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Consolidatie van het derde front

Julie Dall-Arche

Le moment d’un premier bilan politique de la folie covidiste est venu. Nous avons tous été sidérés par l’offensive politico-médiatique dès le premier confinement-enfermement en mars 2020. Beaucoup ont plongé tête baissée dans la propagande hygiéniste, terrorisés par la perspective de leur mort et de celle de leurs proches. Certains se sont ressaisis rapidement, d’autres ont pris plus de temps, et certains cas désespérés donnent toujours foi au narratif médiatique… La société a été divisée grosso modo en deux camps : les croyants et les hérétiques, ou les soumis et les rebelles. Kairos s’est positionné dans le second et a immédiatement entamé la critique du « petit récit covidien », élargissant par là même d’une manière fulgurante son lectorat. L’anti-covidisme fit désormais partie de sa ligne éditoriale. 

Pour des raisons que j’ai déjà détaillées dans Kairos n° 51 et La décroissance n° 187, la gauche s’est rangée du côté du psychobiopouvoir, laissant toute latitude à la droite d’occuper le terrain de la contestation, dans la rue et sur la Toile. Si de trop rares libéraux ont donné de la voix — on se souviendra longtemps des commentaires implacables d’André Comte-Sponville en 2020 —, c’est la fraction extrémiste de la droite qui s’est distinguée par son activisme, tout d’abord en dressant un état des lieux avec lequel mes collègues et moi étions la plupart du temps d’accord. Mais s’accorder sur les faits fait-il de nous des fascistes ? La droite extrême tient aussi des positions idéologiques et formule des propositions, que nous ne partageons pas. La gauche n’a cessé de la dénoncer, moralement à juste titre, mais maladroitement, en niant certaines évidences et en prenant des postures, comme celle-ci : si la droite critique le masque, alors portons-le d’autant plus et ostensiblement pour faire d’une pierre deux coups, un coup sanitaire — le masque nous protège — et un coup politique — le masque, à l’instar du triangle rouge, devient un signe d’antifascisme[note] ; cela sans porter attention aux études scientifiques, boycottées par les médias, qui avancent son inutilité et même sa nocivité, et aux réflexions philosophiques qui vont à contre-courant[note]. Idem pour les injections, c’est une condition préférable pour appartenir au camp antifasciste. La gauche n’a pas proposé d’alternative à la politique sanitaire des gouvernements néolibéraux, ne la critiquant qu’à la marge dans le meilleur des cas, ou gardant un silence complice, ou encore en y apportant son concours, dans le pire des cas. Ainsi un syndicat comme la CSC-enseignement a réclamé aux autorités la vaccination prioritaire pour ses affiliés ; auto-catéchisé par son tropisme marxiste, le PTB a simplement demandé la licence publique sur les vaccins, sans creuser la question de leur nature réelle et de leur caractère prétendument indispensable pour enrayer l’épidémie — ce serait du complotisme ; pour faire bonne figure, les écosocialistes, minoritaires dans la gauche, ont adopté dès le départ une ligne hygiéniste dure ; Ecolo et le PS, membres de la majorité gouvernementale, ont voté le décret pandémie wallon, qui plonge potentiellement la région dans la dictature sanitaire ; les divers fronts antifascistes n’ont eu de cesse de fustiger la présence de l’extrême droite dans les manifestations, prenant prétexte de cela pour ne pas y participer. Ils ont également prétendu que les controverses sur le masque étaient « futiles », qu’il était « absurde » de parler de dictature sanitaire, que la sécurité primait sur la liberté, que Kairos propageait des idées « confusionnistes »[note], etc. Celui qui tint le pompon fut ce conseiller communal liégeois de gauche qui retira ses enfants de l’école parce que la vaccination des élèves tardait à se mettre en place ![note] Bref, la gauche est tombée dans tous les panneaux tendus par les conseillers en communication du psychobiopouvoir. Nous remercierons à nouveau Franck Lepage, Laurent Mucchielli, Barbara Stiegler, François Cusset, Manuel Cervera-Marzal et le Collectif 29 pour les jours heureux de Liège d’avoir, eux, gardé la tête froide et sauvé son honneur. 

A priori, nous sommes donc face à deux fronts : le psychobiopouvoir, qui mène le jeu institutionnel, et l’extrême droite, qui tend à dominer l’opposition. Il a pourtant existé dès le départ un troisième front contre l’anti-politique sanitaire[note] constitué de citoyens ordinaires sans couleur politique particulière qui étaient révoltés par les décisions gouvernementales, rejoints par les Liégeois du Collectif 29 se présentant, depuis le printemps 2022, comme la « gauche anti-covidiste ». C’est le front qu’il faut consolider. Clarifions d’abord les termes. Le « covidisme » désigne à la fois « la gestion rationnelle et maîtrisée de l’épidémie par les gouvernements », au moyen de techniques d’ingénierie sociale, et une idéologie au sens marxien, c’est-à-dire productrice d’aliénation. Par commodité, entendons par « la gauche » la mouvance héritière du socialisme pré-marxiste. 

Pourquoi l’anti-covidisme est-il ou devrait-il être aussi un combat socialiste/de gauche ? Pour trois raisons : 

Une raison philosophique. Le socialisme de Pierre Leroux (1797-1871) en France et de Gustav Landauer (1870-1919) en Allemagne revendiquait à la fois l’égalité et la liberté. Intoxiquée par sa propre propagande, l’ensemble de la classe politique a oublié le second terme pour focaliser (hypocritement) sur le premier, sans voir que l’idée d’égalité est instrumentalisée et pervertie par le psychobiopouvoir. Être de gauche, c’est prêcher l’égalité politique, donc lutter contre toutes les formes d’autoritarisme, quel qu’en soit le prétexte (santé publique, guerre, terrorisme, pénuries, etc.), c’est aussi refuser l’état d’urgence.L’hommeordinaireasonmotàdiresurlapolitique sanitaire, comme en toute autre matière, d’ailleurs. C’est ici que l’on se rapproche de l’anarchie et de la démocratie radicale. 

Une raison politique. Laisser toute la place à l’extrême droite pour critiquer et combattre les mesures politico-sanitaires fut une erreur stratégique. La gauche n’a d’autre choix que de descendre dans l’arène à son tour, en ne craignant pas de côtoyer dans les manifestations, inévitablement dans un premier temps, des factions qu’elle honnit. Faute de quoi, elle se retrouve être l’alliée objective du psychobiopouvoir qui, par essence, ne peut pas être de gauche, précisons-le, puisque totalitaire[note]. Continuera-t-elle, naïvement ou cyniquement, à soutenir une variante du fascisme — le néolibéralisme[note] — contre l’autre — l’extrême droite —, hier au nom de la « démocratie de marché », aujourd’hui au nom de la sacro-sainte santé publique ? 

Une raison économique et sociale. Les premières victimes de l’ingénierie sociale covidiste ont été les classes défavorisées et les petits indépendants, qui ont subi faillites, maintien dans le chômage ou conditions de travail éprouvantes, dépressions, maladies et suicides. 

Certains proposent de faire l’économie de toute référence au clivage gauche/droite. Pourquoi pas, mais l’exercice semble difficile. Ce troisième front pourrait se déclarer antiproductiviste, décroissant, anarchiste ou démocrate radical, mais quand il faudra examiner de plus près ses critiques et propositions, immanquablement reviendra la dichotomie progressisme versus conservatisme. Où porter alors le regard ? Par exemple vers George Orwell et Günther Anders, qui la dépassaient en se voyant comme des révolutionnaires conservateurs, et dans le cas du premier, un socialiste non marxiste épris de justice et de liberté ; vers Bernard Charbonneau, qui était un chantre de la liberté face à la technocratie, dont l’actualité nous montre l’expansion continue [note]. Mais cela ne règle toujours pas la question d’un adjectif idoine. Si vous, Lecteurs, avez des idées… 

Bernard Legros 

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