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Tête de …

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Alors que nombreux se demandent pour qui voter aux élections de juin 2024 en Belgique, il n’est pas inutile de se remémorer ce qu’a fait, ou n’a pas fait, le gouvernement fédéral. À ce titre, le bilan de la Vivaldi et de ses têtes de liste, les mêmes issus des mêmes partis, pour 2024, doit être réalisé. Pendant la crise, tous ont refusé le débat, après la crise, aussi. A vous d’en tirer les conclusions.

Voici venu le temps des élections. Une grande année pour ceux qui s’intéressent aux suffrages, puisque cette année des élections ont lieu à toutes les échelles : communale, régionale, fédérale, européenne et même internationale (Russie, États-Unis, Inde, Iran, pour une liste exhaustive, les lecteurs peuvent consulter l’article « Infographie. Quels pays votent en 2024 et quand votent-ils ? » publié par Courrier International »1. Lors des dernières élections législatives belges en 2019, le grand gagnant était l’abstention avec 17% de la population qui n’a pas voté (ou a voté blanc ou nul)2. Les prédictions pour les élections de 2024 sont similaires3 (notons que les votes blancs ou nuls ne vont pas à la majorité4, contrairement à la rumeur très répandue qui circule). Alors, pour qui voter – telle est la question ? Ou plutôt, to vote or not to vote – that is the question. Comme aide à la décision, un bilan de la période de 2019 à 2024 peut être tiré. Certains me traiteront de rabatjoie qui chante toujours la même chanson (et à juste titre), mais la période de la gestion de la crise sanitaire/sociétale par le gouvernement « Vivaldi », ou plutôt « Vive Aldi ! », (composé d’Open VLD, MR, CD&V, Groen, Écolo, Vooruit, PS) doit être prise en compte, d’autant plus quand il s’agit des mêmes têtes de… liste qui ont l’audace de se représenter aux élections. Effectivement, on peut retrouver parmi ces derniers Sophie Wilmès (MR), Maxime Prévot et Yves Coppieters (les Engagés), Paul Magnette et Caroline Désir (PS), François De Smet (DéFi) et Georges Gilkinet (Écolo). Revenons sur les quelques positions qu’ils ont prises lors de la crise sanitaire. 

Au-delà de l’impact néfaste direct sur la santé des nombreuses mesures sanitaires inutiles, les répercussions des décisions de la lutte contre le SARS-CoV-2 prises pendant la période d’épidémie couvrent une variété de domaines (soins de santé physique et mentale, économique, juridique, social et sociétal…) et s’étendent à long terme. En d’autres termes, nous n’avons pas encore cessé d’en payer la facture. Alors, où en sommes-nous aujourd’hui au niveau des soins de santé ? Dans le rouge, apparemment (selon une étude menée par Belfius5 et relayée notamment par la RTBF6). La situation était cependant déjà tendue avant 2020, notamment lorsque Sophie Wilmès était ministre du Budget7. La façon dont le personnel de soins santé a été traité lors de la crise a été tout simplement scandaleuse : surcharge de travail et applaudissements au début, puis suspension et diffamation de ceux qui ont refusé le vaccin contre le covid. À aucun moment de la crise il n’a été question de débattre pour augmenter les budgets du secteur des soins de santé… Celui-ci était fragile avant, pendant et après la crise. Aujourd’hui, les hôpitaux belges risquent la faillite8. 

Pendant la pandémie, quels partis se sont opposés aux confinements ? Quels politiciens ont débattu sur l’efficacité de cette mesure en tenant compte des répercussions psychologiques, économiques et sociales qu’elle engendrerait ? Qui, parmi eux, ont osé dénoncer l’absurdité de l’application des distanciations sociales (comme par exemple l’interdiction de s’asseoir sur les bancs à l’extérieur) ? Et où étaient les élus qui se sont posé la question de l’efficacité du masque ? Au sein du PS, Paul Magnette a figuré parmi les premiers et les plus stricts dans l’imposition du port du masque généralisé : il explique dans une vidéo sur les réseaux sociaux9 pourquoi le masque est efficace contre la transmission et constitue le seul moyen d’éviter une deuxième vague. Il explique aussi à propos du Covid Safe Ticket (CST) qu’« il aurait été plus simple d’avoir comme en France et en Italie une décision uniforme que personne ne discute »10. Il s’est également montré favorable à la vaccination obligatoire en cas de situation « plus tenable »11 (notons toutefois que ce n’est pas uniquement au sein du PS que l’on a trouvé des élus favorables à la vaccination obligatoire : le CDH — dont Maxime Prévot —, Vooruit et le CD&V y ont également été favorables12). Toujours au PS, Caroline Désir, ministre de l’Éducation, qui n’était pourtant pas initialement pour l’imposition du port du masque dans les écoles, a fini par se plier aux exigences de Frank Vandenbroucke concernant l’obligation du port masque dès l’âge de 6 ans. En effet, elle a décidé d’exécuter «loyalement» les mesures de Vandenbroucke 13. Elle n’a pas non plus oublié de « convaincre les élèves bruxellois de se faire vacciner, un “devoir” de rentrée »14. Toujours chez les rouges, le PTB a eu le bon sens d’être contre la vaccination obligatoire… mais par contre pas en défaveur de la vaccination généralisée : le PTB a critiqué le manque de rapidité et d’efficacité du gouvernement à mettre en place des mesures sanitaires comme le port du masque, les tests PCR et les campagnes de vaccination15. Si le PTB a exprimé sa position défavorable envers l’application du CST, ce n’est pas le cas de DéFi, dont François De Smet, qui se présente aux élections et qui a déclaré « que la Belgique aurait dû s’inspirer d’Emmanuel Macron »16. 

En ce qui concerne les écolos, ils ont été absents du débat : lorsqu’il s’est agi de manifester contre les mesures, il n’y a pas eu un chat et quand il a fallu prendre position publiquement sur différentes mesures sanitaires, c’est au chat qu’ils donnèrent leur langue (tant et si bien que certains ont quitté le parti faute de prendre position sur le pass sanitaire17). Un seul député écolo a donné temporairement espoir au village wallon dans lequel j’habite en acceptant une invitation à une rencontre citoyenne pour écouter les villageois exprimer leur profond désarroi à propos du CST et des masques chez les enfants. Deux semaines plus tard, lors d’une manifestation contre l’adoption de la loi pandémie devant le parlement wallon, ce même député se trouvait parmi les manifestants… à essayer de les convaincre que la loi pandémie était une bonne chose que les manifestants ne comprenaient tout simplement pas… Il suivait sans doute la feuille de route du vice-Premier ministre Georges Gilkinet qui avait voté en faveur de cette loi18. Notons que pour une fois Elio Di Rupo ne se présente pas aux élections…Dommage, son commentaire sur les non-vaccinés mérite de rester dans les annales : « Mourir libre, c’est mourir – quand même –»19. 

Aucun de ces partis n’a lancé de débats au début, pendant ou après la crise. Aucun n’a lancé d’investigation (publique) sur le bilan des décisions prises sur les mesures sanitaires. Aucun mea culpa. Aucune remise en question. Aucune tentative de réconciliation après tant de fautes (volontaires ou involontaires), de mépris et d’insultes. Alors que la crise a constitué le seul et unique sujet de discussion jour après jour pendant quelques années, il a disparu du jour au lendemain sans même une déclaration d’une fin de pandémie. Il pourrait m’être reproché de juger trop sévèrement un gouvernement qui a dû faire face à une crise sans précédent. À cela, je répondrais en citant Martin Luther King : « La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis ». Au prochain qui m’interpellera avec cette phrase : « Si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de te plaindre », je répondrai : « Et toi ? Considères-tu que tu as le droit de te plaindre uniquement de ton candidat, ou également de ceux pour qui tu n’as pas voté ? Les deux ? Moi je me plains uniquement de ceux pour qui je n’ai pas voté ». Le biologiste le plus réputé de notre temps, Richard Dawkins, déclara à propos de son athéisme : « Nous sommes tous athées à l’égard de la plupart des dieux auxquels l’humanité a cru. Certains d’entre nous vont simplement UN dieu plus loin ». Cette phrase est également extrapolable au rapport qu’a l’anarchiste vis-à-vis des partis politiques. Bon vote ! 

Kaarle Parikka 

« Nos enfants n’ont pas connu d’autre monde que la guerre »

Par Guy Mettan, journaliste indépendant et député au parlement de Genève. Il a notamment dirigé La Tribune de Genève et le Club suisse de la Presse. Auteur de divers livres publiés notamment en France, aux États-Unis et en Russie (Russie-Occident, une guerre de mille ans, Thebookedition 2023, et Le continent perdu, Syrtes 2019). 

Début avril, j’ai effectué un reportage à Marioupol, Donetsk et Lougansk grâce à un ami tadjik qui construit des aires de jeux pour enfants dans le Donbass, en coopération avec le ministère russe de la Défense. Pendant une courte semaine, j’ai pu sillonner, la boule au ventre à cause de l’émotion, les deux républiques. Y rencontrer les gens, discuter avec des réfugiés, constater l’ampleur des destructions et la vigueur de la reconstruction, dormir au son du canon russe et des roquettes HIMARS ukrainiennes. A cette occasion, j’ai pu rencontrer le chef de la République de Donetsk Denis Pouchiline.

En poste depuis 2018, Denis Pouchiline a succédé au charismatique Alexandre Zakartchenko, tué dans un attentat. Changeant constamment de place pour des raisons de sécurité, il nous avait donné rendez-vous dans un petit village de campagne dans la direction de Berdiansk, à deux cents kilomètres de Donetsk.

GM : Commençons par la sécurité. Quelles sont les conditions de sécurité actuelles dans la République ? Comment les gens supportent-ils l’état de siège qui dure depuis 2014 ? Comment a évolué la situation ces derniers mois et quels sont les principaux enjeux pour l’avenir ?

DP : Le niveau de la sécurité dans la République est relatif. D’une part, si nous parlons de Donetsk, après la libération d’Avdeevka, la situation y semble plus facile dans la mesure où l’ennemi ne peut plus atteindre la ville avec son artillerie. Son utilisation ne nécessitait pas d’approbation par la hiérarchie et les obus étaient bon marché, ce qui facilitait son usage.

Toutefois, l’ennemi a la possibilité de nous atteindre par des armes à longue portée fournies par les pays occidentaux. Elles sont plus chères mais plus dangereuses dans la mesure où elles frappent différents types de cibles avec une grande précision. Compte tenu du fait que l’ennemi n’a désormais plus aucune restriction pour lui-même en termes de moralité ou d’utilité militaire, nous constatons qu’il utilise souvent ces armes coûteuses juste pour tirer sur des places et des établissements publics de la ville, c’est-à-dire sur des objets civils, des infrastructures sociales ou des infrastructures critiques, ce qui affecte bien sûr la population. En ce moment se trouvent principalement sous le feu quatre arrondissements de Donetsk (Kievsky, Kuibyshevsky, Petrovsky, Kirovsky), ainsi que les villes de Gorlovka et Yasinovataya, et un certain nombre de petites localités situées à proximité de la ligne de combat.

Par conséquent, nos militaires n’ont d’autre choix que d’éloigner systématiquement l’ennemi de nos villes et de nos habitations. Il n’y pas d’autre moyen de mettre fin aux crimes de guerre du régime ukrainien.

GM : La population civile souffre des bombardements depuis dix ans déjà. Quel est l’état d’esprit des gens ? Comment vivent-ils tout cela, comment résistent-ils ?

DP : Vous savez, dès qu’il y a un peu moins de bombardements, les gens tentent de rentrer chez eux. On constate maintenant que le nombre d’habitants croît. La population augmente même de manière assez systématique. Il y a désormais de plus en plus d’embouteillages à Donetsk et à Makeevka. C’est un indicateur que les gens reviennent à une vie plus paisible. Ils veulent que leurs enfants étudient à l’école et non plus à distance comme c’était malheureusement le cas chez nous.

Les gens veulent travailler. Nous devons donc accorder de plus en plus d’attention au développement économique, à la restauration de nos entreprises, à l’attraction des investisseurs. C’est ce que nous essayons de faire actuellement. Mais encore une fois, tout dépend des questions de sécurité.

Ce qu’il y a dans la tête des gens ? Il faudrait le leur demander. Mais les derniers événements sont éclairants à cet égard. Je pense notamment aux élections du Président de la Fédération de Russie. C’est la première élection du Président de notre pays à laquelle nous avons participé en tant que citoyens de la Fédération de Russie. Tout cela ne pouvait que nous réjouir et nous impressionner. Cela explique le taux de participation très élevé. Nous avons voté pour notre avenir, pour l’avenir de notre pays et l’avenir de notre région au sein de ce pays. En dépit de toutes les difficultés sur notre long chemin de retour à la maison, en Russie, nous restons optimistes.

GM : Venons-en à l’économie et à la reconstruction précisément. Quelle était la situation au début de votre mandat en 2018 ? Et quelles sont les améliorations que vous avez pu réaliser depuis que vous êtes à la tête de la République ? Comment fonctionne la reconstruction ? Qui paie, qui participe, qui aide ? J’ai cru comprendre que vous bénéficiez de l’aide du ministère de la Défense et des villes de Russie.

DP : A partir du moment où nous sommes devenus partie intégrante de la Fédération de Russie et un sujet de la Fédération à part entière, nous avons ressenti l’aide de la Russie tout entière, au sens plein du terme. Parce que, outre le fait qu’il y a des militaires venant de tous les coins de Russie, des gars qui défendent les intérêts du Donbass et de l’ensemble du pays les armes à la main, nous voyons arriver chez nous des spécialistes du bâtiment, du secteur énergétique, des services publics qui s’impliquent directement dans la restauration de la vie civile normale, dans la reconstruction des bâtiments et des infrastructures civiles sur l’ensemble de notre territoire.

Actuellement, nous avons vingt-sept « parrains », c’est à dire des régions de Russie qui chapeautent la reconstruction des régions de notre République. Des écoles, des hôpitaux, des jardins d’enfants, des bibliothèques, des musées ont déjà été reconstruits. Ces parrainages nous aident à nous préparer à la saison de chauffage en hiver, à réparer les infrastructures, les conduites d’eau, les réseaux de l’approvisionnement en électricité. Il s’agit également de reconstruire les routes. Aujourd’hui, presque toutes nos villes et régions sont en train de se transformer. Là où la situation est sûre, là où on est le plus éloigné de la ligne de front, les travaux se suivent à un rythme très intense.

En ce qui concerne l’approvisionnement en eau, la question reste difficile car l’Ukraine nous a imposé un blocus de l’eau. Alors que nous utilisions nos réserves, nous avons pu voir que la Russie a fait de gros efforts pour construire une conduite d’eau depuis le fleuve Don en un temps record. Et cette canalisation, bien qu’elle fonctionne encore de manière limitée, nous a permis d’assurer un niveau minimal d’approvisionnement en eau, sans nuire à la survie de notre population et de nos entreprises.

Nous constatons que nos villes se transforment. De plus, il y a des villes qui se développent également dans les zones qui n’avaient pas nécessairement souffert de la guerre, mais de l’inaction du pouvoir ukrainien observée depuis l’effondrement de l’Union Soviétique.

GM : A Marioupol, j’ai en effet pu observer une reconstruction rapide et très impressionnante. Mais comment allez-vous restaurer l’économie après que les usines ont été détruites par les bombes ukrainiennes ? J’ai entendu parler d’un projet d’un Technoparc sur le site de l’usine Azovstal à Marioupol. Allez-vous reconstruire cette usine ou est-elle définitivement morte ?

DP : Azovstal et le parc technologique sont des projets d’avenir. Azovstal est une très grande entreprise, de plus de onze kilomètres carrés. Il y a beaucoup de déminage à faire là-bas, car des opérations militaires très intenses se sont déroulées sur le site de l’usine. Il y a donc beaucoup de travail à faire et d’étapes préparatoires à franchir. Il s’agit donc d’une perspective encore lointaine.

Quant à la relance des entreprises dans l’ensemble de la République, elle se poursuit systématiquement. Nous avons développé des mécanismes pour attirer les investisseurs et pour leur remettre des entreprises en location avec un droit de rachat ultérieur en cas de gestion réussie. Notre objectif est de faire en sorte que toutes les entreprises qui contribuaient et contribuent toujours au potentiel industriel du Donbass se remettent à fonctionner.

C’est important pour les gens, car la densité de population de notre région était l’une des plus importantes de l’ex-Ukraine. Compte tenu de cette densité démographique, nous devons non seulement nous engager dans la restauration des logements, mais aussi dans la rénovation des entreprises, car il s’agit d’emplois et de la possibilité pour les gens de trouver du travail pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Le développement de l’économie dans son ensemble est essentiel et nous y travaillons dans le cadre de notre budget.

GM : Une question plus personnelle. Comment vivez-vous ces difficultés avec votre famille vu votre poste très exposé ?

DP : Je fais partie intégrante du Donbass. Nous vivons donc tous ici de la même manière, avec à peu près les mêmes risques. Nous aimons notre région, nous aimons le Donbass, nous aimons nos villes et, bien sûr, nous faisons tout pour qu’après la victoire, nous puissions rapidement relancer le Donbass et en faire à nouveau le cœur de la Russie. Toutes les autres menaces, risques, obstacles sont insignifiants par rapport à nos objectifs plutôt ambitieux. C’est pourquoi nous avons travaillé, nous travaillons et nous continuerons à travailler dans ce sens.

GM : Certes, mais vous menez une vie très dangereuse. Vous êtes une cible. Votre prédécesseur Alexandre Zakarchenko a été assassiné. Comment résistez-vous quotidiennement à de telles tensions ? Faites-vous du sport ? Regardez-vous des films ? La pression sur vous est permanente, mais vous avez l’air d’être en pleine forme…

DP : Le sport, bien sûr, fait partie intégrante de la vie de tout dirigeant qui fait réellement preuve de leadership. En ce qui concerne un assassinat, il peut y avoir de nombreuses tentatives. L’ennemi, bien entendu, se fixe pour objectif de détruire les opposants politiques. Du point de vue de ma sécurité, la situation ne change pas beaucoup. Mais ce travail n’est pas vraiment le mien, c’est le travail de mes agents de sécurité. Je fais mon travail, eux font le leur. Notre vie est comme ça.

GM : Vous dormez donc bien ?

DP : Je dors bien et je profite de chaque occasion pour dormir, quand je suis en route notamment. Tout va bien de ce côté.

GM : Quand vous étiez jeune, vous ne pouviez pas imaginer que la guerre puisse arriver. Vous avez grandi en temps de paix. Par la suite, vous avez vécu la guerre. Êtes-vous prêt à revenir à une vie paisible ?

DP : Oui, bien sûr. Nous attendons, tous les habitants du Donbass attendent que la paix revienne. Nous avons besoin de la paix, mais pas d’une paix à n’importe quelles conditions. Nous avons besoin d’une paix victorieuse. Nous vivons dans ces conditions difficiles depuis dix ans. Notre République fête cette année son 10e anniversaire. Toute une génération a déjà grandi. Nous avons des enfants qui auront dix ans cette année, comme notre République. Ce sont des enfants qui n’ont pas vu d’autre monde que celui de la guerre, de la destruction, du danger pour leurs vies. Notre tâche est de leur faire voir ce qui les entoure avec des yeux différents le plus rapidement possible. Sommes-nous prêts à retrouver une vie paisible ? Nous y sommes plus que prêts. Mais cela, hélas, ne dépend pas seulement de nous.

GM : Vous êtes donc prêt à la paix si elle arrive ?

DP : Certainement.

GM : Je voulais évoquer avec vous le crash de l’avion MH17 en juillet 2014 et qu’un tribunal hollandais a jugé en 2022. Récemment, un autre avion, un IL-76 avec des prisonniers de guerre ukrainiens à bord a été abattu par les Ukrainiens. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

DP : Eh bien, c’est un autre crime monstrueux. Ce qui est caractéristique, c’est qu’ils ne se soucient même pas de qui il s’agit, ni de quel pays provenaient ces victimes… alors qu’il s’agissait de leurs propres compatriotes ! C’est de cela dont il faudrait parler. Ce dernier événement a eu un impact très important sur l’état d’esprit des prisonniers de guerre. Après avoir constaté une telle attitude de la part de l’Ukraine envers leurs camarades, ils se posent tous la question de ce qui les attend s’ils rentrent dans leur pays.

A mon avis, il est évident que le régime ukrainien a dépassé toutes les lignes rouges. Je vous en ai déjà parlé. Il n’y a plus de morale, plus de conscience, ni même de notion de nécessité militaire au vu des crimes que ce régime commet actuellement. Je pense que le moment viendra où les responsables devront répondre des actes qu’ils continuent de commettre aujourd’hui dans le reste de l’Ukraine et, bien sûr, sur la ligne de front.

GM : J’ai appris ce matin qu’il y avait à l’aéroport de Marioupol un centre de torture du bataillon Azov, appelé « Bibliothèque ». Des faits horribles s’y sont déroulés à l’époque où ce bataillon tenait la ville. C’est la première fois que j’entends cette histoire. Serez-vous prêt à pardonner aux Ukrainiens qui ont commis de telles atrocités ?

DP : En fait, il y a beaucoup de crimes qui n’ont pas encore fait l’objet d’enquêtes approfondies, notamment dans le contexte des centres de torture et des prisons cachées, comme il en existait à Marioupol. Celle dite « la bibliothèque de Marioupol » en est un exemple. Mais il y en a beaucoup d’autres ailleurs, sur le territoire de Kramatorsk et de Kharkov. Cela a été rendu public même par les défenseurs internationaux des droits de l’Homme. C’est l’État qui devrait être puni pour ce type de crime, en plus des individus qui ont commis ces forfaits de leurs propres mains. Il y a un temps pour tout. Les crimes de guerre sont imprescriptibles. Par conséquent, si quelqu’un pense que nous les avons oubliés et que nous ne les avons pas enregistrés, il se trompe.

Pourquoi l’Ukraine veut-elle nous détruire ?

Par Guy Mettan, journaliste indépendant et député au parlement de Genève. Il a notamment dirigé La Tribune de Genève et le Club suisse de la Presse. Auteur de divers livres publiés notamment en France, aux États-Unis et en Russie (Russie-Occident, une guerre de mille ans, Thebookedition 2023, et Le continent perdu, Syrtes 2019).»  

Comment ont-ils pu nous faire ça ? Pourquoi Kiev veut-elle nous détruire ? Telles sont les questions que se posent les habitants du Donbass depuis dix ans. Vues de Suisse ou de France, elles peuvent paraître incongrues tant nous sommes habitués à penser que seuls les Ukrainiens souffriraient de la guerre. Nous ne voulons pas savoir que la bataille dure depuis dix ans et a d’abord affecté la population civile du Donbass.

Pendant une semaine, j’ai pu sillonner les deux provinces dans tous les sens, visiter les villes détruites et en voie de reconstruction, rencontrer des réfugiés, discuter avec les gens. Je ne doute pas que ce récit offusquera nombre de gens accoutumés à voir le monde en noir et blanc. A ceux-là je répondrai ce que John Steinbeck et Robert Capa ont lancé à leurs détracteurs lorsqu’ils ont visité la Russie de Staline en 1947, au début de la guerre froide : je me contente de témoigner, de rapporter ce que j’ai vu et entendu de l’autre côté du front. A chacun, ensuite, de se faire son opinion.

Tout a commencé de façon très russe, par un enchaînement improbable de circonstances. Il y a neuf ans à Dushambe, j’avais rencontré un entrepreneur tadjik de Moscou qui mariait sa fille. Il ne parlait pas un mot d’anglais et, sans faire de cas de mon russe misérable, il avait invité toute notre délégation à la noce. J’avais fait un petit discours de circonstance en l’honneur de la mariée et de ses parents. Depuis lors, Umar Ikromovitch est devenu un ami pour la vie, que ni la distance ni la fracture linguistique ne sauraient séparer. Une ou deux fois par an, aux fêtes importantes, il m’envoie des messages Telegram. En février, surprise, il me propose de me joindre à lui pour visiter ses réalisations dans le Donbass, dans lequel il n’était encore jamais allé. Umar emploie en effet quelques centaines d’ouvriers dans la région de Moscou et quelques dizaines dans la reconstruction du Donbass.

Le 3 avril à trois heures du matin, il m’attendait donc avec Nikita, un de ses amis du ministère de la Défense, à la sortie de l’aéroport de Vnukovo, à Moscou, pour m’embarquer dans le Donbass. Nikita avait préparé le programme et fourni les autorisations nécessaires ainsi qu’un chauffeur aguerri, Volodia. Pendant dix heures d’affilée, avec une courte pause-café dans une station-service qui venait d’ouvrir, nous avons descendu à tombeau ouvert les 1060 kilomètres de l’autoroute Prigogine qui relie Moscou à Rostov-sur-le-Don, celle-là même que le chef défunt de Wagner avait voulu remonter avec ses chars en juillet dernier.

Rien n’est plus simple qu’une autoroute russe. C’est toujours tout droit, il n’y a pas un virage jusqu’à Rostov. Et comme celle-ci est impeccable, à part cinquante kilomètres de travaux peu avant Rostov, le trajet fut rapide et indolore, nous permettant de passer en quelques heures des dernières neiges moscovites aux douceurs du printemps de la mer d’Azov. En chemin, des norias de camions, quelques convois militaires, mais assez peu en fin de compte.

A Rostov, port animé et capitale embouteillée du sud russe, nous avons à peine pu poser nos bagages et faire trois pas que nous voilà partis pour notre première visite : une énorme station de pompage-turbinage des eaux du Don située à l’embouchure du fleuve, à une vingtaine de kilomètres de la ville. Des ouvriers s’activent encore à terminer les aménagements extérieurs. Deux gigantesques tuyaux, des dizaines de citernes de 20 000 m3 et huit stations de pompage de onze turbines chacune acheminent désormais l’eau douce de Rostov à Donetsk, située à deux cents kilomètres de là et privée d’eau potable à cause de l’embargo ukrainien. Tout est automatisé. Les 3700 ouvriers ont commencé et terminé l’immense chantier ainsi que la construction de la ligne à haute tension destinée à alimenter les turbines en six mois, entre novembre 2022, aussitôt après la réintégration des républiques dans la mère-patrie, et avril dernier.

Première conclusion : après des investissements aussi rapides et colossaux, la volonté russe me semble inébranlable et il me paraît exclu que la Russie accepte à nouveau, un jour, de se séparer du Donbass. Ce territoire est désormais russe, point final.

A la nuit tombante, nous voici enfin assis à la table d’une brasserie manifestement très prisée de Rostov, face au Don paisible. La nuit sera calme et le sommeil de plomb. La suivante, avec quarante missiles ukrainiens tirés sur la base aérienne voisine de Morozovsk, sera plus animée.

Le lendemain matin, départ pour Marioupol, à 180 kilomètres et trois heures de route. Après Taganrog, la route longe la mer d’Azov et est encombrée par les convois de camions qui vont et viennent du Donbass. Elle est en plein travaux d’élargissement. Les véhicules militaires arborent un V ou un Z bien visibles. Checkpoints et contrôles divers se succèdent avant et après la frontière de la République de Donetsk. Sur les bas-côtés, de longues colonnes attendent la fouille. Grâce à nos laissez-passer, nous voici bientôt en territoire ex-ukrainien. Evgueni, un Russe de Vladivostok engagé volontaire auprès de la République de Donetsk, prend le relais. Il nous servira de guide et d’interprète tout au long de notre séjour.

Peu avant midi, nous atteignons les faubourgs de Marioupol et entrons sur le territoire d’Azovstal, totalement dévasté.

L’usine n’est plus que cheminées rouillées, entrelacs de tuyaux éventrés et de ferrailles tordues. Une vision d’apocalypse qui évoque immédiatement Stalingrad, l’usine de tracteurs, Vassili Grossmann et le « Voyage en Russie » de Steinbeck et Capa. Aucune des maisons et des immeubles d’habitation alentour n’a survécu.

Le centre-ville a en revanche beaucoup mieux résisté, avec un taux de destruction qu’on peut estimer à cinquante pourcents à première vue. Il est en pleine rénovation. Sur la place centrale, la reconstruction du fameux théâtre – bombardé ou dynamité on ne sait trop – doit être achevée à la fin de l’année. Umar est content : les enfants et les jeunes mères se sont déjà emparés du parc et du terrain de jeux que son entreprise vient d’achever. Les lignes de bus, offerts par la ville de Saint-Pétersbourg, ont été rétablies. Les terrasses de café ont rouvert.

Puis nous repartons pour l’ouest de la ville, qui offre un paysage très différent.

Tout y est neuf. Les quartiers anciens ont déjà été rénovés et de nouveaux quartiers, des bouquets d’immeubles, une école, une crèche, un hôpital, y ont jailli de terre en moins d’une année. Une dame qui promène son chien nous explique qu’elle vient d’emménager dans son appartement tout neuf il y a quinze jours, après avoir vécu pendant des mois dans un taudis sans eau courante.

Supervisés par la société publique Military Construction Company du ministère de la Défense avec l’aide des villes et des provinces russes, les chantiers s’activent jour et nuit. Dix mille habitants ont déjà été relogés et la ville a retrouvé les deux tiers de sa population d’avant-guerre, soit 300 000 habitants. Durant l’après-midi, nous visiterons un second hôpital de 60 lits, entièrement neuf et démontable, très bien équipé et dirigé par des médecins volontaires provenant des différentes régions de Russie.

Constructions 1

Les constructions les plus spectaculaires concernent toutefois les écoles. En bordure de mer, une nouvelle académie de la marine accueillera sa première volée de cadets à la rentrée de septembre. Salles de cours, internat, salles de sports, salles d’entrainement, quatre immeubles de verre et d’acier rutilants sont sortis de terre en dix mois. Prévus pour 560 élèves en uniforme de 11 à 17 ans, ils accueilleront principalement des orphelins des deux guerres du Donbass, celle de 2104-2022 et celle de 2022-2024, me dit-on. Six jours d’enseignement par semaine à raison de huit à dix heures par jour, on n’aura guère le temps de s’y ennuyer. A la fin du cursus, les élèves pourront soit parfaire leur formation dans la marine soit entrer dans une université civile.

Constructions 2

La seconde école est plus classique mais encore plus spectaculaire. C’est un collège expérimental comme on n’en encore jamais vu en Russie (ni en Suisse à ma connaissance). Le design, remarquable, est très étudié. Les salles de classe sont équipées avec les dernières technologies, ordinateurs, robots, cyber et nanotechnologies, intelligence artificielle. Plus classiques, les salles de dessins, de couture, de cuisine, de peinture, de langues, de ballet, de théâtre, de chimie, physique, de biologie, d’anatomie et mathématiques. Il existe même une salle équipée de cabines pour apprendre à conduire et à piloter.

Commencée fin 2022, terminée en septembre 2023, elle a accueilli sa première volée de 500 élèves l’an dernier et en attend 500 de plus à la rentrée de septembre. La pédagogie est à l’avenant, sans minauderies pédagogistes : les cours durent douze heures par jour. Ils commencent à 8h et se terminent à 20h à raison de six heures de matières « dures » le matin, et de six heures de matières plus récréatives ou complémentaires l’après-midi. La cantine assure trois repas par jour.

Ecole

Seule difficulté, assure la directrice, celle de trouver des enseignants qui veuillent bien accepter de s’installer à Marioupol. Mais elle n’a pas l’air d’être du genre à s’effrayer devant la tâche.

En fin d’après-midi, nous nous engageons sur l’autoroute toute neuve qui relie Marioupol à Donetsk, à 120 kilomètres, en faisant un petit arrêt dans la petite ville de Volnovakha, dont le palais de la culture a subi une frappe de HIMARS en novembre dernier. Le toit s’est écroulé et des échafaudages encombrent ce qui reste de la scène et de la salle. Par chance, la salve n’a fait ni mort ni blessé, le spectacle programmé ce jour-là ayant été déplacé à la dernière minute. Pour les habitants, pas de doute, les Ukrainiens cherchaient à tuer le plus de civils possible. Mon guide m’explique qu’ils tirent toujours les HIMARS par groupe de trois : une première roquette pour percer le toit et les structures, une deuxième pour liquider les occupants et, vingt à vingt-cinq minutes plus tard, une troisième frappe pour tuer le maximum de pompiers, secouristes, parents, policiers, amis, voisins venus secourir les victimes. Ce récit me sera répété plusieurs fois.

Donetsk est une grande ville d’un million d’habitants, très étendue, très animée, avec une circulation dense. On n’y voit que peu d’immeubles ou de façades détruites. En revanche, la ville vit au son du canon. Je n’y avais pas prêté attention à mon arrivée, à cause de la fatigue et des émotions de la journée. Mais en me réveillant à trois heures du matin, j’ai soudain été frappé par le son du canon. Toutes les deux à trois minutes, un coup part, faisant trembler les vitres et illuminant le ciel d’une lueur orangée : ce sont les artilleurs russes qui tirent sur les positions ukrainiennes, à quelques kilomètres du centre-ville. Les Ukrainiens ripostent avec des missiles, des drones ou des roquettes HIMARS, ce qui enclenche les tirs de contre-batterie russes, à raison d’un ou deux par heure me semble-t-il.

Le lendemain matin, on m’apprendra à distinguer les uns des autres. Les HIMARS sont silencieux jusqu’à l’explosion finale, les missiles SCALP français et Storm Shadow britanniques font un bourdonnement d’avion, de même que les missiles anti-missiles russes, tandis que les obus ordinaires tombent en sifflant. De toute façon, je n’ai aucun souci à me faire, m’assurent mes nouveaux amis. Ils m’ont logé dans le seul hôtel de la ville encore en mains américaines et jamais les Ukrainiens n’oseraient tirer sur une cible américaine. Il n’en reste pas moins que les tirs ukrainiens continuent à faire des blessés et un mort par semaine en moyenne. Tous des civils, car il n’y a absolument aucun soldat, véhicule ou installation militaire en ville. En quatre jours, je n’y ai pas croisé un seul uniforme.

Nous commençons la journée par une visite à l’Allée des Anges, qui se trouve au milieu d’un beau parc urbain. C’est le nom qu’on a donné au monument funéraire érigé en mémoire des enfants tués par les bombardements ukrainiens depuis 2014. 160 noms ont déjà été inscrits sur le marbre. Mais la liste en comprend plus de 200 à ce jour. Des dizaines de bouquets de fleurs, de jouets, de photos d’enfants s’amoncellent sous l’arche de fer forgé. C’est bouleversant.

Au retour, nous rendons visite aux confrères de la télévision et de la radio OPLOT, en bordure de la place centrale. Leur immeuble est régulièrement visé par des HIMARS. On n’a pas encore pu réparer les derniers studios frappés mais on les retape à la fortune du pot et les cinq chaînes TV et radio diffusent leurs programmes sans interruption. La direction et l’équipe sont à 90% féminines, les quelques hommes étant chargés de la couverture du front, à dix kilomètres de là. Un petit jardin d’enfant – une grande crèche attirerait l’attention des HIMARS ukrainiens – accueille les enfants des employés. Il en va ainsi dans toute la ville, les crèches publiques ayant dû fermer pour éviter les frappes. Au début, en 2014, il avait été difficile de recruter des journalistes à cause des risques d’attentat mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, assure la rédactrice en chef Nina Anatoleva. L’intervention russe de 2022 a beaucoup renforcé la sécurité. Mais ils ont perdu en audience. Leurs chaines, qui diffusaient largement dans la partie russophone de l’Ukraine, ont été coupées et ne sont plus visibles que sur internet ou sur le réseau local.

L’après-midi, nous nous rendons dans le village de Yassinouvata, proche d’Avdeevka, et donc tout près du front. Le village, très exposé aux tirs d’obus ukrainiens, abrite une école transformée en centre d’accueil pour les réfugiés des villages récemment libérés. Aussitôt sortis de Donetsk, la proximité du front se fait sentir. La route est défoncée par les tirs d’obus et jonchée de débris de ponts écroulés. Sur notre gauche, deux hélicoptères Ka-50 Alligators et un MI-8 reviennent du front en rase-mottes. A notre droite des tranchées et trois rangées de dents de dragons, équivalents de nos Toblerone suisses, forment une des lignes de la défense russe. Des engins militaires la longent régulièrement.

Notre véhicule est parfaitement anonyme. Pas de convoi, d’insignes de presse, de gilets pare-balles ou de casques qui pourraient attirer l’attention des drones de surveillance ukrainiens. Les GPS de nos portables sont désactivés depuis longtemps. Il s’agit d’être le plus banal possible. La route est de plus en plus défoncée et la circulation quasi inexistante. Le chauffeur, le guide et Umar sont parfaitement impavides.

La directrice de l’école, ex-professeur de mathématiques devenue directrice du centre d’accueil, nous accueille. La libération d’Avdeevka et des villages voisins fin février a fait sortir les habitants survivants des caves. Ils sont logés ici, dans les salles de classe, en attendant de retrouver leur logement ou d’en trouver un nouveau. Sur les 160 personnes hébergées, certaines ont déjà pu regagner Avdeevka. Aujourd’hui, c’est au tour de Nina Timofeevna, 85 ans et toute sa verve, de regagner son logis. Elle a vécu dans sa cave pendant deux ans en faisant du feu à même la rue. « Les soldats ukrainiens ne nous ont pas aidé du tout », assure-t-elle, tandis que l’armée russe a réparé son toit et les vitres de sa maison, si bien qu’elle peut y retourner, encadrée par deux soldats de la police militaire qui lui portent son barda. « Ce n’est pas une guerre, mais un massacre de civils. Ils veulent nous détruire. »

Dans les couloirs, des bénévoles de l’Eglise orthodoxe déballent des cartons de vêtements, des bouteilles d’eau et de la nourriture. Dans les autres salles, des couples avec un beau chat aux yeux bleus, des vieillards. Une famille avec un jeune garçon de quatre ans. Elle s’est fait souffler son appartement par une roquette alors qu’elle essayait de trouver de la nourriture à l’extérieur. Le père était ouvrier et la mère comptable à la cokerie d’Avdeevka. Ils ont échappé à la mort par miracle et n’en reviennent pas encore d’avoir survécu…

Sur le chemin du retour à Donetsk, la discussion porte sur la vie pendant la guerre et Evgueni m’apprend qu’à Marioupol le bataillon néonazi Azov avait ouvert dès 2014 une prison secrète dans un bâtiment de l’aéroport, appelée la « Bibliotheka », la Bibliothèque, parce que les victimes y étaient désignées comme des « livres », à l’image des nazis qui appelaient leurs victimes des « Stück ». Selon les témoignages, des dizaines de personnes y ont été torturées et tuées pendant les huit années durant lesquelles les nationalistes tatoués de symboles nazis du bataillon ont fait la loi à Marioupol tandis que la police locale regardait ailleurs. Des investigations sont en cours pour identifier les victimes et la visite des locaux est suspendue. La presse russe en a parlé mais les médias occidentaux ont gardé le silence, de peur d’écorner le narratif des gentils Ukrainiens et des méchants russes.

Deuxième constat : le Donbass fête en ce début avril le 10e anniversaire de son soulèvement contre le régime de Kiev qui avait décrété la guerre au terrorisme contre lui. Des milliers de personnes, enfants, civils et combattants, ont été tuées. Donetsk a pris le surnom de « ville des héros ». Après tant de sacrifices, les trois millions d’habitants de l’oblast se battront jusqu’au bout pour défendre leur république, quel qu’en soit le prix et quoi qu’on puisse penser d’eux en Occident.

(A suivre)

Guy Mettan

« La guerre n’est jamais faite par ceux qui la financent »

La guerre n’est jamais faite par ceux qui la financent et en tirent les bénéfices. Je me souviens de cette scène du documentaire de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, où le réalisateur interpelle des sénateurs américains pour qu’ils signent un document et acceptent l’enrôlement de leur enfant dans la guerre: pas un prêt à envoyer sa progéniture en Irak comme chair à canon pour l’Oncle Sam au bénéfice des compagnies pétrolières. Que faire alors pour recruter les fils et filles des perdants du modèle américain, sans utiliser la force? : agiter le drapeau et les valeurs patriotiques qui leur fera croire qu’ils se sacrifient pour leur pays.

Les gagnants : les oligarques des deux camps, ceux qu’on dit démocratiquement élus dans les contrées où l’on vote pour élire son maître, où ceux qui n’ont pas besoin pour régner de passer par le simulacre de l’élection.

Les perdants : ceux sur le champ de bataille, qu’on a depuis longtemps persuadés que l’ennemi était en face d’eux, mais pas au-dessus, ceux qui donnaient les ordres. Pourtant, ce sont souvent des frères et sœurs qui s’entretuent, alors que dans un monde décent on sait qu’ils auraient pu être amis, amants, taper la carte ensemble, ou cogner les verres.

Malheureusement, la propagande médiatico-politique les a persuadés qu’ils faisaient partie du camp A face à ceux du camp B. La catégorisation sociale, bien qu’automatique, est un des mécanismes les plus dangereux pour la paix sociale. Elle nous fait tristement oublier notre commune humanité… George Orwell soulignait cette vérité, alors qu’il était dans une tranchée lors de la guerre d’Espagne : « Nous étions dans un fossé, mais derrière nous s’étendaient cent cinquante mètres de terrain plat, si dénudé qu’un lapin aurait eu du mal à s’y cacher (…). Un homme sauta hors de la tranchée [ennemie] et courut le long du parapet, complètement à découvert. Il était à moitié vêtu et soutenait son pantalon à deux mains tout en courant. Je me retins de lui tirer dessus, en partie à cause de ce détail de pantalon. J’étais venu ici pour tirer sur des « Fascistes », mais un homme qui est en train de perdre son pantalon n’est pas un « Fasciste », c’est manifestement une créature comme vous et moi, appartenant à la même espèce – et on ne se sent plus la moindre envie de l’abattre. »

Voilà à quoi s’attellent chaque jour les politiques et leurs chapelles médiatiques : nous priver des outils pour comprendre, donc nous monter inévitablement les uns contre les autres, puisque l’ignorance amène à trouver le mauvais coupable. Ils ne nous disent évidemment pas que le pays le plus meurtrier qui soit sont les États-Unis et que se défaire du lien de dépendance qu’a l’Europe avec eux pour favoriser une entente avec la Russie et le monde arabe, serait peut-être une meilleure solution. Non, ils préfèrent alimenter une guerre qu’ils ne font pas entre deux peuples frères qui se massacrent pour eux.

Le prix Nobel de la paix décerné à Barack Obama en 2009, sera le blanc seing lui signalant qu’il peut faire la guerre tous azimuts. Sous ses deux mandats, comme aucun autre président, les États-Unis auront été en guerre. Afghanistan, Irak. Mais aussi la Syrie, la Libye, et les nouvelles guerres par drones au Pakistan, en somalie, au Yemen.
Aujourd’hui, le guerrier de la paix, ou le pacifiste belligérant, donne des conférences partout dans le monde. La dernière ? En Belgique, sur les technologies de pointe. Cachet pour la soirée : 600.000 euros. Le sang, ça rapporte.

Dans cette technologie de pointe, les drones font belle figure, à l’heure de la guerre 4.0 où on tue des êtres humains à des milliers de kilomètres assis sur un fauteuil confortable dans un centre en Allemagne ou ailleurs… La guerre jusqu’au summum de la déshumanisation. Les États-Unis nous avaient dès le début appris que leur existence reposait sur la destruction de l’autre, puisque les indiens qui vivaient paisiblement sur leur terre depuis des siècles ont été massacrés par des dirigeants qui ne connaissaient pas le partage et ont depuis le mot pacifisme gravé sur le canon de leur fusil.

Daniel Ganser l’a bien exprimé : Les USA sont la plus grande menace pour la paix mondiale. Ils ont bombardé le plus de pays depuis 1945 ; Les E.-U. Ont plus de 200.000 soldats stationnés à l’étranger ; chaque année, le budget militaire américain augmente : il sera de plus de 842 milliards en 2024… Comme le dit encore Ganser : « Le mouvement pacifiste sait que beaucoup pourrait être fait avec un tel budget annuel. Au lieu de la guerre et des armes, l’argent pourrait être consacré à soulager la faim dans les pays pauvres, à l’éducation, à la santé, à l’expansion des énergies renouvelables, ou à des projets visant à lutter contre la pollution, ou encore à financer des médias alternatifs qui dénoncent les mensonges de guerre ou informent sur les causes réelles de la guerre, etc. ». Ainsi, la guerre externe entretient la guerre sociale interne, nourrie par d’indécentes inégalités.

Quel gâchis. Car c’est un souffle d’humanité qui nous emplit de bonheur lorsque nous voyons ceux appelés ennemis laisser tomber les armes et faire la paix. Ce rapprochement entre des camps rendus virtuellement adverses par ceux qui font les guerres dans les salons feutrés mais ne les vivent pas, montre l’absurde de ces hommes qui se déchirent entre eux. C’est la trêve de Noël dans les tranchées de 14-18. Il n’est de meilleur preuve de la construction de cette haine de l’autre par les médias et qui ne peut se matérialiser que lorsque, arme à la main, notre survie dépend de la mort de l’autre.

Les marchands d’armes, qui sont souvent les mêmes que les marchands de propagande, doivent donc créer des catégories abstraites dans laquelle les gens se reconnaissent, leur rappelant ce qui les distingue plutôt que tout ce qui les rapproche, occultant à dessein notre commune humanité.

La guerre, ce n’est pas la destruction de deux camps, c’est la destruction de ce qui fait de nous des êtres humains.

[INTERVIEW] Marc DOYER: arrêté pour un coup de fil

En procès contre les laboratoires Pfizer, qu’il accuse, via le vaccin anti-Covid, d’avoir provoqué le décès de sa femme Mauricette en mai 2022, morte de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, Marc Doyer est aussi porte-parole de l’association « Verity France »

L’assimilation du soutien à la Palestine à du terrorisme

Ou comment la lutte contre un génocide en cours met en lumière l’absence de liberté de la presse et d’expression.

« Les médias et leurs personnels ne sont plus que les instruments, plus ou moins consentants et zélés, dont la classe dominante a besoin pour assurer son hégémonie »

Alain Accardo, Journalistes précaires, journalistes au quotidien

Nous sommes le 9 février 2015, en séance parlementaire de la Communauté française. La députée Joëlle Maison pose une question à Rudy Demotte, ministre-président, intitulée: « Soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’Association belgo-palestinienne (asbl) » :

« Nous assistons à une recrudescence de l’antisémitisme et de l’islamophobie en France et en Belgique. L’actualité récente en est une tragique illustration (…) Dans ce contexte de tension croissante, tous les parlementaires de cette assemblée – et bon nombre de nos concitoyens – reçoivent mensuellement un magazine intitulé Palestine édité par l’Association belgo-palestinienne Wallonie-Bruxelles. Cette asbl publie également sa revue en ligne et reçoit des subsides de la Fédération Wallonie-Bruxelles (…) Les objectifs de l’association sont louables et j’y adhère totalement. Néanmoins, à la lecture du dernier numéro de leur mensuel, je ne peux que regretter son contenu, difficilement conciliable avec la mission annoncée de « contribuer au rapprochement entre les peuples arabe et juif, dont la coopération permettra la construction d’un Moyen-Orient pacifié et prospère. Prosélyte, manichéen, visant à ôter toute légitimité à l’État d’Israël, ce contenu me semble difficilement compatible avec les impératifs du vivre-ensemble et du dialogue interculturel. Monsieur le ministre-président, pourquoi continuer à subventionner une association dont les publications ne sont pas conformes à l’objet social ? Quelle est la nature des liens entre cette association et les autorités palestiniennes ? Y a-t-il d’autres associations proposant un point de vue différent ? Si oui, sont-elles également subventionnées ? Quelles sont les modalités de diffusion du mensuel Palestine ? La Fédération Wallonie-Bruxelles exerce-t-elle un contrôle sur ce type d’association ? »

Ah, le fameux contrôle!… Cette tentative de retirer les subventions publiques d’un journal dont les positions ne correspondent pas au narratif politique illustre la manière dont le subventionnement de la presse constitue un outil politique non pas dans le but de promouvoir la pluralité et la diversité d’opinions, mais pour faire exister une version unique favorable au pouvoir.

« On peut dire que la représentation médiatique du monde, telle qu’elle est fabriquée quotidiennement par les journalistes, ne montre pas ce qu’est effectivement la réalité mais ce que les classes dirigeantes et possédantes croient qu’elle est, souhaitent qu’elle soit ou redoutent qu’elle devienne ». 

Alain Accardo, Journalistes précaires, journalistes au quotidien

La police de la pensée veille, secondée par les agents du maintien de l’ordre : Adnan Azam, journaliste et écrivain que nous avons plusieurs fois interviewé[note], a été arrêté alors qu’il attendait son avion pour l’Espagne, maintenu en garde à vue 24 heures, interrogé à plusieurs reprises sur « l’apologie du terrorisme » et le « soutien pro-palestinien ». Marc Doyer[note] s’est fait interpeller chez lui par 15 agents armés, pour avoir laissé un message sur le téléphone du président français l’interpellant sur les effets secondaires des vaccins.

Retrait des aides publiques pour les journaux désobéissants, calomnies et médisances dans les médias du pouvoir utilisés comme instrument pour salir les récalcitrants et faire peur à ceux qui voudraient s’en approcher, intimidation physique et arrestation de ceux qui dénoncent la corruption et se battent pour la vérité et la justice.

« Les subventions aux médias sortent de la poche du contribuable de telle sorte qu’en fin de compte ce dernier paye pour être endoctriné dans l’intérêt de puissants groupes d’intérêts comme ceux qui bénéficient de contrats d’armement et autres sponsors du terrorisme d’État ». 

N. Chomsky & H. Edwards, Manufacturing consent

On se demande si face au massacre, génocidaire, qui atteint son faîte aujourd’hui, Joëlle Maison est autant « choquée » qu’à l’époque :

«  J’ai parcouru les autres numéros et j’ai constaté des expressions choquantes comme « pogrom » et « apartheid », qui reviennent à plusieurs reprises. Je sais que ce mot est à la mode mais est-il adéquat de subventionner une revue qui l’évoque ? J’ai aussi lu le terme « génocide ». . . Il me semble que ces termes et expressions, que l’on retrouve d’ailleurs dans la majorité des articles, ne favorisent pas le dialogue interculturel et ne contribuent pas à pacifier les relations entre les peuples arabe et juif. Face à ce genre d’expressions et d’articles très orientés, je m’attendais à lire le point de vue de politiques et personnalités israéliennes qui ont un discours nuancé – c’est d’ailleurs la majorité en Israël –, mais il n’en a rien été ».

Médias et politiques, un seul et même pouvoir, participent quotidiennement à la construction d’un « consensus de la cécité[note] », malgré leurs mots vides tels que « pluralité », « dialogue » et « vérification de l’information ». Ce n’est pas anodin, au contraire: en ne donnant pas les clés pour comprendre, ce qui passe par le débat et la contradiction, ils génèrent la haine et la division sociale, ce qui se répercute sur la vie de la cité.

« L’apologie généralisée de l’« ouverture » et du « dialogue » tous azimuts laisse ignorer le fait que le seul dialogue bien perçu dans le système est celui qui s’instaure entre des variantes d’un même discours et que les seules audaces bien accueillies sont celles qui relèvent du sacrilège rituel et des outrances passagères de la mode »

Alain Accardo, De notre servitude involontaire, Agone

L’information n’est pas quelque chose d’immatériel, elle peut tuer. Et elle le fait.

Et les « terroristes » sont ailleurs que là où on les croit.

[Chroniques Agricoles] Serge PEEREBOOM: La ferme Arc en Ciel

Bienvenue à la ferme arc-en-ciel, chez Serge Peereboom, paysan résistant. Un petit écrin de verdure en Belgique, où l’homme nous prouve que chaque jour on peut faire autrement que ce que fait l’agriculture industrielle, destructrice des sols, de notre santé, des savoirs ancestraux. En compagnie de Grégory Michel, paysan maraîcher.

FRAUDE ÉLECTORALE EN COURS au palais de Justice Bruxelles

#belgiqueterremafieuse

«Un contrôle citoyen direct est INDISPENSABLE» TransparenciaBE

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Merci à Fabrice Eulry pour son soutien!

Ce soir encore, nous avons pu réaliser que ce qui n’est pas essentiel pour le pouvoir politique est, au fond, indispensable.

Merci à Fabrice Eulry pour son soutien!
Merci au public!

N’ayons plus peur de penser.
Vive la presse libre! Soutenez Kairos

Fabrice EULRY en concert de soutien à KAIROS

Ce mardi 16 avril à 20h au Conservatoire de Bruxelles, le pianiste Fabrice Eulry jouera en soutien à Kairos.

Venez nombreux, pour la musique et pour nous soutenir!

Reservez vos ticket ici: https://www.ticketmaster.be/artist/fabrice-eulry-tickets/1003567

[SÉRIE] Belgique TERRE MAFIEUSE – La presse

Suite de l’affaire Valentine DELWART: l’échevine des finances de Uccle, qui « ne savait pas » d’où provenaient les 100 000 € qu’elle touchait chaque année.

– La commission de DÉONTOLOGIE: https://www.new.kairospresse.be/serie-belgique-terre-mafieuse-la-commission-de-deontologie/

– L’affaire DELWART: https://www.new.kairospresse.be/serie-belgique-terre-mafieuse-laffaire-delwart/

En collaboration avec TransparenciaBE : https://transparencia.be

[INTERVIEW] Christophe VAN GHELUWE: fondateur de Cumuleo

Christophe VAN GHELUWE est le fondateur de Cumuleo.
Cumuleo est un site Internet qui publie des données sur les mandats, fonctions et professions des mandataires publics et des hauts fonctionnaires.
« La transparence est le carburant de la Démocratie ».

Site internet: www.cumuleo.be

Site internet pour la transparence administrative: https://transparencia.be/

Scénarios futurs et souveraineté hybride 2.0

Compte-rendu de la conférence internationale sur la souveraineté à Genève

Après deux guerres mondiales aux conséquences dramatiques, le XXIe siècle était censé être plus pacifique et apporter des solutions efficaces aux “conflits chroniques”. À l’aube du nouveau siècle, de nombreux pays ont proclamé leur souveraineté, mais beaucoup d’entre eux ont été confrontés à de sérieux risques et difficultés. La question de la souveraineté est devenue particulièrement aiguë ces dernières années avec l’éclatement des conflits militaires en Ukraine et dans la bande de Gaza. Ces événements ont considérablement modifié la perception du droit international, de la coopération, des traités, de l’architecture de sécurité en Europe et même du nouvel ordre mondial.

Les 26 et 27 mars, des experts du Royaume-Uni, de Chine, de Suisse, d’Ukraine, de Géorgie, de Moldavie et d’Afghanistan se sont réunis au château de la Swiss Umef (Swiss University of Applied Research) pour la conférence internationale “Sovereignty in the XXIst Century and Future Scenarios” (Souveraineté au XXIe siècle et scénarios futurs). De quoi ont-ils discuté et à quelles conclusions sont-ils parvenus ?

L’âge d’or de la souveraineté

La souveraineté et l’égalité souveraine ont été reconnues par le traité de Westphalie (1648). Pour chaque nation et chaque État, l’indépendance et la souveraineté constituent une défense fiable contre les ingérences extérieures dans ses affaires intérieures, préservant l’identité, les codes mentaux et culturels et les langues de ses citoyens.

Présentant le livre Sovereignty, a Brief Maneul, écrit par Nicolay Tsvyatkov, Anatolii Tcaci et Ecaterina Cojuhari, Anatolii Tcaci, docteur en sciences politiques moldave, a abordé les fondements historiques et conceptuels de la souveraineté. Selon lui, le XXe siècle a été une période “dorée” pour le développement et l’établissement de la souveraineté. Au cours de ce siècle, trois systèmes de relations internationales ont été mis en place, ce qui a donné une forte impulsion au développement de la souveraineté — trois vagues de souveraineté. “À la suite de la fin de la Première Guerre mondiale, le système de relations internationales de Versailles-Washington a été créé en 1919 et des changements radicaux ont eu lieu sur la carte politique de l’Europe. L’effondrement de quatre empires l’empire austro-hongrois, l’empire allemand, l’empire russe et l’empire ottoman a entraîné l’apparition de nouveaux États sur la carte politique européenne : l’Autriche, la Hongrie, la Pologne, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Finlande, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie…”, a expliqué l’expert.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le système de Yalta-Potsdam a abouti à la création des Nations unies, fondées sur le principe de l’égalité souveraine de tous les États membres, qui se sont engagées à régler les différends internationaux par des moyens pacifiques. Au milieu du XXe siècle, la souveraineté est inscrite dans le droit international. Avec l’émergence de l’ONU et la formation d’un nouveau système bipolaire de relations internationales, la deuxième vague de souveraineté a commencé, associée, entre autres, à l’effondrement des empires coloniaux du monde, dont les métropoles sont situées en Europe occidentale.

La troisième vague de souveraineté au XXe siècle est apparue au moment de la fin du système bipolaire des relations internationales et de l’effondrement de l’URSS, lorsque 15 nouveaux États souverains de l’espace post-soviétique sont apparus en même temps. Le nombre d’États sur la carte du monde est passé à 193, ce qui est encore le cas aujourd’hui. Dans le même temps, il convient de noter que parmi les États qui ont émergé après l’effondrement de l’URSS, seuls quelques-uns ont conservé la capacité de se développer souverainement”, a déclaré Anatolii Tcaci.

Le docteur en sciences politiques a noté que le conflit militaire en Ukraine était le début d’une série d’événements dans le processus de formation d’un nouveau système multipolaire de relations internationales. “Les composantes clés de la souveraineté dans le processus de formation du nouveau système sont : la souveraineté spatiale ou la sécurité ; la souveraineté numérique ; la souveraineté alimentaire ; la souveraineté socioculturelle comme base de la souveraineté nationale du XXIe siècle et la capacité de la société et de l’État à s’auto-identifier par rapport aux processus mondiaux et aux acteurs clés de l’environnement du nouveau système”, est convaincu l’expert.

La Suisse et la Moldavie : la neutralité comme l’un des fondements de la souveraineté

La Moldavie, qui a proclamé son indépendance il y a 30 ans, n’est toujours pas en mesure de tirer pleinement parti de sa souveraineté. Coincée entre les grandes puissances régionales, la république a connu l’instabilité politique, les difficultés économiques et les conflits territoriaux. S’exprimant sur les dimensions internes et externes de la souveraineté, Ecaterina Cojuhari, modératrice moldavo-suisse de la conférence, a noté que si l’intégration européenne de la Moldavie semble bien engagée, le processus lui-même est hautement politisé : “Alors qu’elles consacrent l’essentiel de leur attention à la rhétorique pro-européenne et au populisme, au développement de la démocratie, sous laquelle des dizaines de chaînes de télévision et de sites d’information sont fermés en Moldavie, les autorités moldaves ne disent pas grand-chose des réalités économiques. La république connaît un taux de pauvreté sans précédent de 31,1%. La décision des autorités moldaves de retirer la Moldavie de la CEI d’ici la fin 2024, qui représente 25% du chiffre d’affaires commercial de la république, nuira également à l’économie moldave. Comme nous le savons, l’économie d’un pays est l’un des principaux piliers de sa souveraineté”. L’expert a également noté que l’une des étapes importantes pour renforcer la souveraineté de la Moldavie pourrait être une politique de soutien actif à la neutralité et un dialogue ouvert avec Tiraspol. Cependant, le récent traité avec la France, qui entraînera l’ouverture d’une mission militaire française en Moldavie, suggère le contraire.

À l’ère moderne, alors que les tensions géopolitiques et la polarisation augmentent, de nombreux pays sont contraints de choisir un camp, et la neutralité est présentée comme une forme de lâcheté. En fait, la neutralité peut être considérée comme la forme la plus pure de la souveraineté et le soin le plus scrupuleux à honorer la souveraineté. La neutralité a permis à la Suisse de traverser le XIXe siècle et de vivre au XXe siècle, en survivant à deux guerres mondiales dans la paix. Sa neutralité et sa crédibilité ont créé des conditions favorables à la fondation de la Croix-Rouge et des Nations unies dans ce pays. Elles ont permis à la Suisse et à Genève d’être considérées comme impartiales et de mener des processus de médiation. La neutralité a été imposée à l’Autriche après la Seconde Guerre mondiale et sous l’occupation étrangère, mais elle a permis au pays de gagner en stabilité, de devenir une zone tampon entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, ainsi que de devenir un espace de médiation en Europe, en accueillant l’OSCE, l’AIEA et l’ONUDC”, a déclaré l’expert suisse Gilles-Emmanuel Jacquet, vice-président de Geneva l’Institut international de recherche sur la paix (GIPRI).

Selon l’expert, la comparaison entre la Suisse et la Moldavie peut sembler inappropriée car ces deux pays Présentent de nombreuses différences, mais ils ont aussi des points communs si l’on tient compte de leur diversité ethnique et linguistique, de leur position géographique et géopolitique entre empires, grandes puissances ou voisins hégémoniques… “Cependant, la neutralité permet à un pays de refuser la logique de confrontation entre les blocs, de défendre ses propres intérêts. Ce faisant, le statut de neutralité permet à un pays d’être un lieu sûr pour les négociations de paix où les conflits peuvent être résolus. En raison de sa situation géographique, un pays neutre agit comme une zone tampon, évitant les conflits entre blocs et gardant une distance entre les missiles nucléaires des blocs concurrents. La neutralité n’est pas l’isolement face à la mondialisation. Elle peut contribuer à protéger les intérêts nationaux et la spécificité des cultures et des langues, tout en offrant un espace de médiation et de préservation de la paix dans le contexte complexe d’aujourd’hui”, estime Gilles-Emmanuel Jacquet.

Souveraineté hybride 2.0

L’expert américano-suisse, le Dr. Daniel Warner, est convaincu que la souveraineté fait partie d’un modèle international du XVIIe siècle dépassé, au mieux contestable, au pire obsolète… “Pour développer mon argumentation, je commencerai par montrer que la fiction juridique de la souveraineté, qui a émergé après la paix de Westphalie en 1648, fait partie d’un paradigme intellectuel plus large qui a besoin d’une sérieuse mise à jour. En 1904, Halford McKinder, dans son ouvrage intitulé The Geographical Pivot of History (Le pivot géographique de l’histoire), a introduit la théorie du Heartland, qui a révolutionné les relations internationales. La géographie commence à compter ; la géopolitique et la géostratégie apparaissent. Tout comme Newton a présenté des formules absolues pour décrire le monde, McKinder a présenté des réalités géographiques pour expliquer pourquoi les pays se comportent comme ils le font. Sa citation la plus célèbre est la suivante: “Celui qui domine l’Europe de l’Est domine le Heartland ; celui qui domine le Heartland domine l’île mondiale ; celui qui domine l’île mondiale domine le monde”. Mckinder était convaincu que l’Europe de l’Est était le centre géostratégique du monde et qu’”un tampon était nécessaire entre l’Allemagne et la Russie”, vision que l’expert a partagé.

Aujourd’hui, nous appellerions l’Ukraine, la mer de Chine méridionale et le canal de Suez des points géostratégiques modernes, centraux et déterminants. Le pouvoir qui contrôle ces lieux domine la plupart des pays du globe… La paix de Westphalie a joué un rôle important dans la création du système international moderne de souveraineté des États. Elle a introduit les relations internationales modernes, les relations entre nations souveraines telles que nous les connaissons aujourd’hui. Mais elles sont remises en question. Le système international se mondialise tout en restant international. Les sociétés transnationales, les acteurs armés non étatiques, les individus tels que Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Elon Musk et Bill Gates, agissent désormais à bien des égards comme des puissances souveraines. Nous vivons dans un monde hybride où la souveraineté étatique existe toujours — heureusement pour Genève et son rôle de centre multilatéral —, mais où de nouvelles notions de souveraineté entrent en jeu. La souveraineté 2.0 est un hybride de national, international et mondial. Alors que des soldats se battent presque au corps à corps à Gaza et en Ukraine, des cyberattaques ont lieu dans le monde entier. Alors que les avions de chasse et les chars soutiennent les soldats sur le terrain, l’intelligence artificielle et les drones ont créé un tout nouveau monde dans l’espace et le temps. Ce nouveau monde n’est pas simple ou ordonné. La souveraineté 2.0 ressent la tension entre deux mondes et une nouvelle complexité. Si certains prétendent que nous vivons dans un monde post-westphalien, ils devraient visiter le Donbass ou Rafah. Les hybrides ne sont jamais émotionnellement satisfaisants. Le monde absolu de Newton et de McKinder était émotionnellement propre et bien rangé. La politique quantique et la chronopolitique sont loin d’être aussi soignées et ordonnées. Mais c’est là que nous nous trouvons aujourd’hui. C’est la situation hybride dans laquelle la Souveraineté 2.0 s’est trouvée au début du XXIe siècle”, est convaincu Dr. Daniel Warner.

Cette idée a été soutenue par Nikolay Tsvyatkov, professeur de Moldavie, qui estime que la promotion de l’idée de “multipolarité” suscite beaucoup de scepticisme, étant donné que ces demandes sont formulées par des pays majoritairement en retard en termes de développement économique et technologique. “C’est le développement technologique qui déterminera la structure de l’ordre mondial, et non la taille des territoires ou le nombre de personnes vivant sur ces territoires. La possession, l’accès et le contrôle des technologies modernes, la capacité à les produire et à les reproduire sont les facteursclés qui détermineront la place et le rôle des participants dans le système des relations internationales dans un avenir prévisible”, est convaincu l’expert moldave.

Selon lui, dans de nombreux pays, la réglementation étatique n’a pas suivi le rythme du développement des technologies et des géants technologiques, dont les capacités organisationnelles et financières dépassent celles de nombreux pays et même de certains continents. “La révolte de pays comme la Chine, la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite et d’autres est due au fait que les dirigeants de ces pays réalisent la vulnérabilité de leur position face aux capacités de l’hégémon (les États-Unis et leurs alliés). Cette confrontation, à en juger par son ampleur, pourrait s’étendre sur des années, voire des décennies”.

Scénarios pour l’avenir

Dans un monde en pleine mutation, l’avenir de la souveraineté des États face à l’évolution du cyberespace se profile à travers divers scénarios prospectifs. Ils offrent une réflexion sur les voies possibles de notre civilisation sous l’influence du progrès technologique et des choix de société. Au cours de la conférence, quatre scénarios ont été élaborés et présentés par l’expert géopolitique français Hicheme Lehmici (SWISS UMEF, GIPRI).

1984 : le contrôle totalitaire

Inspiré par le roman dystopique de George Orwell, ce scénario décrit un avenir où les États, en synergie avec les géants du Big Tech, exercent un contrôle cognitif absolu sur les individus, annihilant leur libre arbitre. Dans ce monde, la démocratie n’est qu’une façade, les élections et décisions importantes étant manipulées pour maintenir une illusion d’unanimité. Grâce à une exploitation exhaustive des données personnelles et de l’analyse des Big Data, les gouvernements parviennent à surveiller et diriger les citoyens sans utiliser la force physique, instaurant ainsi un régime totalitaire sous le masque de la technologie.

Guerre de l’opium 2.0 : la domination par la désorientation

Ce scénario évoque l’impact dévastateur de l’opium sur la Chine impériale pour illustrer comment le Métavers, en s’imposant comme une nouvelle réalité, plonge les populations dans une confusion existentielle. Cette immersion totale dans un univers virtuel affaiblit les fondements de la réalité physique, ouvrant la voie à des régimes autoritaires qui, profitant de cette désorientation collective, renforcent leur emprise sur les individus désormais détachés de leur sens critique et de leur capacité à remettre en question l’autorité.

Techno-aristocraties : la séparation des castes

Avec l’avènement des technologies d’implants neuronaux à la Neuralink et de l’homme augmenté, une nouvelle aristocratie émerge. Les plus riches et les plus influents accèdent à des améliorations bio-technologiques qui les transforment en êtres supérieurs, établissant de facto une hiérarchie de castes modernes où le reste de la population devient obsolète. Ce scénario voit la disparition de la démocratie et de l’égalité, remplacées par un système où la puissance et le statut sont inextricablement liés à l’accès aux technologies d’augmentation.

Le rêve grec : l’épanouissement par la technologie

Enfin, ce scénario optimiste envisage un futur où les progrès technologiques en robotique, numérique, et intelligence artificielle entraînent la fin du travail tel que nous le vivons. Inspiré par la vision des philosophes grecs antiques pour qui le loisir était l’apanage de l’homme libre, ce monde aspire à une société où chacun, libéré des contraintes du travail, peut se consacrer à l’épanouissement personnel, à la créativité et à la quête de savoir. Ce rêve grec moderne réalise l’idéal d’une humanité libérée, où la technologie sert de catalyseur à une redéfinition supérieure de l’existence humaine.

Ces scénarios suscitent une réflexion profonde sur les valeurs, les principes et les lignes directrices qui devraient guider le développement de nos sociétés à l’ère numérique et sur la manière de faire face aux scénarios négatifs de l’humanité.

La conférence internationale « Sovereignty in the XXIst Century and Future Scenarios » a été organisée conjointement par SWISS UMEF, AxisMUndi.Switzerland, GIPRI, SPERO-Moldova et Interaction et a donné lieu à des discussions animées entre les experts, les participants et les étudiants.

Lara Hapflow

[SÉRIE] Belgique: TERRE MAFIEUSE – La commission de déontologie

La commission de déontologie
Suite de l’affaire Valentine DELWART: l’échevine des finances de Uccle, qui « ne savait pas » d’où provenaient les 100 000 € qu’elle touchait chaque année. (https://www.new.kairospresse.be/serie-belgique-terre-mafieuse-laffaire-delwart/)

HEBDO #28 – Nous fermer la gueule

Ah, nos belles démocraties, n’est-ce pas ? Où la liberté d’expression est un droit donné par le pouvoir pour ceux qui le servent ou, à tout le moins, ne lui nuisent pas. Certes, ce pouvoir ne fusille pas, diront certains, mais ils tuent néanmoins, d’une autre manière. Il ne leur est en effet, la plupart du temps, pas nécessaire d’assassiner le dissident. Ils ont pour eux les structures qui permettent de le mettre hors d’état de nuire, sans l’atteindre directement physiquement :

  • ils possèdent les médias qui s’attelleront à ne rien dire de la divergence ou à la détruire ;
  • ils ont donc le monopole de la représentation du réel, le droit divin de nous dire ce qu’est la vérité et où sont les fakes news qu’ils définissent.
  • ils sont dans les ministères en charge des médias ;
  • ils possèdent les associations de journalistes, censées défendre la liberté de la presse, façade derrière laquelle ils ne défendent que les médias du pouvoir qui composent eux-mêmes les conseils d’administration de ces associations ;
  • ils centralisent l’argent public et distribuent celui-ci aux médias qui ne portent pas une critique trop profonde qui pourrait mettre à mal ces pouvoirs ; en gros donc, ils utilisent notre argent pour nous endoctriner et fabriquer le consentement. Un comble.

Pour l’illustrer, le second refus récent de l’Autorité de l’autorégulation de la déontologie journalistique, l’AADJ, de nous admettre comme membre, sans avoir à justifier leur décision et sans possibilité de recours.

Petit rappel : en 2022, la Ministre Linard avait ajouté aux conditions pour pouvoir prétendre à l’aide à la presse périodique, dont Kairos bénéficiait depuis quelques années, la même condition que celle de la presse quotidienne: être membre de l’AADJ. C’était évidemment le moyen trouvé pour nous évincer. L’AADJ nous avait refusé une première fois, voilà donc que l’association présidée par Martine Simonis, nous refuse une seconde fois.

L’AADJ, c’est la RTBF, RTL, We Media… soit tous les médias mainstream.

L’AADJ est la structure qui supporte le CDJ, et devinez qui est devenu récemment président du CDJ : Denis Pierrard, directeur du pôle audiovisuel du groupe IPM (LN24, LN RADIO, FUN Radio), plus de vingt ans directeur général d’IPM Group.

C’est un peu partout la même chose. Récemment, nous vous avions expliqué que le centre culturel de Perwez avait refusé que je sois invité à une soirée débat après un film sur Assange.

Nous apprenions que c’était la Ligue des droits humains principalement, dans le plus grand secret, qui avait mis son veto, via son représentant Olivier Boutry, qui refusait un « transphobe » « d’extrême droite ».

Une lectrice de Kairos interpellait la Ligue des droits humains :

La LDH via Olivier Boutry répondait :

Mes idées seraient donc dangereuses !

Ils citent pour étayer leurs propos un article du Telemoustique, celui-là même qui condamnait Bernard Crutzen à l’exclusion à vie, ou encore le CADTM qui nous traitait de transphobe, mais aussi le dossier d’Ensemble.

La LDH semble moins inquiété par les propos de Yves Martens-Honoré, coordinateur du dossier Kairos sur la vague complotiste, et qui « à défaut de fusiller les non-vaccinés, leur souhaitait un covid sévère ». Soit, quelques volontés mortuaires dans tout cela. Et ça Boutry, c’est pas dangereux comme idées ? Et parlez-moi de mes dangereuses idées. Enfin, une bonne chose dans cette histoire : on découvre derrière les mots, les actes qui nous permettent de situer dans quel camp sont certains.

Enfin, pour terminer, deux petites choses.

  • Dans le règlement, la FDA doit supprimer sur le site Web et dans les médias sociaux, les publications qui incitent à ne pas utiliser l’Ivermectine dans le traitement COVID-19.
  • Nous relayons la pétition contre l’avis du Comité consultatif de Bioéthique de Belgique relatif à la GPA. Ce qui nous vaudra les cris d’orfraie de la LDH et de tous ceux qui adorent la liberté d’expression seulement pour ce qu’ils aiment entendre.

« Nous, organisations féministes et de défense des droits humains et citoyen.ne.s engagé.e.s, sommes en total désaccord avec cet avis sur l’ensemble des points qui sont énoncés, tous – sans exception – en faveur de la légalisation de la GPA. Celui-ci ne prend aucune considération des droits des femmes et des enfants, adopte exclusivement le point de vue des clients commanditaires et se fait ainsi le relais du marché, qui cherche à développer la marchandisation et l’instrumentalisation du corps des femmes et la réification des enfants. »

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeGTl572GuzC-2F2GFT_GLuVKJ8n4x3YueZmJkQuP0LkN0iYg/viewform?fbclid=IwAR0WFbZ2SY30UNaRppqcwRJEU1QmctOFV-esziEcn0PwVsxCU74dlXdiefw_aem_AW7Ca-qLsdebqUkEc9rn_WV6GM7cC9FEJZN5zta6pa2GwNWvaNDPAWCZLg2P3h_liGcMIF8xjc3iWJBfoVjKnAHj

Autoritarisme, nouvelles discriminations, surveillance numérique… où va la démocratie en Europe ?

Entretien de Kaarle Parikka avec Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS (Mesopolhis, UMR 7064), auteur notamment de Défendre la démocratie. Une sociologie engagée (éditions Eoliennes, 2023).

La version courte de cet entretien réalisé en février 2024 a été publiée dans Kairos n° 63.

K. P. : L’implémentation du certificat Covid numérique de l’Union européenne a connu, tout compte fait, peu de résistance dans l’UE et sa remise en question demeure encore aujourd’hui très discrète (dans les médias, les organes gouvernementaux, etc.). Qu’en penser ?

L. M. : J’en pense la même chose que pour tous les « pass sanitaires » équivalents mis en place par la plupart des gouvernements des pays occidentaux en 2021. Et je vous remercie de poser cette question qui est fondamentale, pour au moins quatre raisons qui ont été déterminantes et qui le resteront si aucune réflexion collective, aucun grand débat, bref aucun debriefing digne de ce nom n’arrive dans les mois et les années qui viennent. Premièrement, le certificat Covid est un ensemble de mesures qui ne reposent sur aucun fondement scientifique et qui sont inefficaces du point de vue de la santé publique. Ceci est essentiel à toujours rappeler. Tous les discours qui ont justifié ces mesures reposaient sur l’affirmation que les vaccins ARNm anti-covid allaient permettre de stopper l’épidémie en empêchant la contagion. « Vaccinez-vous, si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour protéger les autres ». C’est ce principe de morale collective qui était central et avec lequel on culpabilisait les non-vaccinés (des égoïstes, des salauds en fin de compte !). Or ceci est tout simplement faux. Le fait d’être vacciné une, deux, trois ou même dix fois n’empêche ni d’attraper le virus, ni de le transmettre. Je l’ai écrit dès le mois de juillet 2021 au vu de ce que disaient tant les médecins que j’interviewais que les données statistiques qui montraient clairement qu’aucun des pays ayant déjà vacciné la très grande majorité de leur population ne voyait l’épidémie disparaître ou même régresser. Au contraire, à l’été 2021, face à l’arrivée du variant « Delta », ces pays connaissaient exactement la même épidémie que ceux qui n’avaient pas ou peu vacciné. J’ajoute que toute personne réellement instruite sur le sujet pouvait s’en douter dès le début, car les essais cliniques de Pfizer et de Moderna n’ont jamais été destinés à tester l’effet des vaccins ARNm sur la transmission, mais seulement sur la protection individuelle. Pfizer l’a du reste redit officiellement le 10 octobre 2022 devant le Parlement européen. En résumé : toutes ces discriminations entre vaccinés et non-vaccinés reposaient en réalité sur du vent. Deuxièmement, tandis que la lutte contre les discriminations (selon la couleur de peau, le sexe, l’orientation sexuelle, la religion, etc.) s’affiche partout au nom des Droits de l’Homme, et qu’elle constitue un repère important pour à peu près tous les partis politiques à l’exception de l’extrême droite, voilà que ces mêmes personnes et ces mêmes formations politiques ont créé un ensemble de mesures organisant une nouvelle forme de discrimination fondamentale entre citoyens. Selon que vous serez vacciné ou pas, vous pourrez ou pas exercer vos droits et libertés fondamentales de citoyens. Rappelons-nous là aussi la violence des commentaires politiciens et journalistiques, entre ceux qui voulaient jeter en prison les non-vaccinés, leur refuser l’accès aux systèmes de soins ou encore leur couper les allocations sociales. La très regrettée députée écologiste européenne Michèle Rivasi avait parfaitement raison lorsqu’elle a parlé d’une logique d’apartheid, et cela aurait dû constituer un électro-choc au sein des mouvements de gauche et de l’écologie politique, les sortir de leur grave léthargie (voir à ce propos l’entretien avec Toby Green). Toutes ces mesures, en plus d’être inefficaces du point de vue de la santé publique, sont en effet extrêmement dangereuses du point de vue démocratique. Dans un autre contexte, elles auraient fait se dresser les cheveux sur la tête de n’importe quel démocrate de base, qui aurait juré sur la tête de ses enfants que, lui vivant, jamais il ne participerait à créer un nouveau genre de discrimination fondamentale, se référant probablement à 1789 (Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen) et 1948 (Déclaration universelle des droits de l’Homme de l’ONU). La plupart de ces personnes ont pourtant avalisé des mesures en totale contradiction avec leurs valeurs officielles (y compris la plupart des magistrats dont c’est pourtant la mission première que d’être des garants de la liberté). C’est donc qu’elles ont subi une pression extrêmement forte en ce sens. Chez certaines personnes, les émotions ont joué un rôle décisif. Elles ont totalement paniqué face aux discours prédisant une hécatombe sans précédent, et la peur a dominé leur cerveau. Le conformisme joue aussi un rôle central, qui fait disparaître tant la réflexion que la responsabilité individuelle : puisque apparemment tous les autres le disent ou le font, je n’ai qu’à suivre le mouvement. Mais cela ne suffit toujours pas. Pour que le troupeau des moutons suive, il faut aussi des leaders (plus précisément des key opinion leaders) qui les entraînent, les motivent, leur donnent des arguments et les surveillent. Ce qui nous amène à la question à mille euros : qui avait un intérêt à pousser aussi fort en ce sens ?

Vaste question !

Comme vous dites. C’est mon troisièmement. Tout cela est le résultat de l’énorme trafic d’influence déployé non seulement par les industries pharmaceutiques (c’est classique et très ancien), mais aussi par les organismes publics (ONU, Union européenne) qui ont institué des partenariats avec ces industriels (comme la CEPI [Coalition for Epidemic Preparedness Innovations] et la GAVI [Global Alliance for Vaccines and Immunization]) et enfin les banques, les fonds de pension et les fondations privées américaines (à commencer bien sûr par celle de Bill Gates) qui financent largement ces partenariats. Nous parlons ici des milliards de dollars qui inondent tout ce qui se rapporte à l’industrie des vaccins depuis une vingtaine d’années. S’y ajoute une circulation des personnes entre ces univers privés et publics qui ne cesse de s’accroître, contribuant à faire progressivement disparaître la frontière entre les intérêts privés et les intérêts publics. Je l’ai analysé en détail dans le tome 1 de ma Doxa du Covid, je n’y reviens pas. J’ajoute toutefois un quatrièmement : tout ceci s’est fait en usurpant le nom de la Science, alors qu’il s’agit en réalité de scientisme. La science, c’est la recherche libre et désintéressée de la compréhension du réel, la découverte progressive après erreurs et controverses, la révision constante de ce que l’on croyait en fonction des nouvelles avancées, le tout dans des débats contradictoires entre pairs. Cela n’a rien à voir avec le scientisme qui est une idéologie de la science, presque une sorte de religion, née au XIXe siècle, période au cours de laquelle certains voulaient remplacer la religion par la science à laquelle l’on prêtait tous les pouvoirs pour dire la Vérité et organiser en conséquence la société. Or la société n’est pas et ne saurait être gouvernée par « la science ». Les valeurs, la morale, l’éthique doivent toujours rester premières. Ce sont les repères fondamentaux sur la base desquels s’organise la vie sociale, le vivre-ensemble. Et ils ne se mettent pas en équation ou en algorithme.

À présent, l’UE s’inspire du pass sanitaire pour mettre en œuvre un « portefeuille d’identité numérique » qui serait constitué des données de ses utilisateurs, comme par exemple l’état civil, le permis de conduire, les diplômes, les données financières, certificats de santé, etc., et qui serait utilisé dans divers endroits (les transports, les services bancaires, les établissements de soins de santé, etc.). Victorien Solae nous met en garde face à une forme de crédit social européen. Nous dirigeons-nous vers une forme de « totalitarisme démocratique » ?

Solae a raison. Comme l’on également écrit récemment mes collègues Pauline Elie et Pierre-Antoine Chardel, « jugeant et notant les actes des citoyens (bons ou mauvais), le système de crédit social instigué en Chine est en train de s’établir en Europe de manière aussi subtile et insidieuse que dans l’empire du Milieu ». Nous assistons en effet à une offensive politico-industrielle qui, sous couvert de « simplification » et de « facilitation », profite des technologies numériques pour renforcer la surveillance et le contrôle des citoyens. La tendance est ancienne, analysée notamment par Shoshana Zuboff dans son maître-livre. La crise du Covid aura été un formidable accélérateur de ces processus. On constate un peu partout en Europe le renforcement de la vidéosurveillance et du contrôle numérique des populations, ainsi que leur fichage biométrique et génomique avec l’attribution de codes QR aux individus. De plus, en 2021, le règlement européen « établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle » a bel et bien introduit la notion de « note sociale ». Mes collègues relèvent également que, depuis l’été 2022, les villes de Rome et de Bologne en Italie proposent à leurs administrés un portefeuille d’identité numérique visant à « encourager un comportement vertueux » du point de vue écologique. À Rome, le « citoyen vertueux » peut ainsi gagner des « points » qui seront « convertis en récompenses (biens et/ou services durables) » offertes par la ville « et ses partenaires » (privés). Tout ceci se veut évidemment incitatif et facultatif pour le moment, mais peut aussi être vu comme un cheval de Troie très inquiétant pour l’avenir.

Pour revenir à votre question, je dois relever que parler de « totalitarisme démocratique » est un oxymore. Le totalitarisme est un des ennemis mortels de la démocratie. Entendons-nous sur les mots (je développe ces idées dans mon dernier livre Défendre la démocratie). Dans le langage courant et dans la pensée politique simplette qui règne actuellement dans le débat public, le totalitarisme est conçu comme un régime politique dans lequel un parti unique impose par la contrainte sa volonté à toute la société. Il est dès lors commode de lui opposer le modèle de la démocratie représentative dans lequel la libre compétition électorale garantirait la liberté des citoyens. Or c’est là une conception particulièrement simpliste et réductrice, qui confond dictature et totalitarisme. Hannah Arendt (Les origines du totalitarisme, 1951) a montré de longue date que le totalitarisme (dont l’étymologie est « totalité ») est bien plus qu’un régime politique, c’est un projet de domination totale du corps et de l’esprit des citoyens afin de les transformer en une « masse » indifférenciée. En ce sens, le totalitarisme abouti est la société imaginée par un autre grand penseur du XXe siècle, George Orwell. Pour simplifier, le propre du totalitarisme réside dans sa façon de concevoir et de gérer la société comme un ensemble monolithique, une masse indifférenciée, un troupeau, le bétail humain. C’est la négation de l’individu, au sens de l’individualité, du sujet. Dès lors, ses droits en tant que personne humaine disparaissent purement et simplement devant ses devoirs de soumission et de conformation à ce que l’État a défini comme bien et bon pour tout le monde. Le totalitarisme n’est pas une invention du XXe siècle. Il profite aujourd’hui de moyens technologiques décuplant ses moyens, mais ses racines sont bien plus profondes. Elles résident probablement dans le fait étatique lui-même, dès lors qu’il n’est pas seulement une organisation politique et une rationalisation bureaucratique de la vie collective, mais également une tentative d’imposer à tous les membres de la société une unique façon de penser et d’agir. Il crée alors un nouveau type d’ennemis de l’intérieur à combattre et institue les moyens de le réprimer. En d’autres termes, l’État menace de devenir totalitaire dès lors qu’il produit ou adopte une idéologie, un dogme voire une religion d’État. Ce « lien organique entre l’État et un dogme » (comme disait l’historien Bartolomé Bennassar, spécialiste de l’Inquisition espagnole), que ce dogme soit laïc ou religieux, est le fondement de la barbarie totalitaire et il se rencontre dans de multiples sociétés bien plus anciennes. Il a par exemple existé en Europe lorsque, à partir de la fin du Moyen Age, de grands États se sont progressivement reconstruits en adoptant le catholicisme comme religion d’État. L’Inquisition fut une manifestation de ce totalitarisme en germe. Et il faudra attendre la seconde moitié du XVIIIe siècle pour voir ce lien organique se défaire, une déchristianisation partielle s’opérer et de nouvelles aspirations à la liberté s’épanouir, ce que l’on nomme couramment « les Lumières ». Au cœur de ce mouvement, parallèlement à la question de la démocratie, se trouvent non seulement les principes nouveaux de libre-arbitre et de liberté de penser, mais aussi « les notions d’indépendance, d’inviolabilité et donc d’autonomie du corps de l’individu », toutes choses qui marquent « l’avènement de l’individu indépendant dont l’interaction sociale doit respecter l’autonomie », comme dit Lynn Hunt. C’est cet esprit des Lumières qui est aujourd’hui en grand danger. Et pour le comprendre, il nous faut relire également Michel Foucault. Dans Surveiller et punir (1975), il a décrit ce qu’il appelle le « rêve politique de la peste », un rêve de disciplinarisation absolue des corps et des esprits au nom de la Raison médicale. Un axe central de la pensée de Foucault tourne autour de cette constitution de l’État puis du capitalisme à travers la volonté de dominer et de discipliner non seulement les esprits mais aussi les corps. L’incroyable gestion politico-sanitaire de la crise du Covid aurait sans doute à la fois passionné et épouvanté Foucault. Nous vivons en effet une sorte d’aboutissement de ce « biopouvoir » que le philosophe-historien s’est attaché à mettre en évidence et à combattre toute sa vie.

Barbara Houbre (cf.« Le nudge au service de la propagande sanitaire », Kairos n°63) dénonce la pratique du nudge qui consiste en « l’incitation indirectement de tout un chacun à adopter le comportement attendu. Influencer, sans contrainte, ou plutôt sans donner le sentiment de contraindre ». Aussi sournois soit-il, peut-on réellement considérer cette méthode comme étant « anti-démocratique » ?

Oui, Barbara Stiegler y insiste également. Toutefois, pour ma part je n’emploie pas ce terme de « nudge ». En effet, nous sommes souvent abusés par l’introduction de mots anglais à la mode, qui désignent en réalité le plus souvent des choses bien plus anciennes. Tout cela n’a rien de nouveau, relisons Edward Bernays… En l’occurrence, il s’agit de techniques visant à influencer le comportement des individus, en s’inspirant des recettes classiques du marketing commercial et de la propagande politique. Par ailleurs, nous savons depuis plus de 60 ans que la propagande d’État n’est pas réservée aux dictatures. Les démocraties pratiquent ce que Jacques Ellul appelait « la propagande de conformisation ». Dans Propagandes, en 1962, il écrivait : « Dans une démocratie, il faut associer les citoyens aux décisions de l’État. C’est là le grand rôle de la propagande. Il faut donner aux citoyens le sentiment d’avoir voulu les actes du gouvernement, d’en être responsables, d’être engagés à les défendre et à les faire réussir ». Dans le tome 1 de la Doxa du Covid, j’ai écrit un chapitre intitulé « Le viol des foules par la propagande politique » (en référence au célèbre livre de Serge Tchakhotine paru en 1939), dans lequel je détaille la propagande du gouvernement français durant la crise du Covid. Sa base fut la peur, qui permet de placer les sujets en état de suggestibilité. La dramatisation de l’épidémie s’est donc d’abord appuyée sur des chiffres prétendant compter ou prévoir le nombre de personnes qui décéderaient du Covid. Ensuite, le gouvernement a promu dans les médias une série d’« experts » venant certifier le bien-fondé de cette peur et des décisions politiques prises en son nom. On reconnaît ici la technique de propagande « blouses blanches et galons », qui consiste à « faire appel à des individus, généralement considérés comme des leaders d’opinion, disposant de par leur titre, grade ou mandat, d’une autorité sociale susceptible de bénéficier d’une crédibilité sans rapport avec leurs propos et de provoquer chez leur audience une adhésion à leurs idées, arguments ou actions », comme l’écrit Etienne Augé. De là l’omniprésence des « médecins de plateau », ces « experts » auto-proclamés venant dire la bonne parole dans les médias. La connivence avec le pouvoir est flagrante. En France Marc-Olivier Fogiel, directeur général de la chaîne de télévision d’information continue BFM-TV, avait vendu la mèche assez vite. Dans un entretien à Ouest France, le 17 mai 2020, après s’être félicité de l’audience « historique » acquise par son média dès le début de la crise, il expliquait tranquillement : « J’ai travaillé au tout début avec l’AP-HP [Assistance publique des Hôpitaux de Paris, dont la direction est politique] et avec les médecins référents du Comité scientifique [constitué par le gouvernement]. Nous avons établi une liste de médecins estampillés les meilleurs par spécialité et c’est à chaque fois vers eux qu’on s’est tourné ». Ainsi, donc, le gouvernement a donné aux médias non seulement les « bonnes informations » à relayer mais aussi les « bons experts » pour les commenter à longueur de journées. En présentant la vaccination comme la seule alternative au reconfinement, le gouvernement a également mobilisé un autre archétype de la propagande d’État qu’Augé nomme le choix truqué. Cela « consiste à proposer à un public un choix, comme s’il lui revenait de trancher et de choisir la meilleure option, tout en sachant à l’avance quel sera le résultat de cette consultation. Ainsi, le propagandiste met l’auditoire devant l’alternative entre un choix inacceptable qui sera nécessairement rejeté, et une option qui apparaîtra comme peu désirée mais inéluctable devant l’ampleur du danger qui menace. Bien entendu, la majorité, voire l’unanimité du public choisit la solution qui peut la sauver, même si elle implique des restrictions et des efforts, puisqu’elle n’a en réalité pas le choix. Ainsi, la foule a l’impression que l’on a requis son opinion et se sent impliquée dans les décisions prises par le propagandiste. [] on utilise le choix truqué principalement pour expliquer des sacrifices ou pour annoncer des mesures drastiques ».

Enfin, les gouvernements ont recouru à ce que j’appelle pour ma part la « technique de la grenouille ébouillantée » en référence à la célèbre fable. Ils ont usé et abusé de cette cynique technique de contrainte en passant leur temps à jurer que telle obligation n’arriverait jamais ou que telle catégorie de la population ne serait jamais concernée, tout en réalisant la chose petit à petit. Ainsi la vaccination fut d’abord réservée aux personnes les plus âgées et aux professionnels de soins. Ensuite, elle a été élargie progressivement aux adultes des tranches d’âge inférieures, avant de passer aux adolescents, pour finir avec les enfants, sans oublier les femmes enceintes. Mais si nos chers élus avaient annoncé dès l’été 2021 que l‘on injecterait une thérapie génique expérimentale à des enfants et des femmes enceintes, ils auraient rencontré beaucoup plus d’opposition.

Le nudge ne serait pas possible sans l’implication du « quatrième pouvoir » (les médias). Ces sources d’information, devenues des médias de masse, sont-elles plus que des instruments de communication du gouvernement ? Vous avez-vous-même été récusé dans des journaux comme Mediapart, pourtant connu pour son journalisme d’enquête…

Je ne reviendrai pas sur l’affaire Mediapart, puisque vous avez déjà eu l’élégance de me permettre de répondre aux accusations d’Edwy Plenel à mon encontre. En revanche, je vous réponds sur le journalisme de manière plus générale. En effet, tout ceci n’aurait jamais pu fonctionner sans le concours volontaire et parfois même acharné des principaux médias. Ensemble, ils ont d’abord assuré la prédominance des messages de peur et contribué à organiser une formidable « synchronisation des émotions » comme dirait Paul Virilio. Cette première étape était fondamentale car, comme disait Machiavel, « celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ». Par ailleurs, la plupart des journalistes ont fait preuve d’une connivence, d’une docilité voire d’une servilité étonnante, donnant à tous les aspects de cette propagande politique (dramatisation permanente de l’épidémie, justification d’une politique liberticide, acharnement à décrédibiliser toutes les voix dissonantes, adoubement de l’idéologie de la vaccinale intégrale) une force probablement inédite dans l’histoire des démocraties. Tous les mécanismes décrits par Noam Chomsky et Edward Herman dans La fabrique du consentement (Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, 1988) se retrouvent ainsi dans cette crise et ont été de surcroît terriblement amplifies par Internet et les réseaux sociaux. Comment le comprendre ? Le premier constat est celui de la dépendance quasi totale des journalistes envers des sources gouvernementales qui leur facilitent le travail (communiqués de presse, dépêches, dossiers documentaires, données statistiques, infographies, etc.) versus leur incapacité quasi totale à engager de véritables investigations toujours longues et coûteuses. Le second est la perte de l’indépendance financière, qui place désormais la quasi-totalité des titres de presse dans une double dépendance envers les milliardaires qui possèdent les titres et les gouvernements qui les subventionnent par ailleurs. En France, outre le maintien d’un gros ensemble de médias audiovisuels publics, l’État finance également massivement la presse privée (ce sont les « aides à la presse » publiées sur le site du ministère de la Culture), ce qui contredit le principe d’indépendance. Dans son rapport de 2013, la Cour des comptes proposait un inventaire de ces aides et attirait également l’attention sur le cas de l’Agence France Presse (AFP), énorme entreprise de fabrication d’informations à destination de la totalité des médias francophones qui a un statut juridique d’établissement public autonome et dont l’État est à la fois une des instances dirigeantes et le premier client (assurant environ 40% des recettes de l’agence). Dans cette double dépendance, les médias ont ainsi définitivement perdu toute capacité à représenter un « quatrième pouvoir » et à protéger la démocratie et les citoyens de la propagande politique. Au contraire, ils sont désormais structurellement sous influence des puissances économiques et politiques dont ils relayent de fait la vision du monde et les intérêts. Serge Halimi (Les nouveaux chiens de garde, 2005) l’a analysé depuis longtemps. Enfin, il est important d’analyser le fait que, comme pour dissimuler tous ces mécanismes de dépendance et de soumission à l’égard des puissances politiques et économiques qui les contrôlent de plus en plus, l’ensemble des médias ont inventé ces dernières années un nouveau type de rubrique, le fact checking. Ce dernier occupe une place croissante dans les rédactions et dans la production des contenus, lors même qu’il s’est rapidement détourné de ses objectifs initiaux (vérifier la crédibilité des discours des politiciens) pour devenir au contraire une caricature de conformisme et de dépendance à l’égard des sources gouvernementales faciles d’accès. Lors même qu’il se situe à l’opposé du journalisme d’investigation en permettant de s’affranchir de toute démarche d’enquête sur le terrain (les articles pouvant s’écrire entièrement depuis son bureau à l’aide d’un ordinateur et d’un téléphone), ce genre de journalisme low cost n’a pourtant pas incité les journalistes y œuvrant à un peu de modestie. Il met au contraire en scène des personnes prétendant démêler le vrai du faux sur n’importe quel sujet, avec une assurance étonnante, parfois même une arrogance confondante. Beaucoup sont devenus des sortes de policiers de la pensée unique, cherchant à exclure de l’espace légitime du débat public toutes les informations et toutes les personnes mettant en cause la « vérité officielle ». Un véritable naufrage tant intellectuel que moral.

Enfin, outre leur rachat et leur concentration dans les mains de milliardaires (comme Vincent Bolloré par exemple), et outre leur subventionnement par le gouvernement (comme en France), il faut évoquer une troisième source de perte d’indépendance des journalistes contemporains. C’est l’entrée en jeu des multinationales du numérique que sont en particulier Google et Facebook. Sous la menace d’un lourd redressement fiscal en 2012, Google a créé l’année suivante un « fonds d’aide au développement de la presse écrite », afin de « soutenir un journalisme de qualité grâce aux technologies et à l’innovation ». Ont alors fleuri sur les sites Internet des principaux médias quantités d’infographies, d’analyses de type « Big Data », ainsi que les rubriques de « fact check », traque des « fake news » et autres « sites complotistes ». Et Google n’est pas le seul géant du numérique à exercer cette sorte de police de la pensée sur Internet. Facebook le fait aussi depuis 2017, toujours par le biais de la chasse aux fake news. Huit ensembles de médias français ont ainsi signé avec cette entreprise un partenariat : les quotidiens Libération, Le Monde et 20 Minutes, l’hebdomadaire l’Express, la chaîne de télévision BFM-TV ainsi que l’AFP et le service public de l’audiovisuel.

En France, ces opérations ont été activement soutenues par l’État. Dans ses vœux à la presse, en janvier 2018, Emmanuel Macron annonçait une loi pour lutter contre la diffusion des fausses informations sur Internet en période électorale. Ce sera la loi du 22 décembre 2018 « relative à la lutte contre la manipulation de l’information », adoptée malgré l’opposition du Sénat et avec des réserves d’interprétation du Conseil constitutionnel. Cette loi, toutefois, ne concerne pas que l’information en contexte électoral. Elle organise la coopération avec les géants d’Internet (Facebook, Google, YouTube, Twitter) afin de lutter contre toute production d’informations qui serait susceptible de « troubler l’ordre public ». C’est une nouvelle forme de censure d’État qui ne dit pas son nom. Et vous savez certainement que, en France, le Parlement discute en ce moment même un projet de loi « visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires », dans lequel le gouvernement prévoyait un article 4 punissant d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende toute personne contestant publiquement la politique sanitaire décidée par le gouvernement. Cet article est totalement liberticide et il aurait été inenvisageable il y a encore quelques années. On espère qu’il sera abandonné au cours des débats parlementaires (le Sénat l’a rejeté mais l’Assemblée nationale est dominée par le pouvoir exécutif, et c’est elle qui a le dernier mot dans le processus de fabrication de la loi en France), ou bien qu’il sera censuré par le Conseil constitutionnel. Mais le fait qu’un gouvernement puisse envisager ce genre de choses sans rencontrer de levée de boucliers immédiate de la part des forces politiques, syndicales et intellectuelles, en dit long sur l’état moribond de notre démocratie.

Beaucoup se sont sentis démunis pendant la période d’application du passe sanitaire. Comment faire face demain à de nouveaux passeports du même type ?

Dans l’urgence et la contrainte, la meilleure réponse des victimes de cette nouvelle forme de discrimination est forcément la solidarité, l’entraide et la résistance active ou passive. Il y aurait de belles études à faire sur toutes les façons plus ou moins clandestines de résister à l’arbitraire, individuellement ou collectivement. Mais tout cela n’est que de la survie en milieu hostile. Le problème est à la source. C’est pourquoi j’espère et attends un sursaut démocratique. Non pas bien entendu de la très grande majorité de la population qui subit tout cela plus ou moins consciemment et qui, à part manifester dans la rue, n’a aucun moyen légal d’influer sur le cours des choses. Ni des politiciens qui nous gouvernent encore et toujours dans les logiques de conquête et d’accaparement du pouvoir décrite il y a un demi-millénaire par Machiavel (Le Prince, 1532). J’attends ce sursaut de la part de toutes les personnes qui ont un pouvoir d’action ou d’influence serait-il modeste. Je pense en particulier à ceux des intellectuels qui ont encore le sens de l’engagement collectif, aux associations de défense des droits de l’Homme, aux rares journalistes encore libres de leurs investigations et de leur plume, aux magistrats et aux autorités administratives indépendantes. Cela demande réellement du courage, car il faut dans un premier temps affronter le risque de mécontenter le pouvoir, le risque de tendre ses relations avec sa hiérarchie, le risque de voir son nom sali dans l’arène publique (médias et réseaux sociaux) et le risque d’être éventuellement ostracisé par une partie de son propre milieu professionnel. Je suis bien placé pour en parler ! La seule protection contre ces risques est l’action collective. On ne peut rien et on risque tout si l’on est seul, tandis qu’à plusieurs on est toujours plus forts. Mais les années qui viennent seront cruciales à mon avis. Si le conformisme, le chacun pour soi et la couardise l’emportent sur la nécessité de se battre pour préserver les droits et les libertés acquis dans la sueur et dans le sang par les générations qui nous ont précédées, alors c’en sera fini de la démocratie. Et ce ne seront pas d’affreux dictateurs d’extrême droite racistes et violents qui en seront la cause (c’est là un épouvantail commode qui permet à d’autres de se poser en rempart et de se faire élire ou réélire en passant au second plan l’évaluation de leur propre action politique). Ce seront des dirigeants libéraux, nationaux et européens, bien propres sur eux et affichant plein de bons sentiments, mais qui achèveront de détourner et subvertir les moyens des États et des organisations publiques internationales au profit du cartel d’intérêts privés que constitue le capitalisme financier*. Ce dernier pourra ainsi achever sa domination du monde, c’est-à-dire sa destruction progressive, puisque cette association d’intérêts privés est mue par des logiques de prédation, de marchandisation, de consommation et d’accumulation sans fin. Fernand Braudel (La dynamique du capitalisme, 1985) nous en avait prévenu : « le capitalisme ne triomphe que lorsqu’il s’identifie à l’État, qu’il est l’État ». Nous ferions bien de nous en souvenir.

* Je recommande ici la lecture du livre de Maxime Combes et Olivier Petitjean, Un pognon de dingue mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie (Don Quichotte/seuil, 2022). Ils montrent que les centaines de milliards d’euros dépensés par le gouvernement français au nom de la doctrine du « quoi qu’il en coûte » n’ont en réalité quasiment pas bénéficié aux services publics ni aux populations les plus en difficulté, mais au contraire avant tout au secteur privé, à commencer par les grands groupes déjà les plus fortunés. Ils en concluent que ce nouvel interventionnisme d’État en temps de crise ne se fait pas du tout au service de l’intérêt général. Il s’agit plutôt de « l’extension sans fin du maquis des aides aux entreprises », l’État devenant « protecteur des intérêts économiques établis, assureur en dernier recours de la rentabilité du capital, organisateur de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits ». Ils concluent à l’affirmation d’un corporate welfare, « un État-providence pour les entreprises privées ».

L’armée belge en décomposition ?

En décembre 2022, nous vous avions parlé d’une politique vaccinale quelque peu atypique au sein de l’armée belge. Un bref résumé des trois dernières années pourrait être : obligation, discrimination et surtout lâcheté. Les militaires opérationnels, c’est-à-dire des jeunes pour la plupart et en parfaite santé, ont l’obligation d’être vaccinés contre le covid-19 et d’avoir reçu un rappel récemment. Ce qui pour certains égale ou dépasse les 5 doses… Ce qui était et est toujours choquant revient à une obligation d’injection déguisée, car sans cette dernière votre carrière peut être mise entre parenthèses ou tout simplement sur une voie de garage. Pire, fin 2022, les effets secondaires, bien que déjà connus, étaient toujours niés par la doxa dominante, mais déjà anticipés par les hauts gradés et conseillers de la Défense, qui spécifiaient que les éventuels effets secondaires ne seraient pas pris en charge par la couverture médicale militaire.

Nous vous avions également tenu informés des différentes décisions liées à cette thématique, et plus spécifiquement de la prolongation de cette obligation en septembre 2023 et janvier 2024. Pour rappel, le conseil supérieur de la santé déconseillait, en juin 2023, la vaccination généralisée pour les personnes en bonne santé, d’un âge inférieur à 64 ans. Dans cet article de janvier 2024 de la revue La Sentinelle, les représentants du syndic ACMP-CGPM montent au créneau. Des dirigeants militaires et commandants d’unités s’étonnent de cette stratégie vaccinale jusqu’au-boutiste, sans aucune corrélation avec la situation actuelle, et surtout en opposition totale avec la littérature scientifique. Cette même littérature scientifique est utilisée, à tort, par le commandant de la section médicale afin de justifier une politique vaccinale. Espérons, plus par bêtise que par conflit d’intérêt.

Il n’est pas étonnant que ce choix idéologique n’ait pas fait l’objet de réunion d’information, par peur de questionnement ou de discussion. Il s’agit bel et bien d’un ordre direct déguisé, « circulez il n’y a rien à discuter ». Le syndicat nous informe que, malgré les courriers et lettres d’interpellation, le commandement fait profil bas, espérant que les doutes se dissipent. Nous ne pouvons que compter sur le courage des intéressés qui n’ont pas signé pour un asservissement décérébré, mais bien pour la défense d’un peuple. Le miroir masquant la réalité se fissure même pour les convaincus d’hier, il est rassurant de lire ceci : « Et entre-temps, nous avons l’impression que les autorités politiques et militaires se fichent totalement des effets du vaccin sur la santé des militaires ». L’aspect humain passé, le coût d’une telle politique se pose, sachant les problèmes financiers de la défense.

Demandez à vos frères, amies, connaissances si nos militaires ne pâtissent pas d’un manque de matériel, de bâtiments vétustes ou du recours au système D afin d’assurer leur mission. Notre armée dépense 1,5 fois plus que le Danemark pour un résultat moindre. Je vous laisse parcourir l’article de la même revue datant de novembre 2023, qui fait état d’une culture de la corruption. Vous avez bien entendu, nous sommes connus à l’international pour notre folklore, nos bières, nos frites et d’un point de vue militaire, pour notre culture de la corruption. Frank Vandenbroucke peut dès lors être fier de sa notoriété dépassant les frontières de notre plat et beau pays, où ses actions passées ont été érigées en culture qu’il ensemence de ministère en ministère.

« Le gouvernement belge semble persister dans son habitude d’acquérir des équipements non pas en fonction de leur qualité, mais plutôt satisfaire des pays voisins ou pour s’assurer des faveurs politiques ». J’aurai pu l’écrire… Armes non utilisables, blindés rendus inutilisables pour des militaires de plus de 1,70 m, abandon de canons après modernisation, achat massif d’avions gros porteurs servant à projeter du matériel et des troupes dans de lointaines contrées, alors qu’ils sont nécessaires en Europe. L’armée se projette dans les étoiles en allouant 100 millions d’euros pour la sélection d’un astronaute belge. Elle participe au programme français de Dassault, tout en commandant des F35 américains, et j’en passe. Bienvenue pour votre séjour en absurdie !

L’armée n’existe plus que par son nom et ne tient debout que par ses membres qui portent leurs fonctions à bout de bras. Que vous soyez pacifistes ou guerriers, « si vis pacem, para bellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre » en français). Je ne crois pas en une éventuelle guerre si ce n’est peut-être celle de nos « élites », qu’il faut à tout prix laisser se faire entre elles, mais sans nous. Nous devrions simplement exiger un corps régalien bien géré et fonctionnel, juste au cas où. Il est toujours temps de faire bloc, citoyen comme militaire, afin de préserver le corps et l’esprit qui se cachent derrière le treillis. Ces derniers seraient dès lors reconnaissants envers le peuple qui ne les aurait pas laissé tomber et redeviendraient les gardiens de notre nouvelle société « à construire ».

Jérôme Delforge

PS : Les citations de ce texte proviennent des articles ci-dessous.

[SÉRIE] BELGIQUE: TERRE MAFIEUSE – L’affaire DELWART

L’affaire Valentine DELWART: l’échevine des finances de Uccle, qui « ne savait pas » d’où provenaient les 100 000 € qu’elle touchait chaque année.

En collaboration avec TransparenciaBE https://transparencia.be/

(1ère partie)

[INTERVIEW] Policier pour la vérité

Si les expériences avec ceux qu’on appelle « les forces de l’ordre » sont loin de laisser toujours de bons souvenirs (et chez Kairos, on est bien placé pour le savoir…), il est utile de sortir du manichéisme et d’écouter les policiers qui, comme les soignants, enseignants, pompiers, paysans… refusent le monde qu’une élite leur impose.

Site internet de Police pour la Vérité.

[INTERVIEW] Pierre CHAILLOT – Mortalité et vaccination

Mortalité et vaccination: ce que révèlent les chiffres.

Avec Pierre CHAILLOT, ancien statisticien à l’INSEE.

[INTERVIEW] Verlaine URBAIN – Dangers dans la protection de l’enfance

Verlaine URBAIN: coordinateur chez « Innocence en DANGER »

Dans les méandres institutionnels de l’aide à l’enfance, on retrouve l’absurde bureaucratique qui caractérise la Belgique et nos contrées « modernes » de façon générale. Verlaine Urbain, de Innocence en Danger, nous en parle. Restez là, il y a à voir.

Introduction d’Alexandre PENASSE à la table ronde DÉMOCRATIE*

Les conférences

Si nous sommes réunis ici aujourd’hui, c’est que la politique, au sens noble du terme, celui de l’organisation de la cité, donc de nos vies, nous intéresse. Pourtant, nos vies sont la plupart du temps régentées par d’autres, qu’on élit et à qui l’on délègue le soin de décider pour nous, troquant pour un confort illusoire notre liberté. Ce sont eux qui décident des médias qu’ils subventionnent, qui « aménagent » le territoire, préconisent un type d’énergie plutôt qu’un autre, usent de l’argent public pour envoyer des armes en Ukraine, confinent une population entière, ou imposent une injection expérimentale comme seule et unique remède. Au delà de tout soupçon.

S’ils ne jouissaient pas du monopole de la représentation du réel, c’est-à-dire s’ils ne possédaient pas les médias qui leur permettent de nommer et montrer ce qui leur convient, et d’occulter tout le reste, ce ne serait pas grave, au fond, ils vivraient à côté avec d’autres médias qui contrebalanceraient leurs visions, générant par cette forme de coexistence pacifique l’indispensable débat. Mais le problème est qu’ils ont l’exclusivité de ce qui est pour eux La Vérité, nous indiquant en filigrane en être les seuls et justes dépositaires. Ils sont de vrais dieux qui disent ce qu’ils ne font pas et font ce qu’ils ne disent pas : ils promeuvent la liberté d’expression, mais bannissent le débat ; prônent le changement, mais dans la continuité ; évoquent interminablement la paix mais provoquent sans cesse la guerre ; prône l’égalité, la justice, l’équité, mais mettent en place les structures qui nourrissent les hiérarchies, l’injustice, l’iniquité.

Et pour créer l’illusion du débat, de l’échange, de cette confrontation d’idées d’où la vérité émergerait, ils nous illusionnent de leur différence qui ne serait que fonction de leurs positions respectives sur l’axe gauche-droite. Si cette fausse distinction occulte parfaitement leurs positions communes dans les grandes lignes (presse, processus électif), elle ne nous dupe toutefois pas sur la plus ou moins égale répartition en termes de scandales, à gauche ou à droite du centre. Dans ce domaine, ils sont tous, peu ou prou, égaux.

Kazkghate, Samu social, Nethys, Maroc-gate déguisé en Quatargate, les travaux du parlement wallon passant de 17 millions à 46, le tunnel de 20 mètres pour relier ce même Parlement au parking, pour la modique somme de 700.000 euros, les indécentes indemnités parlementaires, tous les Papers : Panamapapers, PandoraPapers, ParadisePapers, et puis Cambridge analytica…

Les médias aux ordres adorent les scoop, les révélations explosives, mais laissent crever dans une prison le journaliste qui a contribué à lever le secret sur ces pratiques nauséabondes et qui a permis que s’écrivent leurs articles édulcorés. Julian Assange. Leur silence est ignoble et, parfois, même s’ils en parlent, c’est pour mieux faire de l’homme une icône éthérée leur permettant d’oublier cette omniprésence idéologique où leur censure réflexe se vit comme liberté. Julian comme nouvel symbole de l’omerta. C’est un comble. Mais nous n’en sommes plus à un paradoxe.

Tout va bien. Ne trouvez-vous pas ? Les présidents de partis, récemment, discutent de la façon dont ils peuvent lutter contre l’extrême droite, mais pas contre la corruption. Évidemment, ils ne vont pas cracher dans la soupe, ils en sont les principaux acteurs, et donc profiteurs. Ah, l’épouvantail de l’extrême droite, qui permet de ne pas parler de ce que le philosophe Alain Deneault nommait l’extrême centre. Je le cite :

« On a associé à tort l’extrémisme en politique à la position du curseur sur l’axe gauche-droite. Alors que l’extrémisme, au sens moral, renvoie beaucoup plus à une attitude qui consiste à être intolérant à ce qui n’est pas soi. L’extrême centre consiste à être intolérant envers tout ce qui ne s’insère pas dans ce paramétrage finalement très étroit de l’ordre du jour du programme oligarchique. C’est un centre qui a peu à voir avec l’axe politique gauche-droite, dans le sens où c’est un centre qui vise moins à se situer sur cet axe qu’à l’abolir, et à présenter une vision des choses comme étant la seule valable. L’extrême centre c’est donc ne tolérer rien d’autre que ce discours-là. Pourquoi le centre ? Parce qu’il ne va pas se présenter comme étant radical, destructeur, impérialiste, violent par bien des aspects, mais se présentant au contraire comme pondéré, pragmatique, comme étant normal, vrai, juste, équilibré, comme étant raisonnable, rationnel ».

C’est donc cette extrême centre qui favorise la destruction du social, de l’individu et de la nature. Elles qui privilégient les paradis fiscaux alors que la misère indécente ne cesse de croître, s’assurant dans un même temps que le mobilier public découragera les sans domicile et tous ceux qui rejoignent chaque jour la cohorte, de pouvoir dormir sur un banc qui diminuera peut-être la probabilité qu’ils succombent à leur nuit.

C’est cette politique mafieuse qui vit en all-inclusif sur le dos du contribuable et augmente les effectifs des forces de l’ordre pour réprimer la délinquance que cette même misère génère indubitablement, elle qui demande l’exécution systématique des peines d’une durée comprise entre 6 mois et 2 ans, alors que cela faisait plus de 50 ans que cela ne se faisait plus. La même année, le Tribunal de première instance de Liège retenait la responsabilité de l’État belge dans la surpopulation existant au sein de l’établissement pénitentiaire de Lantin et le condamnait à adopter des mesures appropriées permettant de lutter efficacement contre cette surpopulation carcérale.

Dans cette logique du chaos qui l’anime, elle construit donc des prisons ultra-modernes dans un des derniers écrins de verdure de Bruxelles, à Haren, en collaboration avec un consortium privé, pour y placer les détenus que ses politiques généreront.

C’est elle qui impose le numerus-clausus qui crée les pénuries de médecins généralistes, tout en diminuant le nombre de lits dans les hôpitaux, revenant pourtant chaque année avec ses marronniers sur la saturation hospitalière, mettant en place des Partenariats-Publics-Privés entre universités et multinationales des high-tech et de la pharmacie.

C’est cette politique qui fait semblant d’écouter les paysans, les étouffant sous les aides européennes qui en font de nouveaux serfs, modernes. Le seigneur, désormais estampillé EU. Cette dernière qui leur crache à la figure le jour où ils sont là, des centaines de tracteurs envahissant les rues de Bruxelles, bien rangés dans les espaces où les forces de l’ordre les avaient confinés, délaissant leurs champs pour le bitume, pour leur annoncer qu’ils ne peuvent rien pour eux, alors qu’ils peuvent pour l’Ukraine, libérant 50 milliards en quelques heures. Circulez, au-delà de leur décadence, qui nous emporte, il n’y a rien à voir. Et les syndicats, par leur soumission abjecte, leurs feintes de pouvoir négocier, font partie du problème.

La caste politique, rarement perquisitionnée, révèle, quand elle l’est, 280.000 euros en petite coupure dans ses appartements ; l’Arena n’a rien d’ouverte. Pas grave, personne ne moufte, alors que le clodo volant un sandwich se prendra une condamnation. Exemplaire, n’est-ce pas ?

C’est cette politique aussi qui nous prive de l’aide à la presse périodique parce que nous n’avons pas dit ce qu’elle voulait entendre. Et elle le fait en se servant des institutions censées défendre les journalistes, mais qui ne sont au fait que des ministères de la vérité, constituées des médias de masse, œuvrant à leur propre pérennité, organes officiels censurant tout ceux qui s’opposent à leur propagande guerrière. Agences de com’ des gouvernements, ces médias sont des outils de fabrication du consentement, propriété des partis politiques, à l’instar de la RTBF, financée par nos impôts, ou d’autres appartenant à des grands groupes industriels : IPM, Roularta, Rossel…

Ce sont ces médias qui décident unilatéralement ce qu’est ou pas une Fake News, allant jusqu’à porter plainte contre des citoyens qui osent remettre leur plein-pouvoir de définition du réel.

Enfin, me suis-je dit, je me suis trompé. Car j’ai découvert les slogans des partis du pouvoir en 2024, et réalisé que par rapport à 2019, tout avait changé !

Slogans 2024

  • Les Engagés nous proposent un programme 2024 intitulé « Le courage de changer », « Parce que s’indigner ne suffit plus et qu’un sursaut de conscience est nécessaire, Ensemble dessinons les contours d’une nouvelle ambition ».
  • Ecolo : « Choisir l’avenir (plus vert, plus juste) ».
  • PS : « Rejoignez le combat »
  • « MR, L’avenir s’éclaire »
  • PTB, « Le choix de la rupture »
  • Défi, « Toujours plus juste ». « DéFI, c’est le courage et la nuance. Nous voulons un État démocratique plus responsable, plus efficace, mais surtout, au service des citoyens (…) Ceux qui sont fatigués par la politique traditionnelle trouveront chez DéFI une alternative responsable et pragmatique. »

Vous voulez savoir quels slogans ils avaient en 2019 ?:

2019 :

CDH : « Autrement, maintenant! »

Ecolo : « Au cœur du changement »

PS : « Protéger, Reconstruire, Vivre mieux »

MR :  « Avec le MR, c’est possible ! »

PTB : « Un programme social, c’est vraiment phénoménal ».

Défi : « Clairement plus juste »

Entre 2019 et 2024, après 2024, ils ont oublié qu’ils avaient fait des victimes, ils ont oublié la déliquescence du monde à laquelle ils avaient participé.

En 2024 justement, un sondage montre que 81 % des gens n’ont plus confiance dans les femmes et hommes politiques, 78 % n’ont plus confiance dans les institutions.

Le fait est : nous sommes perdus. Notamment pour une raison : nous attendons tout d’eux, alors que la solution est sans doute en nous et contre l’organisation délétère de nos vies qu’ils mènent.

  • La table de mixage utilisée lors de ce discours ne permit malheureusement pas d’entendre les retours du public, nombreux. Cela manque de rire, imaginez-les.

[CONFÉRENCE] Élections 2024: continuité CHAOTIQUE ou changement?

Juin 2024 sera à nouveau présenté par les médias du pouvoir comme le momentum, celui où tout arrivera.
Ils vont nous jouer la même musique.
Or, pourquoi cela changerait-il? Les cabinets de conseil ayant colonisé les cabinets ministériels, les intérêt privés ayant supplanté le bien commun depuis longtemps.
C’est le moment d’y réfléchir.

  • Table ronde – Agriculture
  • Table ronde – Éducation (les orateurs ont souhaité ne pas être filmés)
  • Table ronde – Médias
  • Introduction d’Alexandre PENASSE à la table ronde « Démocratie »
  • Table ronde – Démocratie

Concert du pianiste Fabrice Eulry

Le mardi 16 avril à 20h

Le pianiste virtuose, Fabrice Eulry donnera un concert exceptionnel.

Dans la salle de concert du Conservatoire de Bruxelles.

(Rue du la Régence 30, 1000 Bruxelles)
Ouverture des portes à 19h00

⚠️ L’artiste a souhaité que les bénéfices de
ce concert soient intégralement reversés à notre A.S.B.L. Kaᴉros.  ❤️


Venez soutenir la liberté d’expression tout en profitant d’un événement musical de qualité !

Les réservations se font via Ticketmaster en suivant ce lien

Musicien « tous terrains », il s’intéresse autant à Elvis Presley et Ray Charles qu’à la musique baroque (Bach), classique et romantique russe (Tchaïkovski), allemande (BeethovenMahler) et française (Berlioz), l’opéra, le jazz de style Nouvelle-Orleans, la musique monodique orientale, l’accordéon et la chanson française, et avant tout au boogie, auquel il voue une passion de toujours. Il revendique les influences de George Gershwin, Errol Garner, Earl Hines, Pete Johnson, Jelly Roll Morton, Teddy Wilson, autrement dit les grands représentants du piano jazz originel (1920–1940).


Lien vers la vidéo d’annonce du concert

Depuis 1981, il s’est produit 4.500 fois dans 24 pays, sur 4 continents, et a enregistré 30 disques et 5 DVD. Il a également effectué un véritable marathon en jouant 24 heures d’affilée du 19 au 20 novembre 2005. La liste de ses partenaires est longue. Citons les rocker Iggy Pop et Joël Daydé, les chanteuses Nancy Holloway, Catherine Ringer et Bonnie Tyler, les jazz(wo)men Cynthia Sayer, Marc Laferrière, Christian Morin, André Villeger, Sidney Bechet junior, Michel Pastre, Claude Bolling, Big Jay McNeely, Al Casey, Maxime Saury, et ses pairs pianistes Renaud Patigny, Elizabeth Sombart et Axel Zwingenberger. Il a été invité à la télévision, souvent en France, ainsi qu’au Liban et en Tunisie. 

Avec son énergie contagieuse, sa joie rayonnante et sa stupéfiante technique de jeu, Fabrice Eulry nous entraînera dans un répertoire éclectique allant de Jean-Sébastien Bach à Ray Charles, où l’improvisation tient une grande place. Pas besoin de contrebassiste ni de batteur, ce pianiste est un tempo à lui seul ! Un enchantement en perspective avec ce « Chopin du boogie-woogie », comme l’a écrit Le Figaro.

Les réservations se font via Ticketmaster en suivant ce lien

Dans sa grande générosité, Monsieur Fabrice Eulry a souhaité que les bénéfices sur les ventes de billets soient reversés à notre A.S.B.L. Kaᴉros.
Qu’il en soit grandement remercié. ❤️ 

[SÉRIE] CHRONIQUES DU DONBASS #14

Avec Erwan Castel, ancien officier français du Renseignement aéroporté, a quitté la Guyane où il vivait depuis 14 ans, guide dans la forêt amazonienne, pour rejoindre le Donbass en 2015, sûr que quelque chose d’historique s’y jouait.

Au cœur de la guerre, Kairos réalisera avec lui des chroniques régulières pour nous informer de l’état du front. Refusant le manichéisme propre à tuer la capacité de penser, Erwan Castel souhaite offrir aux gens les connaissances qui leur permettront de se forger un esprit critique et penser librement.

Samedi 16 mars, journée exceptionnelle!

Samedi 16 mars, journée exceptionnelle!

Vous pouvez venir sans réservation et payer sur place. Il y aura à boire et à manger.


Rendez-vous à partir de 13h à l’Espace Lumen (Chaussée de Boondael 36, 1050 Ixelles) pour une journée de réflexion. Venez nombreux!

[CONFÉRENCE] Élections 2024: continuité CHAOTIQUE ou changement?

NE RÉSERVEZ PLUS EN LIGNE, PAIEMENT SUR PLACE

NE RÉSERVEZ PLUS EN LIGNE, PAIEMENT SUR PLACE.

Juin 2024 sera à nouveau présenté par les médias du pouvoir comme le momentum, celui où tout arrivera.
Ils vont nous jouer la même musique.
Or, pourquoi cela changerait-il? Les cabinets de conseil ayant colonisé les cabinets ministériels, les intérêt privés ayant supplanté le bien commun depuis longtemps.
C’est le moment d’y réfléchir.

Avec notamment:

  • Étienne Chouard (chercheur indépendant en sciences politiques)
  • Jean-François Gava (philosophe, Université de Mons)
  • Claude Archer (Transparencia.be)
  • Marc Moustacakis (Oval Media)
  • Marion Feledziak (enseignante dans le supérieur)
  • Michel Bureau (docteur en médecine et diplômé en philosophie)
  • Simon Chavée (ingénieur agronome)
  • … et encore plein d’autres, la liste complète sera publiée prochainement.