Jusqu'à quand? L'ambassade d'Ukraine (re)demande l'annulation de notre film dans la région liégeoise, à la ferme du Marly.
Combien de temps allons-nous encore accepter...
Quatre ans après l’agression dont il été victime en tant que journaliste, Alexandre Penasse attend toujours justice.
https://youtu.be/LEQfxPuCoSw
Un journaliste agressé, un policier identifié, une justice...
Ce sont deux concepts déviants sont ultra présents, malheureusement, chez nos « élites mondiales » qui, grâce à leur fortune, restent souvent intouchables. Avec...
C’était le 29 janvier 2023, j’ouvrais ma boîte mail et trouvais un message de Christine Cotton:
“Bonjour Alexandre, Serait-il possible de planifier une interview ensemble,...
Les temps sont troubles, incertains. Si l’époque est lourdement porteuse d’angoisse, elle demeure toutefois passionnante. Quels sont les scénarios pour le futur? Va-t-on devoir atteindre le fond pour rebondir? Quid des élections américaines et du changement qu’elles pourraient apporter? Les BRICS? L’avenir de la monnaie… toutes des questions, et bien d’autres, que nous discuterons avec Marc Luyckx.
Visionnez nos dernières interviews avec Marc Luyckx:
Comme s’il fallait toujours trouver une « case » dans laquelle Kairos devait entrer, la question « quel genre de journal est Kairos » trouvait chez moi souvent la même réponse, un peu confuse : « C’est un journal sans publicités, libre, qui traite de divers sujets : politique, géopolitique, philosophie, sociologie, écologie… ». J’ai plus tard réduit ma définition, considérant que le fondement de notre média était d’être en adéquation avec la Charte de Munich sur les droits et les devoirs des journalistes, particulièrement l’un des ses droits : « Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité ». … la suite ici: https://www.new.kairospresse.be/journal/kairos-65/
Depuis 12 ans, Kairos se bat pour la liberté de la presse et le droit du public de connaître la vérité. Nous vous expliquons ici la naissance de Kairos, notre éternel combat pour continuer alors que le pouvoir politico-médiatique s’emploie, de façon ignoble et antidémocratique, à nous faire taire. Bon signe toutefois: c’est que nous visons juste!
En 2004, Xavier Magnée prend la défense de Marc Dutroux lors du procès d’Arlon. Outre que certains ne lui pardonneront pas d’avoir pris la défense du « monstre », Maître Magnée découvre les tentatives réussies pour étouffer tout ce qui n’irait pas dans le sens de « Dutroux le pervers isolé« . Si l’impression de n’avoir servi à rien demeure, Maître Magnée ne désespère pas qu’un jour toutefois la vérité se fasse. Une interview exclusive, alors qu’en 20 ans aucun média n’a jamais accordé à l’homme autant de temps pour s’exprimer, librement.
Alors que les jeunes de 16 ans pouvaient cette année voter aux élections européennes, à Bruxelles des bureaux de vote ont donné des cartes adulte aux jeunes… et donc les cartes étant comptées, des cartes jeunes aux adultes. Résultat: au moins 3400 votes à invalider. Mais aucun parti ne semble s’en plaindre…
9 juillet 2024. Le EPP de Ursula Von Der Leyen s’est enfin présenté devant la Justice. Il semblerait qu’ils ne savent pas qui est cette fameuse Ursula.
Christian Perronne était de passage à Bruxelles pour la promotion de son dernier ouvrage: «Le réveil 4 ans après». L’occasion de revenir sur ces années qui ont permis à cet infectiologue, comme à beaucoup d’autres, de découvrir le spectacle derrière le rideau.
4 juillet, le EEP de Ursula Von Der Leyen ne s’est à nouveau pas présenté devant la justice. La police, par contre, veillait, nous empêchant de faire notre travail.
Ursula et le EPP ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas, un huissier s’étant rendu au siège du parti européen pour déposer un avis de convocation devant le tribunal pour le 9 juillet.
En France, nos amis de France-Soir révèlent le combat de citoyens contre l’installation illégale de grandes surfaces dans l’hexagone*. Des milliards que des ministres de l’économie n’ont pas réclamés. Et ils ont gagné. Comme quoi, la victoire de David contre Goliath est encore possible.
Romain Pauc, pour France-Soir
Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, condamné après une plainte de l’association En Toute Franchise. F. Froger / Z9, pour France-Soir
AFFAIRE DES SURFACES ILLICITES – C’est une nouvelle victoire pour l’association En Toute Franchise : « Le ministre de l’Économie est condamné puisque l’on a fait le travail à sa place », se félicite Martine Donnette, sa présidente, suite à la décision de justice du tribunal administratif. Depuis décembre 2023, avec Claude Diot, trésorier de l’association, ils ont réussi à faire condamner plusieurs préfets ayant laissé s’installer des grandes surfaces de manière frauduleuses, comme les magasins Babou, Grand Frais ou Marie Blachère. Le contrôle des préfets à ce sujet est de la responsabilité du ministère de l’Économie qui n’a pas entamé les « poursuites juridiques nécessaires de ces fraudes » selon l’association, qui obtient par cette décision la possibilité de saisir directement ce tribunal, à l’avenir, « à chaque fois que l’association demandera que des surfaces illicites soient fermées et que le préfet n’agit pas ».
Par ce biais, le tribunal administratif, reconnaît la crédibilité de l’association pour poursuivre ces actions : « Les carences des services de l’État ont porté atteinte à la crédibilité des actions de l’association », peut-on lire sur la décision de justice. Pour rappel, En Toute Franchise dénonce des affaires par lesquelles les grandes surfaces s’installent illégalement avec « la complicité des élus et de l’État » (voir le livre 418 milliards) : « On espère toujours qu’ils soient condamnés pour faute lourde, car ce sont eux les complices, » affirme Martine Donnette.
Par cette décision, Bruno Le Maire est également condamné à verser des indemnités. Claude Diot regrette que malgré les condamnations, les obligations de fermeture de ces enseignes ne soient pas encore appliquées : « Babou et Grand Frais sont toujours ouverts, bien que le tribunal administratif ait fait condamner le préfet pour l’obliger à demander la fermeture de ces magasins. Moralité, on peut se demander où est l’Etat de droit. »
Le ministre de l’Economie n’a pas encore demandé à faire appel de cette décision, qui reconnaît la complicité de l’Etat avec les grands groupes de distributions. S’il venait à demander un second acte juridique, Bruno Le Maire pourrait s’exposer à une faute lourde de l’Etat : « Si le ministre fait appel, on a les pièces pour prouver la faute lourde, » concluent Martine Donnette et Claude Diot.
Au vu de la situation présente, j’estime que nous sommes dans une situation totalement surréaliste. Nous le savons depuis l’opération Covid, nous avons en face de nous des gens parfaitement déterminés et prêts à tout. La caste politique est très bien organisée, contrairement même à certaines apparences qui nous laisseraient penser à de la désinvolture ou de la bêtise. Cela peut être considéré comme un piège subtil parfaitement mis au point par une ingénierie sociale très raffinée. Mais vous allez vite vous rendre compte que le monde politique est totalement clos et hermétique à toute réforme du système. Oui, les portes sont closes. Il faut s’en rendre compte, nous avons véritablement à faire à une mafia, et j’ai rarement vu une mafia accepter de partager un territoire, aussi petit qu’il soit, et une part de son butin.
En Belgique, quel que soit le niveau de pouvoir, fédéral ou régional, les rares intrus qui ont réussi à se glisser dans les arènes parlementaires ont vite déchanté, leur possibilité d’action étant réduite à sa plus simple expression. La censure des médias à leur encontre est totale et leur visibilité est nulle. Ainsi, pour relayer une opinion différente de la norme, mission principale qui incombe à un mandataire d’opposition, la tâche s’avère donc très pénible. En outre, je voudrais vous rendre attentifs au fait que les élections auxquelles la population est généralement conviée représentent le renouvellement du pouvoir législatif. Or, la réalité de ce dernier, son réel pouvoir d’action, est désormais réduit à la portion congrue. Dès lors, il est nécessaire de relativiser les choses. Le renouvellement des assemblées n’a guère d’impact sur la conduite des affaires de l’État. Le réel pouvoir ne se situe plus dans les travées de ces assemblées tant fédérales que régionales. Même l’exécutif, nos gouvernements donc, voit son pouvoir de décision détourné, dans les faits. Les décisions sont prises à l’abri dans d’autres cénacles. J’en veux pour preuve l’aveu de la députée et ancienne ministre Catherine Fonck (ex-CDH, aujourd’hui les Engagés). Dans une interview récente, elle explique sa décision de ne plus se représenter, en raison d’une forme de dégoût, et avoue que la politique belge se décide entre une petite vingtaine de personnes se trouvant dans les staffs ou le top management des partis traditionnels. Une petit nombre de personnes qui décident de tout, hors assemblée. Qui plus est, ces décideurs nationaux ne sont en fait que les relais d’instances supérieures internationales. Ce ne sont que les gérants de franchises locales, de filiales de puissances principalement économiques et financières. Même à l’échelon européen, otanesque voire onusien, ces instances sont occupées par des représentants, des fondés de pouvoir, des fonctionnaires subalternes qui appliquent les décisions et vont dans le sens désirés par les réels décideurs, qui se retrouvent dans les mondes économique et financier. Le pouvoir politique tient dans la main du pouvoir économique.
Ce paysage politique que je dépeins là nous oblige à relativiser les enjeux de ces élections. Par conséquent, je suis sidéré par votre réaction face à ces élections. Vous avez été attirés par celles-ci comme des papillons par la lumière. Par conséquent, vos disputes, vos chamailleries s’avèrent ridicules et totalement déplacées. Encore une fois, les egos surdimensionnés ont prévalu. Je n’ose imaginer quelles sont les ambitions intimes auxquelles certains d’entre vous ont sans doute rêvé. L’attrayant salaire de 6.000€ d’un député, la gloriole de pouvoir monter aux perchoirs pour poser sa petite question à la caste politicienne. Tout cela relève d’une extrême puérilité et de fantasmes dont je ne souhaite pas connaître les sous-jacents psychologiques. Résultat des courses, les résistants, les révoltés, les indignés partent au combat en ordre dispersé. Triste spectacle dont la caste doit certainement se gausser. Pour des enjeux, nous l’avons vu, somme toute modestes, vous n’avez pas pu vous entendre et vous réunir sous la même liste. Division des listes, donc division des voix. Puisque vous vous retrouvez face à un même électorat. Autant dire que dimanche soir, les voix de ces électeurs ont été dispersées à la façon d’un puzzle. Avec pour conséquence logique et mathématique de n’avoir aucun élu pour la résistance. Bravo les gars ! Je trouve cela très regrettable de ne pas avoir pu vous entendre, ne fût-ce que sur un programme minimum, dans le cadre d’un cartel par exemple. Alors que, je le répète, les enjeux étaient modestes et ne devaient pas entraîner de bouleversement majeur dans le paysage politique belge francophone. Unis, vous auriez peut-être même pu récolter les 5.000 signatures nécessaires pour présenter une liste européenne.
Dès lors, je vous interroge. Qu’allez-vous faire le lundi matin, après la « gueule de bois » du dimanche soir, lorsque vous découvrirez vos résultats à la télévision ? Ne serait-ce pas le temps de se réveiller ? D’abandonner vos rêves illusoires et de revenir à la réalité ? Ne serait-il pas temps de ravaler sa fierté et de se réunir autour d’une table ? Pour quoi faire ? Peut-être pour discuter des véritables enjeux, c’est-à-dire là où les citoyens peuvent réellement marquer leurs empreintes et créer un réel rapport de forces. Je le répète, le système politique vit en vase clos. On ne pourra pas le changer de l’intérieur. Je le redis, c’est le pouvoir économique qui domine le politique, qui le chapeaute. Mais ce pouvoir, aussi puissant qu’il soit, a aussi un talon d’Achille, et nous pouvons appuyer, en tant que citoyens, là où ça fait mal. Ce pouvoir économique, aussi puissant qu’il soit, notamment en matière de poids financier, reste affaire d’entreprises. Les BlackRock, les Vanguard, les J. P. Morgan, aussi énormes qu’elles soient, restent des entreprises qui dépendent de leur chiffre d’affaires. Si, tout à coup, les citoyens du monde entier décidaient de ne plus boire de coca, Coca-Cola serait dans le rouge et en grande difficulté. C’est leur talon d’Achille. Là se trouve le levier.
En même temps, je l’ai évoqué personnellement dans plusieurs émissions économiques chez Kairos, nous assistons actuellement à une guerre économique sans précédent. Nos PME, nos petites entreprises en prennent plein la gueule. Il faut voir le nombre de faillites. Nous vivons un phénomène de concentration majeur. Les grands groupes, les multinationales, les fonds spéculatifs détruisent notre tissu socio-économique. Avec l’aide des instances internationales non élues, comme la Commission européenne, qui ne sont rien d’autre que des relais de ces puissances financières. Par nos choix de consommation, par notre action sur le plan local, notamment communal, nous pouvons agir. Nous pouvons aussi agir en mettant en place une contre-société plus humaine, plus respectueuse, plus confraternelle. Ouvrir des coopératives, des écoles alternatives, soutenir une agriculture différente, défendre une alternative médicale plus holistique. Tout cela, mes chers amis, c’est aussi faire de la politique et c’est peut-être plus efficace encore que de se présenter aux élections et (a)voir sa bouille sur des affiches collées sur des panneaux. Vous voyez, il y a du pain sur la planche. C’est en se réappropriant l’économique que l’on peut aboutir à réenchanter le politique. C’est comme cela que nous avons les moyens réels de faire bouger les choses. Et rien ne nous empêche, le soir ou le week-end, après avoir fait tourner les coopératives et les projets alternatifs, de se réunir à nouveau pour ébaucher un nouveau modèle politique pour demain. Dans le cadre notamment d’un atelier constituant, à l’instar de ce que prône l’infatigable militant qu’est Étienne Chouard ou la remarquable juriste qu’est Valérie Bugault.
Les guillemets encadrent le «libre» derrière le nom de Julian Assange dans les articles de ce matin, car il ne comparaîtra que demain mercredi 26 devant un tribunal américain. Si c’est une victoire pour l’homme, qui sort enfin d’un calvaire interminable, ça ne semble pas l’être pour la justice, la vérité et la liberté de la presse…
» Il ne peut pas y avoir de gaz dans ce gazoduc », a souligné Anna Lena Baerbock, la ministre allemande des Affaires étrangères lors d’une interview en juin 2021. Après de multiples spéculations sur ce qui s’est passé avec les gazoducs Nord Stream en 2022, un article d’investigation écrit en septembre 2023 par George Elaison a révélé qu’il pourrait y avoir plus qu’il n’y paraît.
Selon des articles de Jeffrey Brodsky, contrairement à l’opinion publique, les preuves acquises ont montré qu’environ 8 kilos d’explosifs étaient suffisants pour saboter les gazoducs. En outre, l’analyse avance que les Verts allemands sont à l’origine des bombes du Nord Stream.
Pour étayer cette affirmation, des échanges avec des experts militaires, dont la DEVGRU et la force Delta de l’armée, ont révélé que les plongeurs qui ont effectué le « sabotage » étaient formés pour faire le travail, mais qu’ils manquaient d’expérience et qu’ils ont commis des erreurs de niveau débutant.
L’article de 2023 montre toutefois que, bien que les plongeurs ukrainiens aient été initialement formés, ils ne peuvent pas avoir été au cœur de l’attaque, car il ajoute que les plongeurs ukrainiens ne sont allés sous l’eau que « sur le papier ».
Cette révélation rejoint les avis de DEVGRU et Delta Force ainsi que d’autres experts interrogés par Jeff Brodsky concernant le manque d’expérience pratique des plongeurs ukrainiens.
Il convient de mentionner que l’Allemagne avait commencé à travailler avec l’Ukraine en 2020 pour faire de l’Ukraine un centre d’énergie verte pour l’Europe. Une chose en entraînant une autre, le 5 septembre 2022, le président ukrainien Zelensky a indiqué à quoi ressemblerait un monde post-Nord Stream, assurant l’Europe que l’Ukraine prendrait le relais en matière de production et de livraison d’énergie.
Après l’entretien avec Baerbock lors de la conférence YES (Yalta European Strategy) à Kiev, l’Allemagne a commencé à mettre son plan en œuvre. Cette situation est apparue clairement lors du déplacement de troupes, de navires et de moyens de l’armée de l’air vers l’Estonie pour Baltic Tiger 2022. Suite à cela, l’exercice d’entraînement bilatéral a été planifié pour seulement deux mois avant l’action.
Le 26 septembre 2022, les attentats à la bombe pour le sabotage de Nord Stream ont été enregistrés, et le rapport établit un lien avec une opération spéciale de formation de plongeurs ukrainiens.
*Article résumé d’une version longue en anglais, de George Eliason:
Le 13 décembre 2021 le groupe la « ré(love)ution » du salon s’est créé suite à l’incitation à la haine propagée par tous les médias « 70% des Belges veulent des mesures plus strictes contre les non vaccinés », sondage totalement faux condamné au CDJ. Ils ont alors décidé de s’unir via les réseaux sociaux afin de diffuser chaque jour un message commun. Cette action leur a valu d’être auditionné par la Police en juin 2022… Les voici aujourd’hui devant les tribunaux.
Dans le cadre de la campagne électorale en cours, Kairos vous propose un débat exceptionnel entre cinq délégations de partis qui se présenteront aux élections de 9 juin 2024 en Belgique et auxquels les médias mainstream accordent peu de visibilité.
Suite de l’affaire Valentine DELWART: l’échevine des finances de Uccle, qui « ne savait pas » d’où provenaient les 100 000 € qu’elle touchait chaque année.
Aimé BILLE est un gendarme belge retraité. Enquêteur au sein de la Brigade de Surveillance et de Recherche de Bruxelles de 1986 à 1998, il participa à diverses investigations liées à l’affaire Dutroux. Écarté sans explications, il a rassemblé une masse de documents troublants dans son livre disponible ici: https://investigaction.net/boutique/dutroux-lenquete-assassinee/
Dans le cadre de leurs rencontres avec les lecteurs et le public, Alexandre Penasse, rédacteur en chef, et Bernard Legros, secrétaire de rédaction, s’entretiendront à propos de leurs centres d’intérêt respectifs :le rôle des médias, pour le premier, et la configuration politique actuelle en Occident, pour le second.
Sans médias de qualité, une démocratie est vouée à se transformer en coquille vide, dans le meilleur des cas. Ou en une nouvelle forme de totalitarisme, dans le pire. Pour que des médias soient « de qualité », la condition sine qua non est leur indépendance vis-à-vis des puissances d’argent, autant que de la mainmise de l’État. Donc sans publicité ; éventuellement avec des subventions publiques, pour peu que l’autorité de tutelle respecte inconditionnellement la liberté d’expression des journalistes (hormis dans les rares cas prévus par la loi). Comment faire vivre des médias libres dans un tel contexte ?
Il est patent que la situation politique actuelle est confuse, réseaux sociaux aidant, et donc ardue à démêler, entre des néolibéraux de plus en plus autoritaires s’accrochant à leur pouvoir depuis 4 décennies, une gauche en perte de repères idéologiques, de vrais ou faux néo-fascistes et la montée du « capital algorithmique », nouvel avatar qui voit le capitalisme se régénérer par la numérisation de tous les pans de l’existence humaine, annonçant un cauchemar cybernétique dont le crédit social à la chinoise donne un avant-goût. Comment retrouver l’idéal démocratique dans un tel contexte ?
Les deux exposés seront suivi d’un débat avec le public. Celui-ci pourra se procurer le nouveau numéro (64) du journal, ainsi que des anciens numéros.
Librairie Mot Passant, 300, avenue de Jette — 1090 Bruxelles, jeudi 23 maià 20 h.
100 places, entrée 10 euros. Pas de réservation, paiement sur place.
Kairos était en direct de Liège pour la conférence de presse de Frédéric Baldan et de son avocate Diane Protat, autour du scandale Von Der Leyen. Merci à notre reporter Laurent!
C’est en 2010 que, suite au hasard d’une rencontre, le terrain au lieu dit « pré aux chênes » à Monceau-Imbrechies est acheté par Philippe et Vera. Ils décident de s’installer avec un couple d’amis sur ces terres fraîchement acquises en roulotte et camion afin d’y développer une ferme paysanne orientée tournée vers l’autonomie alimentaire. Trois ans, c’est le temps qu’il aura fallu à cette vaillante équipe pour construire avec l’aide de main amicale et de conseils avisés un premier bâtiment, démarrer un petit élevage de cochon Duroc, cultiver deux hectares de blés, un demi hectare de maraîchage et réaliser deux cuissons de pains par semaine …
Avec le temps, un véritable réseau d’ami.es, de personnes ressources, de soutien s’est créé autours de la ferme ainsi qu’un système de mutualisation des outils (tracteurs, moissonneuse, trieuse…).
En 2017, la ferme commençait à être bien équipée et pouvait déjà stocker vingt tonnes de céréales dans ses silos. La même année, le décès du meunier d’une ferme (Pierre Brosset, du Moulin de Ferrières, Lavoir) a marqué un tournant pour la ferme qui s’est équipée de son premier moulin.
Dès lors, la farine était directement moulue sur place et proposée à la vente et un nouveau four à bois de type LLopis (chauffe indirecte) est arrivé.
En 2022, la ferme a pu acquérir une décortiqueuse permettant désormais de décortiquer le petit et le grand épeautre.
En 2023, avec le soutien de Terre-en-vue, la ferme a acquis sous bail à ferme quatre nouveaux hectares, lui permettant de sécuriser sa production.
Site internet de la ferme: https://www.fermedupreauxchenes.be/
Le cheikh Nawaf est venu au parlement de l’UE pour plaider l’arrêt des sanctions contre le peuple syrien, sanctions qui se sont avérées aussi inutiles que désastreuses pour la population.
Kairos : Faut-il se réjouir d’observer le monde du spectacle se saisir d’une tribune comme celles des Césars ou des Oscars pour dénoncer les injustices ?
Constantin Mirabel : Le monde du spectacle, c’est aussi la société du spectacle. Comme l’explique Jean-Michéa « le Festival de Cannes n’est pas la négation majestueuse du Forum de Davos. Il en est, au contraire, la vérité philosophique accomplie[note] ». À l’exception de rares individualité, la crise du covid aura plutôt exposé toute la soumission des artistes face pouvoir. Ayant plein la bouche de leur fonction de subversion, ils auront été les relais zélés de toutes les atteintes aux libertés les plus élémentaires. Un seul exemple, au milieu d’une concurrence féroce, est le cas du comédien Didier Bourdon. Cela m’a marqué car j’admirais cet artiste pendant la première partie de sa carrière avec Les Inconnus. Le 12 mai 2021, après avoir qualifié sur BFM-TV les réfractaires à l’injection génique expérimentale de « pauvres connards », il ajouta, le 15 décembre 2021, sur France 2 : « Mon fils travaille pour Pfizer ». Il incarna alors tout ce qu’il avait moqué avec son talent pendant sa jeunesse. Une déchéance autant physique que morale qui fait de la peine. Elle sonne comme un avertissement. Alexandre Soljenitsyne prévenait : « Ah, si les choses étaient si simples, s’il y avait quelque part des hommes à l’âme noire se livrant perfidement à de noires actions et s’il s’agissait seulement de les distinguer des autres et de les supprimer ! Mais la ligne de partage entre le bien et le mal passe par le cœur de chaque homme […] Au fil de la vie, cette ligne se déplace à l’intérieur du cœur, tantôt repoussée par la joie du mal, tantôt faisant place à l’éclosion du bien. Un seul et même homme peut se montrer très différent selon son âge et les situations où la vie le place. Tantôt il est plus près du diable. Tantôt des saints ». (L’Archipel du goulag, 1973). Notre dignité n’est jamais définitive. Elle est à reconquérir tous les jours. Nous pouvons donc espérer retrouver demain le Didier Bourdon que nous avons aimé, comme nous devons veiller, nous-mêmes, à ne pas chuter. Avec son discours à Cannes lors de la remise de son hochet, le sketch involontaire d’une Justine Triet était à la hauteur des acteurs que pastichaient, à peine, Les Inconnus recevant leur récompense. Observer le show business se poser en héraut de la défense des femmes ou des miséreux doit donc, a minima, interroger, normalement nous faire éclater de rire, et devrait plus sérieusement nous révolter. Hélas, c’est peu de dire que la masse tombe dans le panneau. Un peu comme ces pauvres gens fascinés par les bonnes œuvres « écologistes » de Léonardo Di Caprio & consorts. La seule révolte autorisée pour l’industrie du spectacle est celle contre l’extrême-droite, une révolte consommée, conformiste et très logiquement financée. La conséquence en est la nullité affligeante de la production cinématographique actuelle. Si quelques œuvres véritablement subversives passent l’épreuve du temps, le rôle du show biz est celui de produire et diffuser la propagande de notre temps. Nous ne parlerons pas ici de la guerre des sexes comme étape du capitalisme que peut recouvrir un certain discours néo-féministe, et dont les acteur.i.c.es se font les porte-voix. Tout cela n’est pas nouveau, me direz-vous. L’historien Jean-Robert Ragache rappelle de la période de l’Occupation : « Jamais les grands restaurants n’ont eu autant de clients. Au milieu des uniformes allemands, tout ce que Paris compte de célébrités vient prendre ses repas chez Maxim’s, à La Tour d’argent, chez Lapérouse, Drouant ou en Lucas Carton qui forment le groupe de tête des endroits où il faut aller pour être vu être vu[note]. »
Ne devrions pourtant nous réjouir de voir la cause des femmes défendue par les actrices suite aux nombreux scandales qui ont atteint le cinéma ?
Je me fous totalement de Sophie Marceau, mais son propos, sur ce seul sujet, était un des rares raisonnables : « Aujourd’hui, on l’[Gérard Depardieu] accuse de ce pour quoi on l’a encensé. Je ne vais pas lui tendre la perche ni l’enterrer. On m’a tellement demandé d’aller témoigner contre lui partout. Je ne l’ai évidemment pas fait. » (Paris Match, 28 décembre 2023). Il est facile d’être prêt à tout pour décrocher un rôle dans sa jeunesse puis de faire commerce de sa notoriété à la cinquantaine, l’air du temps ayant tourné, pour dénoncer l’« emprise ». Ensuite, je me méfie comme de la peste de ces hommes qui en surajoute dans le néo-féminisme. D’abord, c’est souvent une technique de vieux dragueurs sur le retour. Nicolas Hulot en était coutumier : « Ce qu’évoque très bien le film de James Cameron, Avatar, dissertait-il en compagnie du philosophe médiatique Frédéric Lenoir, qui montre que, contrairement à la Terre où l’emportent les valeurs masculines de domination, de prédation et de compétition, Pandora est la parabole d’un monde où les valeurs féminines, comme l’harmonie avec l’environnement, la collaboration et la protection des plus faibles, sont mises en valeur. » (D’un monde à l’autre, Le temps des consciences, Fayard, 2020). C’est n’importe quoi sur l’analyse du film[note], mais surtout on connaît la suite quant au comportement du grand féministe M. Hulot… Avec le cas du psychanalyste médiatique de LFI Gérard Miller, on plonge du Tartuffe à la criminalité, voire la pédocriminalité. Cassant, autoritaire, sectaire, ce type de personnage présente tous les traits du pervers qui sent les personnalités suggestibles. En revanche, concernant l’affaire Juliette Godrèche, on ne peut pas enlever au réalisateur Benoît Jacquotd’avoir annoncé la couleur. D’abord, à l’instar du psychanalyste, il n’est pas accusé d’avoir abusé sous hypnose d’une multitude de très jeunes femmes. Je suis contraint à le préciser aux imbéciles : ce n’est bien sûr pas une excuse. Personnellement, j’ai toujours trouvé dégueulasse ces hommes d’âge mûr qui débauchent des adolescentes. Néanmoins, je suis toujours très méfiant des pudibonds pour qui leur morale « est ce que l’impuissance est à la chasteté » (Robespierre). Si, « un homme ça s’empêche » (Camus), personne n’est à l’abri d’un faux pas, fruit de la passion amoureuse. Cela précisé, Jacquotfait partie de cette bourgeoisie libérale-libertine qui n’a eu de cesse de vouloir réhabiliter Sade. Il réalisera un film à sa gloire, en 2000, avec Daniel Auteuil. Ce long métrage reçut un accueil dithyrambique de la critique parisienne, dénuée tout esprit critique sur la réalité de Sade. C’est cette même critique qui se dresse aujourd’hui indignée pour défendre les jeunes femmes. Les actes et écrits de Sade ne semblent, en revanche, ne pas l’avoir dérangé. Dany-Robert Dufour a longuement développé ce phénomène dans son essai La Cité perverse. Le philosophe montre en quoi Sade préfigure l’accomplissement dans la perversité de la logique libérale. Cette dernière exempte les individus « des Lois gouvernant notre nature, celles de la différence sexuelle et de la différence générationnelle, et a réorganisé les grandes institutions en ce sens » ; « Ce “projet pervers” a été préparé de longue main. Comme nous l’avons montré, l’arrivée de cette personnalité perverse est annoncée depuis plus de deux siècles par Sade, qui a non seulement construit (littérairement et philosophiquement), avec une constance logique impressionnante, cette personnalité, mais qui, en plus, s’est livré à un extraordinaire prosélytisme pour la promouvoir. » Dans Salò ou les 120 journées de Sodome, Pier Paolo Pasolini a filmé à la lettre les scènes écrites et décrites par Sade. Le résultat en est un film insoutenable. Le réalisateur place les laudateurs du « divin marquis » devant leurs responsabilités. Cela n’empêchera pas, bien au contraire, tout un cénacle d’artistes de se présenter comme de fervents promoteurs de l’œuvre sadienne. En son hommage, un prix Sade est même créé en 2001. On y retrouve des personnalités du monde littéraire comme Frédéric Beigbeder, Marcela Iacub ou Catherine Millet. Personnalité emblématique de ce milieu, l’écrivain Philippe Sollers conclura dans son Sade contre l’Être Suprême[note]: « Que notre projet soit clair, en tout cas : nous ne souhaitons pas autre chose que l’accélération de ce sympathique courant clandestin. Oui, nous ne demandons qu’à renforcer, en quelque sorte, ce chuchotement en faveur de Sade ».
Que conseiller alors aux artistes ?
Pour vendre Emmanuel Macron, il est établi que l’ensemble des mass média ont délibérément menti sur la différence d’âge du couple présidentiel. Un seul exemple, – mais c’était le cas partout ailleurs dans les mass médias –, avec le « quotidien de référence ». Le Monde affirmait le 27 août 2014 : « Emmanuel Macron s’est marié avec Brigitte Trogneux, de vingt ans son aînée, rencontrée alors qu’elle était sa professeur de français en première au lycée Henri IV. » Leur différence d’âge est en fait de 24 ans, ce qui change beaucoup dans le cas présent face à la loi. La journaliste Sylvie Bommel a publié un livre intitulé Il venait d’avoir dix-sept ans (JC Lattès, 2019). Ce qui est l’âge de la thèse médiatico-politique officielle. En réalité, alors qu’Emmanuel Macron n’avait que 15 ans, sa famille a failli porter plainte contre son professeur pour détournement de mineur[note]. Brigitte Macron l’a avoué elle-même dans Paris Match, le 16 novembre 2023 : « C’était le bazar dans ma tête. Au moment de la mort de mon père, j’étais prise dans un ouragan intérieur. Pour moi, un garçon si jeune, c’était rédhibitoire. » Elle l’a rencontré alors qu’il avait 14 ans. Des enseignants, hommes ou femmes, sont actuellement en prison pour un débauchage moins grave. Qu’attend le show biz pour s’indigner de ce secret de Polichinelle ? Il s’agit d’un tabou sur lequel repose aujourd’hui le sommet de la République française. Ce qui est assez extraordinaire. Il est interdit d’en faire état sous peine d’être instantanément affligé des pires insultes. Nous n’avons pas de certitudes définitives sur le sexe de madame Macron, mais, là, les faits sont établis. Voilà qui interroge sur l’ampleur des mensonges possibles dans une société, sur ces archaïsmes, nous qui nous pensons tellement libérés du passé. Les secrets les plus exposés sont les mieux gardés. Tout cela nous a été vendu, au contraire, comme une belle histoire d’amour. Le plus paradoxal est que M. Macron en appelle à la justice et au droit pour faire taire ces « rumeurs ». Voilà un excellent thème de films, de pièces de théâtre ou sujet d’indignation lors de leurs insupportables soirées d’auto-congratulations. Chiche ?
Vous y croyez ?
Olivier Rey explique que si les Américains n’étaient pas allés sur la Lune, les Russes auraient eu les moyens de le voir et l’auraient dit. Certes, c’est un argument. Il n’en demeure pas moins un parmi d’autres car de multiples autres alimentent, avec sérieux, la thèse d’une falsification. Le pire restant d’être péremptoire, dans un sens comme dans l’autre. Pour expliquer la possibilité d’un mensonge d’État, prenons le cas des religions. Dans un cadre rationaliste, leurs fondements relèvent par nature de « fake news » : un homme ressuscité pour le christianisme, un récit incréé pour l’islam, un peuple élu pour le judaïsme, etc. Certains esprits se sont d’ailleurs déjà élevés pour demander leur interdiction. Néanmoins, innombrables sont ceux qui ont été décapités, brûlés, torturés tout au long de l’histoire pour avoir qualifié ces croyances de mensonges. Ce sont même les sociétés toutes entières qui reposaient sur elles. Dans le cas de l’affaire de pédocriminalité de Brigitte Macron, nous observons bien que nous sommes confrontés au phénomène d’un tabou. Tout à la défense de la Macronie, les mass média dénoncent : « Ces fausses informations évoquent même un lien entre Brigitte Macron et la pédocriminalité »(in LeJournal du dimanche, 8 mars 2024). Parfaite accusation inversatoire. Le lien est établi. Mais nous voyons que le simple fait de l’évoquer provoque immédiatement le raidissement des visages, la gêne, et que les excuses fusent alors pour se détourner du sujet. L’exposition du mensonge ne garantit en rien la condamnation de son auteur. Au contraire. Imaginons que demain le sexe masculin de Brigitte Macron soit révélé. Nous pouvons déjà imaginer la réponse des mass média : « C’est la faute des Français qui n’étaient pas mûrs pour l’entendre ».
La nécessité absolue de mettre en place un mécanisme de dialogue.
Une nouvelle plateforme informelle de discussions d’experts sur les questions les plus actuelles de la société moderne a vu le jour à Genève.
La première réunion de « l’Apéro Géopolitique » a concerné le thème « Russie/Ukraine : négociations de paix et scénarios possibles » a eu lieu le 17 avril au Château Banquet de la WES’SUP Business School. Zachary Paikin, chercheur principal au département Dialogue international sur la sécurité du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP), et Hicheme Lehmici, expert en géopolitique de l’Institut international de recherche sur la paix de Genève (GIPRI), ont répondu aux questions du modérateur et de l’auditoire. Nous publions ici une partie de leurs conclusions.
Question : Les médias ont créé une perception de la guerre en Ukraine comme si tout avait commencé soudainement le 24 février 2022, lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine. À votre avis, quand ce conflit a-t-il commencé et quelles en sont les principales causes ?
Hichem Lechmisi : La guerre dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui est en quelque sorte la continuation de la guerre froide….. L’OTAN a décidé qu’elle pouvait avancer ses « pions » de plus en plus loin. Finalement, nous en sommes arrivés à une guerre ouverte qui, pour moi, a commencé avec ce que j’appelle la guerre civile en Ukraine en 2014, avec la confrontation entre deux camps ukrainiens : d’une part une Ukraine qui se considère clairement comme pro-européenne et assez proche du milieu pro-atlantiste (OTAN), et d’autre part une Ukraine plus orientale qui ne veut pas rompre le lien historique et civilisationnel absolu et réel qu’elle partage avec la Russie. D’une certaine manière, l’Ukraine a été contrainte de faire un choix dans le cadre de son rapprochement avec l’Union européenne, et c’était un choix similaire à celui d’un divorce, lorsque les enfants sont obligés de choisir entre leur père et leur mère, la catastrophe que nous vivons aujourd’hui en est la conséquence.
Question : Les dirigeants politiques de l’UE ont déclaré que la victoire devait être remportée sur le champ de bataille. Comment évaluez-vous la situation en Ukraine dans ce contexte ? À quoi peut-on s’attendre avant et après les élections américaines ?
Zakhary Paikin : Je suis surpris qu’une organisation telle que l’Union européenne, qui est censée être un projet de paix et se considère comme tel, dise que l’issue de la guerre en Ukraine devrait être décidée sur le champ de bataille….. À mon avis, c’est bizarre. Lorsqu’il y a un conflit dans d’autres parties du monde, par exemple en Afrique, notre réaction en Occident est d’insister sur le maintien de la paix et de résoudre les problèmes de manière non militaire, parce qu’il existe certainement une solution politique et que nous devrions tous nous asseoir et nous unir. Mais lorsque certains intérêts européens sont en jeu, il n’y a soudain plus de place pour le compromis.
La situation actuelle sur le champ de bataille n’est pas favorable à l’Ukraine, et beaucoup dépendra bien sûr de la capacité des États-Unis à adopter un projet de loi pour financer l’armée ukrainienne. Quant aux élections américaines et à ce qui se passera ensuite, je pense que personne ne le sait. Donald Trump est fier de son imprévisibilité, cela fait partie de sa marque. Il pense que cette imprévisibilité renforce le pouvoir de dissuasion des États-Unis dans le monde, c’est pourquoi il prétend pouvoir mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 ou 48 heures. Je pense que la situation est probablement un peu plus compliquée que cela. Il est tout à fait possible que Donald Trump essaie de donner une mauvaise image de Biden et qu’après les élections, s’il gagne, il dise qu’il sera le sauveur de l’Ukraine et qu’il fera pour elle ce que Biden n’a pas pu faire.
Il s’agit là d’une possibilité, contrairement à la possibilité exactement opposée d’abandonner l’Ukraine. Le président Poutine a récemment déclaré que lorsqu’on lui demandait s’il préférait passer un accord avec Biden ou avec Trump, il répondait Biden. Beaucoup de gens ont pensé que Poutine essayait juste de nous embrouiller, mais je pense que ce qu’il voulait vraiment dire, c’est qu’il était plus susceptible de passer un accord avec Biden. Puisque Biden parle au nom de l’Occident, il peut en effet conclure un accord, alors que si Trump gagne, il ne pourra pas contrôler ce qui se passe à Washington, peut-être même pas dans sa propre administration. Rappelons-nous comment l’administration Trump a fonctionné pendant son premier mandat. C’est une administration qui a fourni une aide militaire létale à l’Ukraine alors que le président Obama ne l’avait pas fait. C’est une administration qui était prête à frapper Bachar el-Assad en Syrie alors que l’administration Obama était notoirement réticente à le faire. C’est une administration qui s’est retirée du traité « ciel ouvert » et du traité sur les forces nucléaires intermédiaires avec la Russie…. Tout est donc possible.
Question : Nous vivons dans un contexte d’information, de sanctions, de guerre hybride et réelle. Les sanctions imposées par tous les pays occidentaux visent à détruire l’économie russe. Comment évaluez-vous l’impact des sanctions sur la Russie et l’Europe ?
Hichem Lehmisi : Si nous parlons de l’impact des sanctions, nous voyons une économie russe qui fonctionne bien et qui poursuit activement une politique de substitution des importations. Il est intéressant de noter que les sanctions américaines contre la Russie ne sont pas appliquées de la même manière qu’en Europe : les États-Unis continuent d’acheter du gaz et du pétrole à la Russie presque comme d’habitude, et les échanges commerciaux se poursuivent dans de nombreux domaines.
Nous assistons aujourd’hui à un changement géopolitique majeur, où le centre de gravité du monde s’est très clairement déplacé vers l’Asie. Mais en même temps, nous sommes passés d’une logique de domination totale du monde occidental à la montée en puissance de ce que l’on appelle le Sud global. Il s’agit déjà d’une réalité géopolitique, même si le Sud global est constitué d’entités divisées par des intérêts différents. La Russie a compris qu’elle avait un rôle géopolitique et géoéconomique à jouer, notamment en Afrique. Les élites européennes, quant à elles, mènent des politiques qui ne sont pas du tout dans l’intérêt économique des Européens. En Allemagne, par exemple, nous sommes passés d’un modèle où l’Allemagne pouvait se targuer d’une très grande compétitivité industrielle grâce à l’accès à l’énergie russe bon marché via le gazoduc Nord Stream à une situation où l’Allemagne doit importer de l’énergie coûteuse, soit des États-Unis, soit acheter du gaz naturel liquéfié russe qui lui est vendu par l’Inde ou d’autres pays intermédiaires tels que l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite s’enrichit en vendant du pétrole russe à la France et à l’Allemagne. Malheureusement, nous avons perdu le principe pragmatique de la réalité.
Question : Le conflit en Ukraine a affecté l’architecture de sécurité européenne. Dans quelle mesure la menace que représente la Russie pour les autres pays européens est-elle réelle ? À quel point sommes-nous proches de la troisième guerre mondiale ?
Zachary Paikin : À mon avis, la chose la plus importante dont nous avons besoin pour construire un nouvel ordre de sécurité européen est de reconnaître la légitimité de la perception des menaces à la sécurité par tous les États, qu’il s’agisse des pays de l’UE ou de la Russie. Nier la légitimité de la perception des menaces de sécurité par l’autre partie ne mène à rien. Si quelqu’un dit que vos préoccupations ne sont pas importantes, qu’elles ne sont pas réelles, vous risquez de vous retrouver dans une situation où, à un moment donné, il y aura un conflit. Je pense donc que nous devons partir du principe que les préoccupations sécuritaires de toutes les parties sont légitimes et qu’aucune partie ne doit renforcer sa sécurité aux dépens de l’autre. L’Ukraine ne doit pas essayer d’adhérer à l’OTAN pour renforcer sa sécurité au détriment de celle de la Russie, mais il en va de même pour la Russie. La Russie ne doit pas prendre de mesures pour renforcer sa sécurité au détriment de celle de l’Ukraine ou d’autres pays d’Europe centrale et orientale. Je pense qu’il s’agit là d’un principe important.
Sommes-nous proches de la troisième guerre mondiale ? Il existe un certain nombre de possibilités pour que, délibérément ou accidentellement, la troisième guerre mondiale se produise. Une forme d’escalade, connue sous le nom d’escalade verticale, pourrait consister à augmenter l’intensité des combats et les types d’armes utilisées, jusqu’à l’armement nucléaire. L’escalade horizontale, qui consiste à étendre la guerre à d’autres pays, est également possible. Tous ces scénarios sont possibles. Et plus la guerre durera, plus il sera difficile de contrôler la dynamique de l’escalade.
Nous voyons le président Macron dire que nous ne pouvons pas rester les bras croisés et demander que l’on envisage d’envoyer des troupes françaises en Ukraine. Si cela se produit, nous nous rapprocherons très rapidement d’une guerre nucléaire, quel que soit l’objectif de cet envoi. Je suis sûr que les pays occidentaux, s’ils envoient des troupes, diront qu’elles ne sont pas là pour combattre la Russie, mais pour former les troupes ukrainiennes, etc. ….. ….. Mais la Russie sait exactement pourquoi ils seront là. Elles y seront pour la même raison que la Russie a envoyé des troupes en Géorgie et en Ukraine en 2008 et en 2014. Il s’agit d’établir des faits irréversibles sur le terrain, ce qui constitue une ligne rouge inacceptable pour la Russie et ses objectifs dans cette guerre. Si quelque chose comme cela se produit, l’escalade sera très rapide. Je pense donc que nous devons nous opposer fermement à cette idée irresponsable avancée par le président Macron et ne pas lancer de telles phrases rhétoriques.
Question :En juin, la Suisse accueillera un sommet de paix de haut niveau sur l’Ukraine sans la Russie ? Quels sont les résultats possibles ?
Hichem Lehmisi : Lorsque des accords de paix sont effectivement signés, peu de gens connaissent les négociations entre les États en conflit. En d’autres termes, le monde est mis devant le fait accompli. Par conséquent, ce qui se passe aujourd’hui avec la procédure de négociation lancée en Suisse est controversé. De plus, comment espérer parvenir à un accord de paix lorsque l’un des acteurs est non seulement absent, mais aussi considéré comme indésirable ? Et nous parlons d’un pays qui occupe une partie de l’Ukraine et qui est pourtant membre du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui signifie un droit de veto, et qui, de surcroît, est la première puissance militaire nucléaire du monde. J’ai l’impression que ces discussions, à moins qu’elles ne préparent d’autres discussions plus décisives, sont un ballon d’essai pour tenter de créer un contrepoids en faveur de l’Ukraine. Il s’agit peut-être d’une tentative pour amener le plus grand nombre de pays à soutenir la position de négociation de l’Ukraine.
Les vrais pourparlers de paix auront lieu en Arabie saoudite, en Turquie, peut-être en Chine, même si je pense que c’est dans une moindre mesure, mais certainement pas en Europe. Aujourd’hui, toute l’Europe est en fait impliquée dans le conflit, et même la Suisse, qui est officiellement un pays neutre, a pris aujourd’hui des mesures économiques, notamment dans le domaine financier, contre la Russie, qui, je le rappelle, n’ont pas été prises par les États-Unis eux-mêmes.
Question : Qu’est-ce qui empêche l’ouverture de négociations de paix aujourd’hui ? Dans quelles conditions, selon vous, cela serait-il possible ?
Zachary Paikin : Laformule finale devrait tourner autour du fait que toutes les parties savent qu’elles n’obtiendront pas 100 % de ce qu’elles veulent. Malheureusement, il y a encore des parties qui pensent qu’elles peuvent obtenir leurs 100 %. Certains Ukrainiens pensent que l’aide militaire occidentale finira par arriver, qu’ils parviendront à faire un cycle de mobilisation et à recruter 500 000 nouveaux jeunes hommes dans les forces armées, et qu’ils repasseront à l’offensive en 2025. Et si cela échoue, que se passera-t-il ? Il est impossible de se mettre d’accord sur tout pour le moment, donc certaines questions devront être reportées. Il s’agit probablement de la question de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, même si l’importance de ce principe est incontestable. En ce qui concerne la sécurité de l’Ukraine et l’ordre plus large de la sécurité européenne, il est possible de parvenir à un accord, en particulier sur la neutralité de l’Ukraine et peut-être sur le déploiement des armées ukrainienne et russe, de leurs troupes, de leurs missiles, etc. Je pense qu’il est théoriquement possible d’organiser des pourparlers de paix afin que toutes les parties puissent sauver la face, et j’espère que le moyen d’atteindre cet objectif sera de créer un mécanisme de reprise des consultations entre la Russie et les pays occidentaux. Il est très important de créer un mécanisme de dialogue où les principales parties prenantes en Europe, ainsi que les Américains et les Russes, peuvent prendre des décisions sans s’enliser dans le type de politique publique des médias sociaux que nous connaissons aujourd’hui. Ce faisant, il est important de rétablir la confiance.
Question : Les tensions au Moyen-Orient augmentent. Quel est le lien entre ces deux guerres ? Comment voyez-vous les scénarios possibles pour l’avenir ?
Hichem Lehmisi : Malheureusement, nous assistons aujourd’hui à un conflit mal géré en Ukraine pour lequel nous n’offrons aucune solution. Cela donne l’impression que cette guerre provoque une sorte d’effet domino invisible pour d’autres conflits dans le monde, où les sources de tension sont nombreuses. Nous avons ce qui se passe au Moyen-Orient, à Gaza, la confrontation entre Israël et l’Iran, qui est très grave parce que la probabilité d’une guerre nucléaire est élevée. Malheureusement, si vous prenez les dirigeants israéliens par exemple, Netanyahou en particulier, ils sont probablement animés par un désir obsessionnel d’internationaliser le conflit. Ils veulent impliquer directement les États-Unis dans le conflit afin de s’en servir comme tremplin pour frapper l’Iran, considéré comme le principal ennemi géopolitique d’Israël. Mais il s’agit là d’une vision à court terme. Après tout, l’ennemi que vous détruisez aujourd’hui reviendra demain. Nous devons donc entamer un processus de désescalade. Mais aujourd’hui, c’est exactement le contraire qui se produit. Nous assistons aujourd’hui à une sorte de crise morale internationale avec l’Occident qui se pare de sa supériorité « morale, intellectuelle et civilisationnelle » et les pays du Sud qui disent : « Calmez-vous, trouvez des solutions et arrêtez les guerres ». Les élites européennes semblent déconnectées de ces réalités et sont dans une sorte de jeu vidéo où l’on peut faire la guerre « par procuration » en envoyant d’autres personnes mourir à notre place, comme c’est le cas aujourd’hui en Ukraine. Je pense que la société civile doit être impliquée dans la lutte contre tout cela. Sinon, nous sommes très proches d’un conflit nucléaire. Et nous ne réalisons pas la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Si des armes nucléaires étaient utilisées, il suffirait de 30 minutes pour anéantir l’ensemble de la population mondiale. J’espère que nous n’avons pas complètement perdu cette clarté et cette sagesse.
Contexte :
Hicheme Lehmici est un analyste géopolitique spécialisé dans la sécurité énergétique. Il est secrétaire de l’Institut international de recherche sur la paix de Genève (GIPRI) et chargé de cours à l’université UMEF en Suisse, à la WES’SUP Business School et dans d’autres établissements. Hichem Lehmisi est également chroniqueur pour plusieurs médias internationaux et a travaillé pendant plusieurs années comme correspondant au Moyen-Orient. Il a été conseiller politique d’anciens députés et ministres français. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Lyon, titulaire d’une maîtrise en diplomatie et relations internationales et d’une qualification professionnelle en analyse stratégique internationale de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris.
Zachary Paikin est chercheur principal au sein de la division du dialogue sur la sécurité internationale du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP). Il est également chercheur en stratégie à temps partiel au Quincy Institute for Responsible Government à Washington, D.C., et Senior Fellow à l’Institute for Peace and Diplomacy (IPD), un groupe de réflexion canadien sur les affaires internationales. En 2020, il a été rédacteur de discours à la mission permanente du Canada auprès des Nations unies à New York. En 2019, il a été reconnu comme un jeune leader GLOBSEC. Zachary Paikin est titulaire d’un doctorat en relations internationales de l’université du Kent à Canterbury, au Royaume-Uni. Ses recherches et ses ouvrages portent sur la politique étrangère russe, la sécurité européenne, les relations entre grandes puissances et l’ordre international.
Plainte contre Ursula von der Leyen, Liège, 25 avril 2024.
Le député européen de la Communauté Germanophone, Pascal Arimont, reste muet face à une plainte.
« Le silence de Monsieur Arimont » – ce qui ressemble à un roman du plus célèbre écrivain liégeois Georges Simenon ⎼ est en réalité un polar qui se déroule à huis-clos au sein des institutions européennes de Bruxelles. La principale suspecte est la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, collègue de parti du député européen Pascal Arimont (CSP), originaire de la Communauté germanophone de Belgique. Une fois de plus, des informations importantes sur les agissements de la politicienne ont soudainement disparu. Celle-ci avait déjà fait scandale en tant que ministre de la Défense allemande en 2020, lorsqu’elle avait effacé des messages de son téléphone gouvernemental (Ndlr : professionnel). Cette fois-ci, il s’agit d’accords entre la Commission européenne et le fabricant de vaccins Pfizer. Dans ce cadre plusieurs milliards d’euros, argent du contribuable, ont été détruits. Le parquet de Liège enquête depuis un an sur la base d’une plainte déposée par le Belge Frédéric Baldan contre l’ancienne ministre allemande Ursula von der Leyen pour « ingérence dans des fonctions publiques, destruction de SMS, corruption et conflits d’intérêts ». Vivant s’était joint à cette plainte. Parallèlement, un groupe de députés européens, ainsi que le New York Times, ont porté plainte contre von der Leyen devant la Cour de justice européenne pour violation présumée de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Enquête sur la démocrate-chrétienne
Le Parquet européen (EPPO) s’est à présent impliqué dans l’enquête menée contre la présidente de la Commission européenne, accusée au pénal. L’EPPO, dont le siège est à Luxembourg, veut se saisir de l’affaire dans le but de déclarer irrecevables les plaintes de toutes les parties civiles déposées auprès du juge d’instruction belge Frédéric Frenay, et d’interrompre l’enquête contre la présidente de la Commission, qui a débuté en avril 2023. Le contexte : Ursula von der Leyen se présente aux élections européennes du 9 juin en tant que tête de liste du Parti populaire européen (PPE), dont fait partie le CSP, parti politique en Communauté germanophone. Concrètement, il s’agit d’un contrat de livraison pour les vaccins Pfizer que von der Leyen avait négocié personnellement au printemps 2021, sans avoir de mandat correspondant. Les négociations portaient sur 1,8 milliard de doses de vaccins, pour une somme estimée à 35 milliards d’euros provenant du portefeuille des contribuables européens. Des doses d’une valeur d’au moins 4 milliards d’euros ont toutefois dû être détruites, ceci rien que l’année dernière. Dans le même temps, Pfizer avait augmenté le prix de 25%, malgré le volume de la commande. Dès octobre 2022, des milliers de citoyens de l’UE avaient dénoncé au Parquet européen les infractions potentiellement commises par Mme von der Leyen dans le cadre de la négociation et de la conclusion de contrats d’achat de vaccins Covid-19. Leur enquête n’a cependant pas progressé et l’autorité luxembourgeoise EPPO a récemment annoncé, suite à un reportage de la chaîne de télévision française Arte, qu’après plus de 18 mois d’enquête elle ne pouvait « identifier aucun suspect ».
Des milliards de dommages pour les contribuables
Le 17 mai, les députés du parti politique Vivant Michael Balter, Alain Mertes et Diana Stiel assisteront à Liège à une audience du tribunal qui décidera probablement de la suite de la procédure contre Ursula von der Leyen. Lors de cette audience, il s’agira de savoir si l’enquête en cours depuis un an peut être poursuivie et si elle peut apporter des éclaircissements sur les infractions reprochées à von der Leyen. Selon le cadre juridique européen, l’EPPO est exclusivement compétente pour les délits qui concernent le budget de l’UE. Interrogé par les avocats de von der Leyen sur les intentions de Vivant derrière cette plainte, le président du parti et du groupe Vivant, Michael Balter, a déclaré : « Vivant estime que l’action du tribunal belge contre la présidente de la Commission est parfaitement justifiée, car les victimes de ses agissements sont avant tout des citoyens belges et l’État belge. « Ce qui est frappant, c’est le silence de M. Arimont », déclare à ce sujet le député Alain Mertes de Vivant. « Nous demandons à l’eurodéputé de faire pression sur la Présidente de la Commission pour qu’elle rende publique sa correspondance prétendument disparue dans cette affaire ». Après tout, M. Arimont se vante régulièrement de ses bons rapports avec la démocrate-chrétienne allemande, considérée comme une proche de l’ancienne chancelière Angela Merkel, désormais très controversée. Selon A. Mertes, les contribuables de l’UE ont le droit de savoir, avant les élections européennes du 9 juin, comment et par qui leur argent a été détruit. Selon la volonté de Vivant, l’enquête belge indépendante doit se poursuivre afin de faire la lumière sur cette affaire. Ursula von der Leyen elle-même a déclaré en 2022, dans le cadre de l’affaire dite du « Qatar Gate » : « La corruption est un crime, elle doit être poursuivie en justice et j’ai toute confiance dans les autorités belges qui sont responsables du traitement de cette affaire ». Vivant a également toute confiance dans le système judiciaire belge, en l’occurrence dans l’affaire Pfizer de von der Leyen.
Par Guy Mettan,journaliste indépendant et député au parlement de Genève. Il a notamment dirigé La Tribune de Genève et le Club suisse de la Presse. Auteur de divers livres publiés notamment en France, aux États-Unis et en Russie (Russie-Occident, une guerre de mille ans, Thebookedition 2023, et Le continent perdu, Syrtes 2019).»
Entre Russie et Occident, entre Ukrainiens de Kiev et ex-Ukrainiens redevenus Russes, la bataille n’est pas seulement militaire, elle est aussi mémorielle. A l’Ouest, on voudrait commémorer le 80e anniversaire du Débarquement, le 6 juin prochain, sans les Russes, en niant que la victoire sur l’Allemagne nazie fut d’abord une victoire soviétique et que l’Opération Overlord n’aurait pu réussir sans l’Opération Bagration menée à l’est par l’Armée rouge pour y fixer les divisions de chars allemands.
En Europe de l’Est, dans les pays baltes et en Ukraine en particulier, on déboulonne à tout va les statues historiques et les monuments aux morts de la Deuxième guerre mondiale pour ériger des stèles à la gloire des victimes des Soviétiques et des nationalistes qui ont combattu aux côtés des nazis et massacré les Juifs, tels que Stepan Bandera, Iaroslav Stetsko ou Roman Choukhevitch. On fait semblant d’oublier que le camp de la mort de Treblinka était dirigé par une vingtaine de SS allemands et que l’extermination y était assurée par une centaine de gardiens ukrainiens et lithuaniens.
La célébration de l’Holodomor, du nom que les Ukrainiens donnent à la famine déclenchée par Staline contre la paysannerie en 1932, est un exemple typique de ces omissions volontaires. Elle attribue ce massacre par la disette aux seuls Russes et fait des Ukrainiens ses uniques victimes alors qu’il a aussi touché le sud de la Russie et le Kazakhstan et qu’il a été orchestré par un Géorgien, Staline, et exécuté par un Polonais, Kossior, qui dirigeait l’Ukraine à cette époque.
Tous les jours des monuments sont abattus et d’autres édifiés à leur place, en catimini, dans le silence des médias occidentaux. Cette réécriture de l’histoire et cette guerre mémorielle n’ont pas échappé aux gens du Donbass, qui, fidèles à leur devise « Ne jamais oublier, ne jamais pardonner », réagissent en redoublant de foi commémorative et de monuments aux héros tombés sur le champ d’honneur.
Le mémorial le plus troublant est sans doute celui du Puits de Mine 4/4 Bis à Donetsk. Je n’en avais jamais entendu parler et vous non plus je présume. Il ne figure dans aucun de nos livres d’histoire et il est introuvable sur Wikipedia. Or on estime que 75 000 à 102 000 personnes y ont été massacrées entre fin 1941 et 1943, soit deux fois à trois fois plus qu’à Babi Yar. L’ensemble de la communauté juive de la ville (appelée Stalino à l’époque) a été jetée dans cette fosse, ainsi que des dizaines de milliers de civils. Ce mémorial, ignoré par le gouvernement de Kiev après 1991 parce qu’il dérangeait le récit officiel et ne concernait que les russophones de l’est du pays, est en voie de réhabilitation depuis l’an dernier. Il suffit de se rendre sur ce site pour comprendre pourquoi les habitants du Donbass se sont soulevés en avril 2014 lorsque le régime issu de Maidan a voulu bannir leur langue et a envoyé les héritiers de leurs bourreaux pour les réprimer. (Photos GM6 GM7)
On peut détruire les monuments mais pas le souvenir.
A 70 kilomètres de Donetsk, dans la province de Horlivka, le monumental cénotaphe de Savur-Mohila est un autre témoignage des batailles du dernier siècle, érigé au sommet de la colline la plus haute du Donbass, sur l’emplacement de l’un des grands chocs de la deuxième guerre mondiale, qui eut lieu en juillet-août 1943, en même temps que la fameuse bataille de chars de Koursk qui devait briser la Wehrmacht. Une allée d’escaliers avec une immense flèche y avait été édifiée en 1963. 70 ans plus tard, en août 2014, la colline a fait l’objet d’une âpre bataille de position entre séparatistes et soldats kiéviens, avant d’être définitivement reprise par les républicains de Donetsk emmenés par leur prestigieux chef Alexandre Zakhartchenko. Les combats l’avaient saccagé. Après 2022, Poutine l’a fait reconstruire pour commémorer les deux guerres, la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 et celle de la libération du Donbass de 2014-2022. De chaque côté de l’allée, de grandes stèles sculptées célèbrent les héros morts pour la liberté du Donbass entre 1941 et 2022. (Photos GM8 et GM9)
Mais c’est sans doute à Lougansk que ce choc mémoriel est le plus intense. J’y suis accueilli par Anna Soroka, historienne et combattante dans les régiments de la République dès 2014. Le premier monument commémore les 67 enfants tués par les miliciens ukrainiens des bataillons néonazis Kraken et Aïdar qui ont tenté de prendre la ville en 2014 et l’ont bombardée jusqu’en 2022. Il a été construit au milieu d’un parc qui sert de jardin d’enfants. Plusieurs gosses y ont été tués par un bombardement ciblé des Ukrainiens, les bâtiments avoisinants n’ayant pas été touchés.
Les enfants sont en effet l’objet d’une guerre de l’information sans merci dans les deux camps. Les Ukrainiens ont déposé plainte pour crime de guerre contre les Russes et la Cour pénale internationale a inculpé Vladimir Poutine et la responsable russe de l’enfance pour kidnapping d’enfants ukrainiens. La propagande occidentale reprend en boucle ces accusations, au cinéma – le documentaire ad hoc vient de recevoir un Oscar – et dans les médias. Lesquels oublient naturellement de répercuter le point de vue des habitants du Donbass, pour lesquels ce sont les Ukrainiens qui prennent les enfants en otage. Il existe en effet en Ukraine une organisation de volontaires, appelés les Anges Blancs, calquée sur le modèle des fameux Casques Blancs syriens qui, on s’en souvient, étaient loin d’être des secouristes neutres et agissaient en fait pour le compte des groupes djihadistes.
Ces détachements d’Anges Blancs (White Angels) ont été formés dès février 2022 par un certain Rustam Lukomsky. La presse anglo-saxonne les a mentionnés à quelques reprises. Pour ceux du Donbass, leur but consiste à forcer les parents des zones du front à se séparer de leurs enfants sous prétexte de les protéger. Les enfants sont donc isolés de leurs parents et « mis en sécurité » à l’arrière, où ils sont dès lors utilisés comme moyens de chantage contre leurs familles. Celles-ci se trouvent déchirées entre deux choix aussi insupportables l’un que l’autre : soit elles abandonnent leurs foyers pour rejoindre leurs enfants, soit elles y restent en se voyant forcées de collaborer avec l’armée ukrainienne qui les invite à dénoncer ou à saboter les mouvements de l’armée russe. On imagine la détresse des parents confrontés à un tel chantage. Des témoignages, comme ceux d’Olga V. Zubtsova de Bakhmut et d’Igor Litvinov d’Avdievka, confirment cette version des choses. Enfin, d’innombrables rumeurs circulent sur les réseaux sociaux, qui accusent ces prétendus Anges Blancs d’alimenter les réseaux de pédo-criminalité et le trafic d’enfants. Mais cela reste à prouver.
Le deuxième monument se trouve dans un bois à la sortie de Lugansk. Comme le Puits de mine No 4 de Donetsk, il commémore le lieu du massacre de la communauté juive de Lugansk (environ 3000 femmes et enfants essentiellement juifs) et de 8000 adultes de diverses confessions pendant l’occupation nazie. « On ne peut pas comprendre pourquoi, aujourd’hui, Kiev honore les descendants de ceux qui ont tué tant des nôtres pendant la Deuxième Guerre mondiale », dit Anna Soroka. Abandonné aux ronces depuis 1991, le site a fait l’objet d’une restauration récente. Il ne figure pas sur nos applications de recherche. (Photos 4160 et 4061)
Un peu plus loin, de l’autre côté de la route, les autorités de la république ont érigé un vaste mémorial en l’honneur des combattants et des civils tués par la guerre de 2014-2022. Près de 400 tombes sont alignées de part et d’autre de l’allée qui mène de la statue inspirée de Rodin près de l’entrée, à la flèche centrale et à la chapelle ardente. On s’arrête près de la tombe d’Ivan Selikhov. Anna a personnellement connu la plupart des personnes enterrées ici. Le 5 mai 2014, Ivan a été sorti de sa maison et exécuté pour l’exemple d’une balle dans la tête par les milices, parce que son fils s’était engagé auprès des républicains. Ses voisins avaient d’abord dû l’inhumer dans son jardin. Le site se trouve sur les lieux mêmes de la bataille et rend hommage aux 397 « victimes de l’agression ukrainienne » de cet été-là, ouvriers, creuseurs de tranchées, instituteurs, écoliers, médecins, infirmières, patients frappés par le bombardement de leur école et de leur hôpital (169 morts). (Photo 4071)
En revenant en ville, nous passons devant le grand monument aux soldats soviétiques qui ont libéré la ville en 1943 et devant un char ukrainien décoré de fleurs posé sur un socle de béton en bordure de l’autoroute : les habitants du quartier l’ont posé là pour rappeler que ce char avait bombardé leurs maisons il y a dix ans. En contrebas, un champ toujours jonché de mines est fortement déconseillé aux promeneurs.
Le dernier monument de ce tour de ville funèbre est sans doute le plus emblématique du destin tragique du Donbass durant ces dernières cent années. Il s’agit du mémorial de Hostra Mohyla posé sur une petite colline au sud-est de la ville. Plusieurs monuments de facture diverse y rappellent le souvenir des diverses communautés rayées de la carte au fil des décennies. Mais le plus grand, qui coiffe le sommet du complexe, donne la clé de la psychologie des habitants de la région. Il présente quatre statues géantes de soldats, héros en armes des quatre guerres qui marquent la conscience collective du Donbass : un combattant de la guerre civile, un soldat soviétique de la Grande Guerre patriotique, un militant de la résistance anti-kiévienne de 2014-2018, et enfin un combattant de la guerre de libération de l’oblast de 2022 à nos jours. (Photo 4085)
Pour ce site comme pour les autres, malgré sa popularité auprès des habitants, on ne trouve absolument aucune information sur les moteurs de recherche occidentaux. Google et Wikipedia ignorent ou ont banni ces sites de leur répertoire. Seule la Stiftung Denkmal für die ermordeten Juden Europas fournit quelques éléments sur les victimes juives.
On comprend dès lors mieux pourquoi la Russie, et ses nouveaux citoyens des provinces de l’est ukrainien, n’abandonneront jamais leur combat contre Kiev et contre l’Occident sans l’avoir gagné. La rage sourde qui les saisit à l’idée que nous voulions, par Ukrainiens interposés, les effacer de la surface de la terre, au sens propre et au sens figuré, ne disparaitra qu’avec ce qu’ils considéreront comme leur victoire.