments, et des grandes entreprises publiques comme la Poste, la SNCB et l’informatique au SPF Finances »[note] ; cette même régie des bâtiments dont les fonctionnaires et des entrepreneurs seront condamnés en 2006 par le tribunal correctionnel de Bruxelles, dans ce qui constituera alors un procès-fleuve.

Dans la nébuleuse, on trouve aussi Luc Joris, qui s’est beaucoup occupé d’Eurostation, filiale de la SNCB en charge des gares flamandes et bruxelloises, et fut avec Jean-Claude Fontinoy (président du Conseil d’administration de la SNCB et conseiller du vice-premier Reynders) à l’origine du projet de la gare de Mons, tant controversé, non sans raison. Luc Joris, médecin d’Élio Di Rupo, proche, très proche du « socialiste », était membre du Conseil d’administration de la société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), accusé dans ce cadre d’avoir facilité un prêt à la société de Franco Dragone (2 millions d’euros), en échange d’une invitation en jet privé pour assister à un concert de Céline Dion (Production du Dragon). Joris siégeait également à la SNCB, comme Fontinoy, à la FN de Herstal et était propriétaire d’une société basée au Grand-Duché de Luxembourg, Bremco Management, active dans le conseil et la consultance en évasion fiscale opérant comme « paravent » pour un groupe de Honk Kong. Structure intéressante pour blanchir de l’argent…

On croise encore ici Joy Donné, ancien élève de Jean-Claude Fontinoy à la régie des bâtiments, « l’homme du patronat flamand ». Ex-employé de l’ambassade belge à Tokyo et conseiller depuis 2008 au SPF finances, il est connu pour avoir été chercher Bart De Wever en Porsche devant le MR et d’avoir déchiré un PV, alors qu’il roulait avec deux plaques différentes. Les médias ont usé et abusé du délit, franchement mineur face à l’ensemble des tractations politico-économiques en jeu. Joy Donné est devenu en 2016 le chef de cabinet de Jan Jambon.

Si tous ceux-là sont de bons « amis », ce n’est pas pour l’affection qu’ils se portent, mais d’abord pour les services qu’ils se rendent, dont l’objectif est toujours le même : l’argent.

Où est l’argent, où va l’argent ?

Les directions que prennent les fonds émanant de ces transactions auxquelles les protagonistes réussissent toujours à donner une façade légale, ne s’encombrant d’aucune considération morale et de principes, sont multiples. On a vu que les achats/ventes d’œuvre d’art servent à blanchir de l’argent (cf. Guéant), mais aussi l’immobilier (cf. le trio kazakh, la vente de la villa à Béchir Saleh dans le cadre de la campagne présidentielle de Sarkozy de 2007) ou les fuites fiscales vers les législations de complaisance. Mais on ne voit pas pourquoi ces pratiques criminelles ne seraient propres qu’à la France.

Dans les affaires belges, l’art, l’immobilier et les paradis fiscaux font partie du décor. Enfin, ce n’est pas parce qu’on fait de la politique qu’on ne peut pas apprécier les belles choses…

– L’ART

« Ce mardi 8 mai, en présence notamment de Sabine Laruelle, j’ai remis la décoration de Chevalier de l’Ordre de la Couronne à Olivier Theunissen, antiquaire et expert en œuvres d’art. »[note] Voilà ce qu’on trouve sur le site de Didier Reynders, qui ce 8 mai 2012 appose sa signature en dessous du brevet qui fait d’Olivier René Albert Theunissen, antiquaire, expert en œuvres d’art à Lasne, Chevalier de l’Ordre de la Couronne. Outre Sabine Laruelle, on retrouve aussi… Jean-Claude Fontinoy. Ce dernier, qu’on croise également lors d’une réception au Sablon donnée par le chevalier Nicolas de Ghellinck d’Elseghem et M. Olivier Theunissen, pour les 25 ans de leur association.

On se décore entre amis, pour services rendus… ou services à rendre

Par arrêté royal du 6 juin 2017, OlivierTheunissen est nommé juge consulaire au Tribunal de Commerce Francophone de Bruxelles, pour un terme de cinq ans (Moniteur belge, 16 juin 2017). Intéressant comme poste, quand on est marchand d’art avec un carnet d’adresses bien rempli. Theunissen était également 14ème candidat sur la liste communale du MR pour les élections d’octobre 2012. Il siège à la Chambre royale des antiquaires de Belgique, est propriétaire d’Antheol SPRL, spécialisée dans les antiquités et les biens d’occasion. Il est aussi membre du Cercle Royal Gaulois, dont le président Geoffroy Generet a reçu des mains de Didier Reynders le 28 juin 2017, la décoration de Chevalier de l’Ordre de Léopold, en présence de… Olivier Theunissen. Le même cercle qui avait été élu « Cercle de l’année 2016 », par le magazine Lobby, récompense remise par Didier Reynders. Il est encore conseiller au Conseil communal de Lasne, Vice-président du CPAS, administrateur à ITB-Tradetech. S A. La société , productrice de traverses de chemins de fer, réalise 90 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, notamment en République démocratique du Congo, avec la société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) et la Gécamines qui est la première cliente de la SNCC, cette dernière assurant le transport des produits miniers et des biens de consommation de la Gécamines. ITB rémunère bien ses actionnaires, mais aussi le ministère des Finances « à raison de… 583.305,85Un client fidèle !, », s’en amusait le ministre des Finances de l’époque, Didier Reynders, qui était venu en 2008 prendre part au premier centenaire d’ITB-Tradetech à Genval.[note] Une société qu’il connaît bien puisqu’il en a été le président du conseil d’administration durant deux ans » … Où l’on retrouve à nouveau Jean-Claude Fontinoy, président de la SNCB Holding à l’époque. Curieux n’est-ce pas, ces entremêlements ?

Geoffroy Generet, le jour de sa décoration de Chevalier de l’Ordre de la Couronne, remise par Didier Reynders, avec Olivier Theunissen derrière

Geoffroy Generet, le jour de sa décoration de Chevalier de l’Ordre de la Couronne, remise par Didier Reynders, avec Olivier Theunissen derrière

– L’IMMOBILIER

« Céline et Jean-Claude Fontinoy ont la passion des vieilles pierres. Leur dernière transformation, la cense Douxflamme à Mozet est au programme des Journées du Patrimoine », nous annonce L’Avenir, plein d’enthousiasme pour ce couple de collectionneurs particulier : « Elle aurait pu collectionner les timbres, les vieilles cartes postales ou cultiver les roses rares. Avec son mari Jean-Claude, Céline Fontinoy a préféré jeter son dévolu sur les maisons. Pas n’importe quelle maison : de préférence des demeures anciennes, de caractère, avec une âme. Une passion dévorante, coûteuse, mais rentable, qui l’anime depuis déjà 30 ans ».[note] Les timbres, c’est quand même moins cher, mais ça ne permet pas les mêmes choses. « Il y a 15 ans, c’était beaucoup plus rentable qu’aujourd’hui, analyse Céline Fontinoy. Pour des remboursements mensuels de 50.000 F, on pouvait obtenir le double en locations ».[note] Banqueroute pour les Fontinoy ? Certainement pas…

« Céline et Jean-Claude Fontinoy ont la passion des vieilles pierres »

Jean-Claude aime l’immobilier, ce qui explique qu’il préside la Commission consultative communale d’aménagement du territoire et de mobilité, mais aussi son poste de vice-président de l’ASBL Les plus beaux villages de Wallonie. Cela aide, quand on « investit brique après brique, maison après maison, à Namur et dans sa région », de siéger dans de tels organismes…

Question immobilier, nos recherches nous font découvrir qu’en 2004, Jean-Pierre Reynders, le frère de l’autre, signe comme architecte le projet d’extension du bâtiment scolaire de l’ambassade de Russie. Son bureau d’architecte, L’Atelier, ne construit pas des bungalows à Charleroi, mais préfère les complexes de luxe, au Maroc par exemple. Nos informateurs nous disent que le frère de Didier Reynders pourrait également avoir participé à des travaux dans la maison d’un des membres du trio kazakh. Mais cela ne nous regarde pas…

On avait déjà reproché en 2009 à Didier Reynders de « saboter la lutte contre la fraude fiscale ».[note] En 2017, le juge Claise, spécialisé dans les dossiers financiers estimait que le combat contre la criminalité financière n’était pas une priorité du gouvernement Michel, gouvernement où Reyndersest vice-premier. Face à l’annonce du gouvernement quant à sa détermination à combattre la fraude et l’évasion fiscale, le juge Claise évoquait « une escroquerie intellectuelle épouvantable ».[note] Le gouvernement opérerait un véritable « démantèlement de structures qui existent et qui se sont révélées être d’une incroyable efficacité. On les démantèle du jour au lendemain, sans concertation avec les personnes ». Le juge pense en particulier à l’Office central de lutte contre la délinquance économique et financière (OCDEFO), une institution au sein de la police fédérale, composée à la fois de policiers et d’agents fiscaux ; mais aussi à la modification du rôle du juge d’instruction au profit du parquet, lequel dépend… de l’exécutif. Le juge Claise concluant: « On tente de détruire le pouvoir judiciaire ».[note]

LA MAINMISE SUR LA SÛRETÉ DE L’ÉTAT

Le terrorisme constituera une sorte d’aubaine pour le crime financier organisé, faisant du parquet « uniquement un parquet antiterrorisme où l’on n’a pas senti beaucoup chez lui la fibre “lutte contre la criminalité financière” ».[note] Celui qui dit cela est l’ancien président de la Cellule de Traitement des Informations financières (CTIF), Jean-Claude Delepière, qui dénoncera devant la commission d’enquête parlementaire Kazakhgate « l’existence d’un système empêchant la production de résultats dans l’affaire Tractebel-Chodiev, et dans bien d’autres affaires financières, alors que les éléments sont connus depuis parfois plus de vingt ans ». Il évoque notamment, mais nous n’en saurons pas plus, car cela a été traité en huis clos, « l’existence d’un certain milieu, y compris dans l’entourage des hautes sphères de l’État ». Delepière estime que la politique de lutte contre la criminalité financière en Belgique est inefficace et qu’« on est en train petit à petit de casser l’outil », tout comme l’état « hibernatus » dans lequel serait l’OCDEFO.

Au niveau de la Sûreté de l’État, la situation serait identique et Delepière le confirme, lui qui disposerait « d’éléments relatifs à des tensions dans certains services, dont la Sûreté, alimentées par des proches du MR ».[note] Les attentats sont en cela propices à un déplacement du regard ailleurs : « La Sûreté de l’État réorganisera son service externe dès le 1er septembre [2015] pour se concentrer comme jamais auparavant sur les menaces des radicalistes et des terroristes ».[note] En Belgique, s’ensuit, outre l’état d’urgence et l’organisation de la peur, une restructuration du service de Renseignementscommanditée depuis les hautes sphères politiques. Nos sources nous indiquent aussi qu’il s’agirait de s’assurer que de nouvelles preuves sur l’implication politique de la Belgique dans le Kazakhgate ne soient pas découvertes, par exemple en obligeant les enquêteurs à travailler sur d’autres sujets ou en les privant de leurs meilleurs contacts, et ainsi d’éloigner les enquêteurs de du trio kazakh et de leurs relais belges. Pour ce faire, on place des pions qui assureront que la sûreté n’aille pas fouiner là où il ne faut pas : Hugues Brulin et le fameux J, ancien attaché parlementaire de Reynders. Ceux qui seplaignent de la perte d’indépendance du Comité R sont soit mis au placard, soit « obligés » de démissionner, et font même l’objet des nouvelles techniques d’enquête « BIM »… sans parler des menaces maquillées en conseils avisés, dignes de véritables films mafieux.

Le gouvernement « démantèle les structures de lutte contre la criminalité financière qui existent et qui se sont révélées être d’une incroyable efficacité »

Le cabinet de Koen Geens relayait l’article de l’Echo, triomphant : « Hugues Brulin rejoindra la tête de l’institution pour occuper pendant cinq ans le poste de “directeur d’encadrement”, une fonction nouvellement créée (…) La Sûreté de l’État était depuis longtemps à la recherche d’un spécialiste pour gérer le département du personnel. Mais la nomination de Brulin semble trouver son inspiration dans le monde politique. L’homme est un conseiller du ministre MR Didier Reynders, et cette nouvelle fonction semble avoir été créée sur mesure. Car l’administrateur général est étiqueté CD & V et son adjoint était le conseiller en sécurité de l’ancien premier ministre Elio Di Rupo (PS) ».[note] L’enthousiasme du syndicat n’y était pourtant pas, lui qui dénonçait le parachutage politique d’un conseiller de Didier Reynders. « Le personnel est visiblement désorienté et, face aux attaques récurrentes du monde politique – notamment SP. À –, se demande si la volonté n’est pas de mettre à mort la Sûreté. »[note]Même des enfants en bas âge pourraient répondre à la question : « dites les enfants, pourquoi quelqu’un place son copain dans une camionnette qui vend des glaces (c’est plus facile pour les enfants que de dire “sûreté de l’État”) ? ». Sûr que 99 % répondront « pour en avoir plus »… ou pour contrôler à qui on les donne. Plus récemment, Serge Lipszyc a été catapulté Président du Comité R, sans que le poste soit ouvert à candidatures, provoquant les critiques de parlementaires qui invoquaient sa trop grande proximité avec l’Exécutif, alors que Lipszyc est conseiller au Cabinet du Premier ministre MR, Charles Michel.[note]

« Le personnel est visiblement désorienté et, face aux attaques récurrentes du monde politique, se demande si la volonté n’est pas de mettre à mort la Sûreté »

« Un certain milieu », « un système empêchant la production de résultats », le démantèlement des services de lutte contre la criminalité financière… Et, cerise sur le gâteau, le président de la Commission d’enquête sur le Kazakhgate, Dirk Van der Maelen, qui déclare : « On trouve le MR à toutes les étapes du Kazakhgate, ajoutant que cela pourrait être une affaire d’État »[note], évoquant en conférence de presse l’existence d’un véritable «  réseau bleu  ». Curieux. Selon nos informateurs, Didier Reynders aurait en outre créé au sein des Affaires étrangères une « mini Sûreté de l’État », portant le nom de « département interministériel anti-blanchiment et anti-corruption », chapeauté par un magistrat proche du vice-premier, avec l’objectif d’enquêter sur des personnes opposées à leurs intérêts.

Et le Comité R là-dedans[note] ? Assure-t-il encore son rôle de contre-pouvoir ? D’après nos sources, nullement. En effet, il serait, comme l’exécutif, la Sûreté, la justice, les services anti-fraudes, également infecté. Selon nos sources, c’est au sein du Comité R qu’on aurait prévenu ceux qui tentaient d’enquêter sur le trio kazakh de se méfier. Son service d’enquêtes est dirigé par Frank Franceus, ancien chef de cabinet adjoint de Geert Bourgeois (NVA), qui selon nos sources serait persuasif pour stopper les velléités de certains enquêteurs.

Conclusion : toujours les mêmes

Ne trouvez-vous pas que dans cette histoire les mêmes protagonistes reviennent toujours? Tout un réseau de connaissances, de l’argent, toujours pas loin, des condamnations, des versements occultes… Tout est là en suffisance pour pousser l’enquête plus loin. Mais c’est comme si nous étions devant un chien renifleur qui a senti la drogue dans la valise du voyageur, mais dont le maître tire sur la laisse pour l’éloigner et empêcher la découverte. On sait qui tire la laisse et pas mal des faits qui veulent être occultés. La majorité vote en faveur du rapport de la Commission parlementaire le 30 mars 2018 établissant un non-lieu dans l’affaire du Kazakhgate : dans le rapport, le seul membre du MR critiqué, mais pas incriminé, est Armand De Decker, qui aurait seulement fait preuve « d’un manque de déontologie ». Les forces en présence ont dû fortement tirer sur la laisse pour éloigner le chien. Pourquoi ? Parce que dans un système de corruption institutionnalisée, il existe une forme de solidarité obligée, les uns tenant les autres par des secrets partagés, des connaissances communes des pratiques occultes, un peu comme dans un jeu menaçant : « si je tombe, tu tombes ». Comme le dira l’ancien PDG d’Elf : « Si tout le monde se sert du gâteau, plus personne ne peut plus rien dire ».[note] C’est sans nul doute ce qui se passe en Belgique, aboutissant à des résultats absurdes, comme celui de la Commission parlementaire sur le Kazakhgate.

Ne trouvez-vous pas que dans cette histoire les mêmes protagonistes reviennent toujours? Tout un réseau de connaissances, de l’argent, toujours pas loin, des condamnations, des versements occultes…

On ne peut que penser qu’ils s’aident et se protègent entre eux. Pas de fake news ici, pas de théorie du complot.On l’a vu, il y a ces lieux où la noblesse, des responsables politiques et des capitaines d’industrie se rencontrent. Comme au château d’Ophem, propriété d’Ernest de Laminne de Bex, président du Cercle international diplomatique consulaire (CIDIC) soutenu par le Ministère belge des Affaires étrangères et la division GROWTH de la Commission européenne, qui « y reçoit en sa qualité de président les prestigieuses conférences du Centre international diplomatique consulaire (CIDIC)auxquelles assistent les personnalités du monde politique, économique et culturel ainsi que les diplomates en poste à Bruxelles »[note], lie « la Diplomatie et le Business (…) et facilite les rencontres tant avec les milieux diplomatiques et consulaires qu’avec des hommes et des femmes d’affaires et chefs d’entreprises, afin de nouer de façon informelle des relations privilégiées ».[note] D’intéressants échanges y auraient lieu, selon nos sources. C’est Ernest de Laminne de Bex, également Consul honoraire de la République de Géorgie, qui recevra du roi Philippe, sur proposition du ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, le titre de baron, le même jour où Georges Forrestobtiendra celui de Grand Officier de l’Ordre de la Couronne (cf. supra). Didier Reynders, avant d’intégrer les Affaires étrangères, était Consul de la République de Tunisie en Province de Liège, et demeure membre du « Comité d’honneur des 40 ».

On se décore donc entre amis, pour services rendus… ou services à rendre. Jean-François Godbille, celui qui touchera sur les comptes de l’association qu’il préside 25.000€, via la princesse Léa en provenance de Catherine Degoul, l’avocate du trio kazakh, est officier de l’Ordre de la Couronne, chevalier de l’ordre de Léopold et titulaire de la Croix civique de première classe. On se souvient aussi que Didier Reynders avait décoré Sarkozy de l’Ordre de Léopold, honneur que le président français lui renverra plus tard en lui décernant la Légion d’honneur. Selon nos informateurs, Theunissen serait également à l’ordre de Malte. Suffisant ?

S’il est difficile de trouver la preuve qui ferait tomber des têtes, les indices, eux, s’accumulent. Ce que l’on sait déjà et qui a été dévoilé par épisodes par les médias, suffirait pourtant amplement, si nous étions dans une société décente, à mettre Reynders & co en examen. Si cela n’a pas lieu, c’est parce que l’amplitude de la corruption est directement proportionnelle à la résignation et au manque d’information globale du peuple, notamment, mais aussi au fait qu’un tel niveau de corruption implique des relais de protection d’une même ampleur.

Que font ces hommes politiques, condamnés ou non par la justice, avec des hommes d’affaires et des mafieux suspectés des pires méfaits, si ce n’est arranger leur business?Ce sont véritablement des intouchables qui, à chaque fois que l’une de leurs affaires est classée, en ressortent plus forts, alors que s’estompe et s’institutionnalise l’impunité.« Comme le dira sans détour un agent de la DGSE présent un temps en Libye : »Qui va nous juger ? Qui va juger la France ? Personne quand même ! » »[note] Évoquantl’analyse d’Éva Joly, Alain Deneault dira : « La juge ne parle même plus d’infiltration dans le système de justice, mais d’institutions informelles d’une nature plus grande que lui, et capables de le faire plier. La République semble double, littéralement dotée d’un ensemble d’institutions occultes qui dupliquent celles qui s’offrent au regard et à la conscience publics ».[note] Ce n’est pas en présence d’un système gangrené et dysfonctionnant que nous sommes, mais d’un système parallèle occulte, en parfaite santé, qui maîtrise images et communications, nous laissant rêver que nous sommes dans une démocratie.

Eric Arthur PARME

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Lettre ouverte à ceux qui se disent écolos, mais ne résistent pas au progrès…

Cher Bourgmestre, Cher Monsieur Deleuze,

Que ce soit dans d’autres communes de Belgique, en France, ailleurs en Europe ou dans le monde, votre commune ne se distingue malheureusement pas des autres, et adopte un suivisme qu’elle voudrait faire passer pour naturel en proposant de faire de l’ouverture des écoles aux « nouvelles technologies », une « priorité pédagogique ». C’est ainsi que dans le journal officiel de la commune de janvier-février 2017, sous le titre « École numérique », on pouvait lire : « Depuis 2014, la Commune équipe plusieurs classes primaires de TBI (tableaux blancs interactifs). Directement relié à l’ordinateur, ce tableau permet aux professeurs d’illustrer une leçon ou de diffuser l’un ou l’autre documentaire mais aussi à l’élève d’y résoudre un calcul. (…) Autre support informatique en maternelle : la tablette (sic). Un projet pilote est en cours cette année à l’école Le Colibri : la création d’un cahier de vie numérique ».

Dans le premier numéro 2018, la commune enfonçait le clou : « La société, le monde du travail et les écoles sont en constante évolution et accordent une place de plus en plus importante au numérique. Ce moyen de communication fait donc partie des priorités pédagogiques des écoles communales. Un chargé de mission « école numérique » accompagne et forme les équipes pédagogiques à l’utilisation des TBI (tableaux blancs interactifs) et des tablettes, et suit l’installation et le câblage de l’équipement numérique dans les écoles ».

Ah, cette fameuse « évolution », toujours… Nous aimerions savoir sur quelle base vous vous lancez si promptement dans la numérisation des écoles, alors que les mises en garde se multiplient ? Saviez-vous que les patrons de la Silicon Valley inscrivent leurs enfants à Waldorf, dans une école d’où sont absents les écrans durant toute leur scolarité ? Que croyez-vous qu’ils fassent, si ce n’est protéger leur progéniture de la nocivité des objets qu’ils produisent et avec lesquels ils s’enrichissent ? Car ils en connaissent les effets les plus graves: troubles de l’attention, retard de développement (langage, motricité, cognition, sociabilité, affectif…), autisme virtuel, dépendance affective… Les écrans sont omniprésents, dès la naissance, et ont des effets néfastes prouvés sur le développement des enfants. Les ajouter de façon permanente dans une classe en remplacement du tableau noir ou du cahier est tout à fait absurde, sans parler du coût énorme que cela représente.

Une fois cette réalité acceptée, ou du moins le principe de précaution respecté, il vous faudra aller plus loin, car la technologisation des écoles s’accompagne de multiples problèmes ; ainsi du wifi, dont les études ont montré que les rayonnements de radiofréquence (RFF) étaient cancérogènes (classés ainsi par l’OMS), pouvait également affecter la barrière hémato-encéphalique du cerveau y laissant pénétrer des molécules toxiques, endommager des neurones dans l’hippocampe, déréglant la production de protéines essentielles au cerveau… Lennart Hardell, oncologue suédois, a lancé un signal d’alerte en publiant l’Appel de Reykjavik, portant sur « l’exposition provenant des stations de base de téléphonie mobile, des points d’accès wifi, des téléphones intelligents, des ordinateurs portables et des tablettes (…) à la maison comme à l’école »[note]. Comme le disent Philippe Bihouix et Karine Mauvilly dans leur ouvrage Le désastre de l’école numérique, le projet de numérisation de l’école « est irréfléchi et dangereux, d’un point de vue pédagogique, écologique, sanitaire et social » (Silence, septembre 2017). Même les tests PISA, de l’OCDE, démontrent que « les étudiants de pays ayant le plus investi dans l’introduction des ordinateurs à l’école ont des moins bons résultats scolaires ».

Vous devriez donc vous atteler, Monsieur le Bourgmestre, avec vos collègues, à faire des écoles des lieux protégés de ces technologies nocives, sans pour autant parcimonieusement les initier à l’utilisation des ordinateurs. Entretemps, ne vous inquiétez pas, ils auront d’autres choses à faire avec leur tête et leurs mains, activités qui ne coûtent rien ou presque ! Il y a tellement à découvrir dans et hors de l’école. En outre, cet exemple initiera débats et discussions avec les parents, qui eux pensent bien faire en hyperconnectant leur habitation et en laissant leurs enfants devant les écrans des heures par jour.

Enfin, même si cette numérisation devait s’avérer bénéfique pédagogiquement – ce qu’elle n’est pas –, elle demeurerait un désastre écologique et social, reposant sur un extractivisme sauvage et l’esclavage d’enfants et d’adultes. Voudriez-vous donc, si vous pensiez l’argument sanitaire peu fondé, au moins saisir celui-ci, et dans ce cas me répondre : peut-on continuer à détruire la nature pour notre « bien-être technologique » ? La semaine dernière, les scientifiques alertaient à nouveau sur la dégradation alarmante de la biodiversité et la nécessité de changer au plus vite nos modes de vie. Ce que nous ne voyons pas, ne voulons pas voir, c’est que cette disparition des espèces signera la disparition de la nôtre. Là est très certainement le plus grand défi que nous devrons relever, si nous voulons que l’espèce humaine se pérennise.

Ainsi, une « priorité pédagogique » serait-elle de sensibiliser les enfants, et leurs parents, à cette réalité et aux changements à adopter d’urgence. Nous attendons du zèle dans ce domaine et non dans « la numérisation de nos écoles ».

 

Alexandre Penasse

Rédacteur en chef du journal KAIROS

Maccarthysme porcin. #NotMe

Véritable rouleau compresseur médiatique, l’affaire Time’s Up outre-Atlantique, #BalanceTonPorc et #MeToo de ce côté-ci, ne peut laisser personne indifférent, certainement pas dans les mouvances anticapitalistes, écologistes et décroissantes. Dans la recherche de la vérité, la prudence épistémologique est de mise ici comme ailleurs. Il faut toutefois absolument éviter ce qu’Orwell appelait « la comédie du comportement orthodoxe », c’est-à-dire hurler avec les loups par réflexe de meute. Ici plus que jamais, le sang froid et la distance critique sont indispensables, en dehors de tout pathos. Commençons par un avertissement. Nous devons écouter tous les témoignages des victimes, sans pour autant croire ni affirmer qu’ils reflètent a priori chaque fois la réalité des faits. Il peut y avoir des erreurs, il peut y avoir de la calomnie et de la fumée sans feu ! Et il peut y avoir des faits non éthiques et juridiquement condamnables. Les auteurs de harcèlement[note], et pire encore, de viol doivent être dénoncés, poursuivis, jugés, puis condamnés une fois que leur culpabilité est avérée. Celle-ci relève des tribunaux, pas des réseaux sociaux. Cela dit, la question n’est pas (seulement) là. Contrairement à ce que prétendent les néo-féministes, alerter qu’il y a risque de dérive n’est pas une classique réaction machiste destinée à détourner l’attention portée aux accusations, c’est appréhender une réalité annoncée. Cette dérive se décline dans quatre phénomènes : l’amalgame, le terrorisme langagier, le retour du puritanisme et la chasse aux sorcières, ou plutôt aux sorciers dans notre cas. Nous examinerons ici la face inquiétante d’un fait social dont la majorité préfère ne voir que la face émancipatrice et pleine de promesses : « Il était temps que la parole des femmes se libère », « Mettons fin au règne oppressant et immémorial du patriarcat », etc., assertions avec lesquelles une majorité d’hommes peuvent du reste être facilement d’accord, même s’il est opportun de se poser la question de la survivance du patriarcat dans une société capitaliste avancée…

Commençons avec les amalgames. Les militants[note] et autres bien-pensants sont les premiers à les dénoncer chez l’extrême droite à propos de l’immigration (« migrant = délinquant »). Mais, pas gênés par leurs contradictions, certains (beaucoup ?) parmi eux les véhiculent quand il s’agit de sexisme. Orwell – à nouveau lui – remarquait que l’incohérence devient la nature même de la pensée. Quand s’y ajoute de l’émotion, c’est encore pire. Entre le type qui mate ou siffle une femme dans la rue et celui qui la pénètre par ruse ou de force, il y a plus qu’une simple nuance : qui v(i)ole un œuf ne v(i)ole pas un bœuf ! L’employé qui raconte une blague salace à ses collègues (même exclusivement masculins) pendant la pause et le patron qui fait du chantage au licenciement pour obtenir les faveurs sexuelles d’une subordonnée et les obtient, ce n’est pas kif kif, n’en déplaise aux dévots de #MeToo qui disent qu’il n’y a là pas de différence de nature, mais de degré. Et alors ? Quand bien même serait-ce le cas, n’y a-t-il pas lieu d’introduire des nuances dans les degrés ? Nous pouvons compter sur Laurence Rossignol, ex-ministre du gouvernement Hollande et actuellement sénatrice, pour « débusquer le sexisme partout où il se cache »[note] et poursuivre son éradication complète et définitive sous toutes ses formes, comme elle s’y est publiquement engagée. Nuances, exit !

Les médias dominants se mettent en ordre de bataille, abandonnant encore un peu plus définitivement leur rôle de contre-pouvoir. Dans la chasse aux sorciers, France-Inter est en pôle position. Pas un jour sans que ce maccarthisme porcin ne suscite à son antenne des commentaires enthousiastes et revanchards quand de nouvelles têtes (de cochon) viennent de tomber[note], ou pleins de hargne et de sarcasmes quand cent femmes, courageuses et en partie maladroites[note], usent de leur liberté d’expression pour essayer de remettre un peu de sens commun dans cette foire aux empoignes[note]. Associée pernicieusement à l’idée d’émancipation de tous et toutes vis-à-vis de la domination masculine, la normalisation idéologique, linguistique et comportementale est en marche. Elle passe par deux canaux, dont le plus important est l’écriture inclusive[note], que « le lobby » essaie d’ancrer dans les habitudes, avant d’éventuellement recourir au droit si la première tactique échoue. Ensuite la lutte contre l’humour, qui, dit-on, nous distingue de l’animal. Notre époque est à la pathologie performative : dire, c’est déjà faire. Lâcher une plaisanterie sexiste[note], ce serait pour le moins « renforcer et véhiculer les stéréotypes » voire, n’ayons pas peur de l’outrance, encourager les violeurs potentiels de passer à l’acte. Tout un chacun sait que les stéréotypes sont multi-déterminés (par les médias, la famille, l’école, les amis, etc.) et ne représentent finalement que des éléments marginaux de la réalité. Ils sont inévitables, ne disparaîtront pas. Dès lors, quand ils apparaissent malgré tout, après que l’éducation et le climat social aient tout fait pour les maîtriser, reste à s’en moquer, au second degré[note]. C’est l’essence même de la caricature, ce droit à la caricature que, le 11 janvier 2015 après la tuerie de Charlie, des millions de citoyens défendaient dans les rues de Paris. Gageons qu’une majorité d’entre eux se reconnaissent aujourd’hui dans le mouvement #MeToo. Cherchez l’erreur ?

Co-fondatrice de ChEEk Magazine, la journaliste Julia Tissier ne voit pas la pornographie comme une des causes du sexisme, et donc l’absout, mais réclame la tolérance zéro pour les blagues « grasses » et « lourdes ». Où tracera-t-on la limite entre le gras et le maigre, le lourd et le léger ? Qui le fera, et avec quelle autorité ? Entre l’industrie du porno qui fait de l’argent et une blague racontée gratuitement qui s’inscrit dans le cycle du don, on voit bien où se nichent les valeurs de la dissociété néolibérale. Bonne nouvelle quand même, les néo-féministes médiatiques[note] commencent enfin à s’attaquer à la publicité sexiste. En général, les blagues salaces ne sont pas destinées aux enfants ; je vois par contre quotidiennement ceux-ci passer devant des affiches publicitaires, en rue, dans les gares, les centres commerciaux, etc. Entre les images de femmes en petite tenue et l’humour des hommes, il me semble qu’il n’y a pas photo : le second – qui se déploie généralement dans la sphère privée[note] – est moins dangereux que les premières – omniprésentes dans l’espace public – pour l’imaginaire collectif. Récemment, vingt-huit marques ont décidé d’elles-mêmes de mettre fin aux stéréotypes de genre dans leur communication marketing[note]. Faute de mieux, merci à elles …

D’où les activistes de #MeToo tirent-ils la légitimité de leur cause ? Primo, de principes éthiques. C’est le moins discutable. Secundo, des statistiques, censées refléter objectivement le réel. Ce sont elles qui autorisent les médias à parler à satiété de misogynie, et inversement à taire son pendant la misandrie, parce qu’elle y est moins représentée. La misandrie est pourtant palpable dans l’air du temps. L’aile traditionnelle du féminisme, celle qui lutte pour l’égalité femmes-hommes, la refuse, mais une autre, les néo-féministes, propage la haine des hommes (et des femmes[note]) et ravive la guerre des sexes[note]. Il est affligeant de voir des camarades militants, pourtant prompts à aller regarder la face cachée de la lune dans beaucoup d’autres circonstances, incapables de faire ici la différence, coincés dans l’angle mort de la pensée et dans des postures de prudence politiquement correcte. Ou alors se montreraient-ils excessivement pragmatiques : pour attraper des gros poissons, il faut bien se résoudre à sacrifier aussi des quantités de petits, postmoderne version de « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » ou du populaire adage « On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs ». On lit et entend dire que « plus rien en sera comme avant » et que ce qui se passe est une véritable révolution ; si c’est le cas, l’histoire nous apprend que les révolutions s’accompagnent immanquablement d’excès qui les discréditent. Espérons donc que nos « révolutionnaires » sauront modérer leurs combats et qu’elles éviteront de faire table rase du passé. Le puritanisme fait son grand retour, mais plus chez les dames patronnesses et les barbons des quartiers bourgeois, cette fois dans un large spectre sociopolitique qui va de la gauche radicale à la droite libérale, dans un unanimisme suspect. Pourtant, ce sont ces libéraux de droite et de gauche, décrits fort justement dans les ouvrages de Jean-Claude Michéa, qui, il y a deux, trois ou quatre décennies, faisaient grand cas et usage de leur liberté sexuelle si chèrement acquise ! Nouvel exemple de tartufferie. Ah, l’éthique, la belle et noble cause de ce début de siècle qui se rapproche de l’effondrement écologique ! Le jour où les hommes et les femmes n’oseront plus se toucher ni même s’adresser la parole, ubiquitairement surveillés par les TIC, ce sont ces mêmes TIC – sites de rencontre, applications pour smartphone (Tinder, Snapchat) – qui deviendront le seul moyen d’accès légitime à l’autre sexe, mais n’empêcheront pas la paranoïa, ni le harcèlement, ni même les viols ! Et il y a encore moyen de passer à la vitesse supérieure. Un jour se pointeront l’ectogenèse[note], le cyborg cher à Donna Haraway et les autres accomplissements des délires trans- et posthumanistes qui remplaceront la relation humaine sexuée, pour le plus grand délice des affairistes de la Silicon Valley. Ou comment se combinent les avertissements de Huxley et d’Orwell. L’opération #MeToo est une formidable occasion de renforcer le contrôle social. Si nous honnissons sincèrement ce système, alors ne tombons pas dans le panneau vicieux de la technologisation des rapports humains et dédiabolisons les relations hommes-femmes, ceux-ci étant « condamnés » à vivre ensemble, parfois pour le pire, et aussi, heureusement, pour le meilleur.

Sandy de Orges

L’OTAN, organisation de défense ou d’agression ?

Une très bonne nouvelle pour celles et ceux qui veulent mieux comprendre les relations internationales, les guerres soi-disant humanitaires et autres manipulations géopolitiques : le dernier livre du chercheur et militant pacifiste Daniele Ganser, « Les Guerres illégales de l’OTAN », vient d’être traduit et publié en français. Cet ouvrage montre comment des pays de l’OTAN sabotent l’ONU et ce que cette institution aurait pu apporter pour des rapports pacifiques entre les nations. Ce faisant, le livre donne un panorama à la fois riche et synthétique de toute une série de guerres occidentales depuis 1945, de leurs buts réels, ainsi que de leurs conséquences désastreuses pour les peuples.

Ganser expose avec rigueur, mais sans lourdeur, de quelle façon une partie des pays de l’OTAN ont systématiquement méprisé l’un des principes fondamentaux de la charte de l’ONU : l’interdiction de s’engager dans une guerre si elle n’est pas défensive ou autorisée par un mandat du conseil de sécurité. Comme cela ressort du livre, outre les ravages des guerres en question, ce mépris a de surcroît fondamentalement discrédité l’ONU. Non que Ganser s’illusionne sur cette institution et ses graves carences. Il pointe bien entendu le fait révoltant que seuls les cinq membres permanents du Conseil de sécurité disposent d’un droit de véto (cinq membres dont trois font d’ailleurs partie de l’OTAN, et dont quatre sont des pays du nord). Néanmoins, il estime que même si elle devrait être réformée, cette institution a son sens, car elle est la seule organisation dont font partie l’ensemble des pays et qui vise la paix entre les nations. Un aspect positif et très important de l’ONU, selon Ganser, est le fait qu’elle offre un espace où peuvent débattre, autour des conflits, des représentants de l’ensemble des pays du monde.

Quel que soit le point de vue qu’on a sur l’ONU, le livre est d’un très grand intérêt, pour une série de raisons :

Ganser est un spécialiste reconnu du sujet – historien réputé et professeur à l’université de Bâle, il a étudié les guerres occidentales dans le cadre d’un mémoire comme d’un doctorat ; la valeur de ces travaux a été reconnue dans le monde académique – et ils ont l’estime, notamment, d’une personnalité comme Noam Chomsky. Ainsi, Ganser peut difficilement être taxé d’extrême-gauchiste décalé, par exemple. Ce qui n’empêche pas l’ensemble des médias classiques francophones d’ignorer globalement, jusqu’ici, le nouveau livre de ce chercheur. Ce qui n’est pas étonnant, puisque « Les Guerres illégales de l’OTAN » traite entre autres de choses toujours pleinement d’actualité, où nos gouvernements sont impliqués – contrairement à d’autres publications de l’auteur qui, elles, avaient connu un vrai écho médiatique (en particulier, « Les Armées secrètes de l’OTAN« ).

Malgré la valeur reconnue des travaux de Ganser, l’ensemble des médias classiques francophones ignorent le nouveau livre de ce chercheur

Un autre intérêt important du livre : tout en étant très critique, Ganser met aussi en valeur de nombreux faits et acteurs sources d’espoir, ce qui aide notamment le lecteur à ne pas tomber dans des travers comme l’anti-américanisme, ou encore un rejet de l’ensemble de l’Occident : diplomates étasuniens ayant dit la vérité malgré les risques, membres de services secrets occidentaux ayant révélé des faits compromettant leur gouvernement, journalistes tentant de faire réellement leur travail, etc. Il insiste aussi sur le fait que toute une partie des habitants des pays impliqués dans les exactions traitées luttent contre ces exactions, une fois qu’ils ont pu en prendre connaissance ; et ce, y compris bien sûr aux USA (pays où l’auteur a voyagé et sympathisé avec de nombreuses personnes). Cette attitude positive se manifeste plus encore dans la communication orale de Ganser (beaucoup de ses interviews et conférences sont sur Internet) : il parle avec un calme, un humour et un humanisme qui allègent fortement les sujets traités, sans porter atteinte à leur gravité.

Autre point intéressant encore : Daniele Ganser mène des approches aussi apolitiques que possible. Or, beaucoup d’auteurs ou associations dénonçant les guerres comme celles dont il est question le font en accompagnant leurs exposés d’analyses très teintées politiquement, ce qui bien souvent contribue fortement à restreindre leur public (quelle que soit la valeur de leurs approches et analyses par ailleurs). C’est d’autant plus vrai qu’il s’agit ici de sujets qui, quand on les aborde de façon critique, éveillent déjà bien souvent le soupçon de « conspirationnisme », dès le départ ; ce qui semble pourtant assez inévitable, si l’on veut parler des faits les plus significatifs ; faits que Ganser traite sans hésiter, évitant ainsi les positions floues de ceux qui, justement, craignent d’être taxés de « théoriciens du complot ». Par exemple, il déclare sans ambages que les États-Unis sont un empire et que les autres pays de l’OTAN se comportent, globalement, comme les vassaux de cet empire, au niveau de leurs gouvernements. Déclarations qu’il étaye soigneusement.

En même temps, l’auteur ne tombe pas dans des visions unilatérales : s’il critique radicalement les agressions occidentales contre les pays concernés, il ne fait pas l’impasse sur les exactions des pouvoirs de ces pays, lorsque de telles exactions existent. Seulement, il montre que les guerres en question, loin d’arranger quoi que ce soit, empirent terriblement les situations concernées.

Ce livre est un vrai trésor, pour les amateurs d’histoire sensibles aux enjeux des mouvements pour la paix : après des présentations très concises de l’ONU et de l’OTAN, la chronique commence avec le putsch perpétré en Iran, en 1953, par les pouvoirs étasuniens et britanniques, contre un gouvernement démocratiquement élu et très progressiste ; le livre se termine avec l’analyse de la contribution très active de pouvoirs de l’ouest à la destruction de la Syrie, sous le prétexte totalement fallacieux de volonté de démocratiser. Entretemps, Ganser nous fait passer par la guerre contre le Vietnam, le soutien d’une guérilla terroriste au Nicaragua, par Washington, malgré deux condamnations du gouvernement des USA par la Cour Internationale de Justice, l’invasion de l’Irak, ou encore la précipitation de la Lybie dans le chaos, suite à « l’intervention » (l’agression) occidentale. En tout, treize guerres illégales menées par des pays de l’OTAN sont décrites de manière à la fois synthétique et suffisamment riche, dans un style très lisible et très souvent passionnant.

Ainsi, sur quelques centaines de pages seulement, ce livre fournit de très nombreuses données nécessaire à la compréhension des politiques guerrières de nos pays. Compréhension indispensable si l’on veut tenter de contribuer à mettre fin à ces politiques. Ce qui est toujours aussi nécessaire, voir plus que jamais. En effet, nous sommes à peine au lendemain de la destruction de la Syrie, qui a suivi de peu celle de l’Irak, de la Lybie, du Yémen, etc. Destructions où une partie de l’Occident a chaque fois joué (ou joue encore) un rôle tout à fait central. Or, à peine la dernière de ces destructions achevée, des troubles apparaissent et s’aggravent en Iran. Naturellement, comme bien souvent, la situation sociale de ce pays et les erreurs de son gouvernement ont assurément une place importante, au niveau des causes de ces troubles. Mais il est très difficile de concevoir que des puissances occidentales, en tout cas les USA, ne jouent pas également un rôle, ou qu’elles ne vont pas tenter à nouveau de tirer parti de la situation. Au minimum, il y a un très grand risque que cela se produise. En effet, l’Iran est depuis des années sur une liste de pays où des gens puissants, aux États-Unis, visent un « regime change ». C’est du moins ce qu’a affirmé Wesley Clark ; là non plus, il ne s’agit pas d’un extrême-gauchiste décalé, mais d’un général étasunien qui occupa le poste le plus élevé au sein de l’OTAN. Cette information a été relayée par le Guardian, qui est tout sauf un petit média marginal. On peut lire sur le site de ce journal : « Selon (…) le général Wesley Clark, juste quelques semaines après le 11/09 [2001], un mémo de l’US Secretary of Defense révélait le projet « d’attaquer et de détruire les gouvernements de 7 pays en 5 ans« , en commençant par l’Irak, puis en s’occupant de « la Syrie, du Liban, de la Somalie, du Soudan et de l’Iran »[note]. » Dans une interview qui a suivi, nous dit encore l’article, Clark explique que cette stratégie se fonde essentiellement sur la volonté de contrôler les grandes ressources en pétrole et en gaz des régions concernées. Or, après ce qui est arrivé dans les pays cités, il semble très manifeste que les faits confirment ces déclarations, tout au moins pour une partie du plan concerné. Et, tout aussi manifestement, ce n’est pas Donald Trump qui désapprouverait des projets de ce type, à l’égard de l’Iran.

Le dernier livre de Ganser peut réellement renforcer l’action et la crédibilité de ceux qui veulent contribuer à mettre un terme à ces cauchemars, ou qui veulent du moins le tenter.

Daniel Zink

*Daniele Ganser, Les Guerres illégales de l’OTAN

Éditions Demi-lune, novembre 2017, 448 pages.

Traduit de l’allemand par Laurent BÉNAC et Jonas LISMONT

 

 

L’appel: Bientôt il sera trop tard…

Kairos relaie l’appel que certains d’entre nous ont signé, diffusé également par Médiapart « Bientôt il sera trop tard… Que faire à court et long terme ? »

Nous avons entendu l’appel de plus de 15000 scientifiques de 184 pays paru le 13 novembre 2017 dans lequel ils tirent la sonnette d’alarme sur l’état désastreux de notre planète. Nous avons compris qu’il s’agit de la dernière mise en garde, car si nous ne prenons pas les mesures adaptées « bientôt il sera trop tard ».

Nous, écologistes, altermondialistes, objecteurs de croissance, décroissants, souhaitons tirer les conséquences pratiques de cet appel,  puisqu’il est bientôt « trop tard », c’est maintenant qu’il faut agir. Personne n’a aujourd’hui de réponses toutes faites mais nous savons que nous devons changer de paradigme dominant. L’issue n’est pas du côté de l’austérité et de la croissance mais plutôt d’une rupture avec le productivisme, l’extractivisme, la foi béate dans la techno-science, l’autoritarisme, le capitalisme.

Nous devons changer nos modes de production et d’existence, car ils sont à l’origine de la situation actuelle, et l’effondrement des ressources pourrait nous conduire à la barbarie. Mais nous ne partons pas de rien, nous savons que des alternatives existent déjà à l’échelle mondiale, qu’il faut faire converger ; nous savons aussi que le rêve des 99 % n’est pas d’imiter les 1 % contrairement à ce que voudraient faire croire les dominants.

Nous devons changer nos modes de production et d’existence mais nous savons que demain devra être mieux qu’aujourd’hui tout en divisant immédiatement par trois nos émissions de CO2 et en préservant les écosystèmes. Nous ne croyons plus aux lendemains qui chantent parce que nous voulons chanter au présent. La planète est suffisamment riche pour permettre à dix milliards d’humains de vivre bien si nous en préservons la biodiversité et savons vivre en harmonie avec les autres espèces.

Nos combats d’aujourd’hui doivent nous rapprocher de la société de demain.

Si le réchauffement climatique n’est pas endigué drastiquement, cela va provoquer des sécheresses massives et des famines mondiales. Pour que l’humanité ne disparaisse pas comme une entreprise en faillite, nous vous invitons à signer et à faire signer cet appel afin de prendre date en disant que la solution à moyen et long terme est du côté d’une société de la gratuité, émancipée de la contrainte du « toujours plus » de richesses économiques et de pouvoir sur les autres humains, les autres vivants et la planète.

Pour que l’humanité ne disparaisse pas comme une entreprise en faillite, nous vous invitons à signer et à faire signer cet appel afin d’exiger, dès maintenant, la fin des Grands Projets Inutiles imposés (de l’aéroport NDDL à Europacity en passant par le Grand Prix de France de F1), une réduction drastique du temps de travail (travailler moins pour travailler tous mieux), la généralisation des communs et de la gratuité (des transports en commun, des cantines scolaires, des services culturels et funéraires), une réduction drastique des inégalités de revenus et de patrimoine, un élargissement de la démocratie pour aller vers plus d’autonomie et de responsabilisation des peuples.

Tout doit être repensé dans le cadre de la critique de la croissance car la décroissance que nous soutenons ce n’est pas faire la même chose en moins, ce n’est pas l’éloge du sacrifice, c’est déjà construire une écologie des revenus avec un minimum et un maximum décents et revenir à des taux de prélèvement sur la nature supportables, c’est offrir un avenir dans un monde qui n’en offre plus.

Nous, écologistes, altermondialistes, décroissants, objecteurs de croissance amoureux du bien-vivre, appelons à une démarche commune pour construire un projet de transition vers une société d’a-croissance, juste et démocratique. Nous devrons pour cela dire notre volonté de nous rapprocher, afin de créer un mouvement d’idées riche de sa diversité, de mettre en réseau nos compétences et alternatives, de prendre des initiatives, d’initier des résistances, et de préparer des convergences avec tous ceux et toutes celles qui s’opposent à la barbarie qui vient.

Signez et faites signer cet appel !

Pour signer l’appel cliquez ici.

Retrouver le texte des initiateurs de l’appel ici et plus d’informations ici.

Premièr.e.s signataires (par ordre alphabétique) :

Yves-Marie Abraham, HEC Montréal (Québec)
Alain Adriaens, Député bruxellois honoraire, porte-parole du mouvement politique des Objecteurs de Croissance (B)
Christophe Aguiton, co-fondateur de SUD/solidaires
Gilles Alfonsi, Association des Communistes Unitaires
Gabriel Amard, militant pour l’eau, animateur La France Insoumise
Christian Araud, auteur
Paul Ariès, politologue, rédacteur en chef de la revue les Zindigné(e)s
Isabelle Attard, ancienne députée écologiste
Geneviève Azam, économiste, ATTAC
Sylvie Barbe, écoféministe, yurtao
Julien Bayou, conseiller régional d’Île-de-France et porte-parole du parti Europe Écologie Les Verts
Renda Belmallem, co-fondatrice du Réseau Universitaire Décroissant (RUD)
Jean-Claude Besson-Girard, écrivain
Martine Billard, France insoumise, ex-députée de Paris
Christophe Bonneuil, Historien, directeur de la collection Anthropocène aux Ed. du Seuil
Jacques Boutault, Maire du 2ème arrondissement de Paris (EELV)
François Briens, ingénieur et chercheur en socio-économie et prospective
Thierry Brugvin, sociologue
Thierry Brulavoine, porte-parole de la Maison commune de la décroissance, chroniqueur au journal La Décroissance
Vincent Bruyère, chargé de mobilisation citoyenne à AJENA
Florent Bussy, philosophe
Lionel Chambrot, Amis de la Décroissance Nancy
Fabrice Clavien, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Yves Cochet, ancien ministre, président de l’institut Momentum
Mathieu Colloghan, artiste
Maxime Combes, économiste
Philippe Corcuff, maître de conférences de science politique
Marie-Laure Coulmin Koutsaftis, animatrice CADTM, auteure
Thomas Coutrot, économiste et membre d’ATTAC
Adrien Couzinier, énergéticien, membre d’Adrastia
Geneviève Decrop, sociologue
Robin Delobel, animateur revue du CADTM
Federico Demaria, économiste écologique, Research & Degrowth
Alessandro Di Giuseppe, comédien (« PAP’40 »)
Alessia Di Dio, journal Moins!
Alix Dreux, co-fondateur de Jeudi Noir
Marc Dufumier, agronome
Jonathan Durand Folco, Université Saint-Paul (Quebec)
Renaud Duterme, CADTM et auteur de De quoi l’effondrement est-il le nom?
Timothée Duverger, chercheur
Jean-Baptiste Eyraud, militant associatif
Guillaume Faburel, professeur de géographie, université de Lyon
Yann Fievet, socioéconomiste
Gérard Filoche, syndicaliste
Fabrice Flipo, philosophe, Research & Degrowth
François Friche, journal Moins!
Jean Gadrey, économiste, militant ATTAC
Jean-Marc Gancille, co-fondateur de Darwin eco-système
Diane Gariépy, Réseau québécois pour la simplicité volontaire
Jean-Pierre Garnier, sociologue urbain
François Geze, éditeur
Frédérique Giacomoni, éditrice (éditions Le passager clandestin)
Willy Gianinazzi, biographe d’André Gorz
Michèle Gilkinet, ancienne députée belge, objectrice de croissance
Mathilde Girault, doctorante en études urbaines, membre des Lucioles (Lyon)
Françoise Gollain, sociologue, objectrice de croissance
Didier Harpagés, professeur de sciences économiques et sociales
Yohann Hubert, porte-parole de la Maison commune de la décroissance
Anne Isabelle Veillot, co-auteure d’Un Projet de Décroissance
Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de L’Ecologiste
François Jarrige, historien
Andréa Kotarac, conseiller régional (FI)
Annie Lahmer, Conseillère Régionale EELV
Philippe Lamberts, Député Européen, Coprésident du Groupe des Verts/Alliance libre européenne
Paul Lannoye, ancien président du Groupe Vert au parlement européen et président du Grappe asbl- Belgique
Serge Latouche, professeur émérite, directeur de la collection Les Précurseurs de la Décroissance (Editions Le Passager Clandestin)
Romain Lauféron, désobéissants
Christophe Laurens, cofondateur du Master Alternatives urbaines
Stéphane Lavignotte, militant écologiste, pasteur
Anne Le Strat, consultante, ex-présidente d’Eau de Paris
Philippe Léna, géographe, sociologue, directeur de recherche émérite
Michel Lepesant, Maison commune de la décroissance (MCD)
Vincent Liegey, co-auteur d’Un Projet de Décroissance et coordinateur des conférences internationales de la Décroissance
Elise Lowy, Fondatrice de Mouvement Ecolo
Lucas Luisoni, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Stéphane Madelaine, objecteur de croissance, Le Havre
Pietro Majno-Hurst, médecin-chirurgien, Genève et Lugano, Suisse
Noël Mamère, ancien député
Florent Marcellesi, député européen
Charlotte Marchandise, candidate à l’élection présidentielle pour laprimaire.org
Louis Marion, philosophe
Eric Martin, professeur de philosophie, Collège Edouard-Montpetit
Myriam Martin, membre d’Ensemble ! Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire
Gustave Massiah, économiste altermondialiste
Bertrand Méheust, écrivain, docteur en sociologie et spécialiste de parapsychologie
Myriam Michel, Utopia
Serge Mongeau, auteur
Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’écosocialisme, conseillère régionale (PG-FI)
Marc Mosio, Décroissance idf
Barbara Muraca, Oregon State University
David Murray, éditeur, Ecosociété
Baptiste Mylondo, enseignant-chercheur en économie, partisan du revenu universel sans condition
Laure Noualhat, journaliste réalisatrice
Nicolas Oblin, Directeur de rédaction de la revue Illusio
Christophe Ondet, co-auteur d’un Projet de Décroissance, animateur d’un atelier vélo
Claudine Ottiger, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Laurent Paillard, philosophe
Mathilde Panot, députée du Val de Marne (FI)
Jean-Luc Pasquinet, décroissance idf, technologos
Pascal Pavie, militant paysan
Antoine Peillon, grand reporter La Croix
Alexandre Penasse, rédacteur en chef du journal Kairos
Evelyne Perrin, sociologue, auteure
Dominique Plihon, économiste, porte-parole ATTAC
Christine Poilly, collectif anti gaz de schiste
Valentine Porche, co-fondatrice du Réseau Universitaire Décroissant (RUD)
Loïc Prud’homme, député de Gironde (FI)
Franck Pupunat, animateur Utopia
Gilles Quiniou, décroissance pays cathare
Yvon Quiniou, philosophe
Xavier Renou, désobéissants
Dany Robert Dufour, philosophe
Marie-Monique Robin, journaliste, réalisatrice du documentaire Sacré Croissance
Barbara Romagnan, ancienne députée PS
Daniel Rome, économiste, ATTAC
Pierre Rose, Objecteur de Croissance 62; collectif anti gaz de couche
Flora Sallembien, porte-parole de la MCD et membres de Décroissance IDF
Germain Sarhy, fondateur de la communauté Emmaüs de Lescar-Pau
Hélène Schmitt, décroissance Montpellier
François Schneider, Research & Degrowth, Can Decreix
Nicolas Sersiron, ancien président du CADTM-France, militant solidarité Nord/Sud
Pablo Servigne, chercheur in(terre)dépendant, auteur et conférencier
Michel Simonin, amis de la Décroissance Nancy
Agnès Sinaï, journaliste et maître de conférences à Science Po Paris
Michel Soudais, rédacteur en chef adjoint de Politis
Christian Sunt, Décroissance Pays Occitan
Jacques Testart, biologiste, militant sciences citoyennes
Eric Toussaint, porte-parole international du CADTM
Nina Treu, coordinatrice Konzeptwerk Neue Ökonomie (Allemagne)
Aurélie Trouvé, porte-parole d’ATTAC
François Verret, porte-parole de la MCD et membres de Décroissance IDF
Denis Vicherat, éditions Utopia
Maxime Vivas, écrivain, ex-référent littéraire d’ATTAC, administrateur du site legrandsoir.info
Patrick Viveret, philosophe
Jean-Pierre Worms, sociologue français, ancien député français et responsable associatif
Pierre Zarka, ancien député, ancien directeur de L’Humanité, animateur ACU (Ensemble !)
Olivier Zimmermann, Réseau Objection Croissance Genève (ROC-GE)
Josef Zisyadis, président Slow Food Suisse