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De meesters van de wereld

Nicolas Chalupa

BlackRock est un gestionnaire d’actifs, ce qui signifie qu’il a reçu des sommes d’argent de la part de particuliers et d’entreprises et qu’il est chargé de faire fructifier un maximum ces dépôts. Cela ressemble donc un peu à ce que nous appelons Sicav qui ont le même objectif. BlackRock est le plus grand des gestionnaires de fonds. Il investit principalement en actions les sommes qui lui sont confiées. BlackRock
détiendrait 9.500 milliards de dollars en gestion. D’autres fonds semblables, eux aussi américains, sont proches : Vanguard dispose de 7.200 milliards de $ en dépôt et State Street gère 3.500 milliards[note]. 

UNE INFLUENCE ÉNORME 

Ces trois acteurs de la finance mondialisée ont le même objectif : faire le plus de profits possible afin de satisfaire la multitude de ceux qui ont déposé chez eux leur bel argent avec un seul objectif : voir la valeur de BlackRock et autres gestionnaires d’actifs monter toujours. 

Comment se fait-il que BlackRock soit le premier dans sa catégorie ? C’est probablement parce que le fonds a mis au point, depuis près de 20 ans, une « intelligence artificielle » du nom d’Aladdin et dont les algorithmes permettraient de prédire l’évolution des cours de bourse. Cela attire les épargnants, mais n’est pas d’une efficacité prouvée. Ainsi BlackRock et Aladdin n’ont pas vu venir la crise financière de 2008. Si la réserve fédérale n’était pas intervenue pour renflouer BlackRock, il est vraisemblable que, comme d’autres, le fonds aurait connu la banqueroute. Une fois de plus, le public a sauvé une entreprise privée qui ne sera pas reconnaissante par la suite. Au final, fort de sa résilience (bien aidée) BlackRock est sorti de la crise comme « le sauveur ». Il est vrai que quand Bear Stearns a fait faillite en 2007, le premier coup de semonce annonçant la crise qui allait venir, on a fait appel à BlackRock pour analyser les comptes et faire le ménage. C’est aussi BlackRock qui a été conseil de JP Morgan, qui a gardé les actifs sains alors que la Réserve fédérale a absorbé ceux qui ne l’étaient pas. Toujours la « publicisation » des pertes et la privatisation des profits. 

BlackRock prétend avoir une gestion passive, c’est-à-dire qu’il n’interviendrait pas dans les entreprises dans lesquelles il a investi. On verra que c’est faux et qu’il a bien une gestion active. Déjà, rien qu’en achetant une quantité importante des actions d’une firme (ce qui est possible avec les milliers de milliards qu’il possède) et en accroissant la demande, cela fait automatiquement monter le cours des actions. 

LA STRATÉGIE MACHIAVÉLIQUE LORS DE LA CRISE SANITAIRE 

Avec ses réserves énormes, BlackRock possède des actions dans une multitude d’entreprises. C’est ainsi qu’il est actionnaire dans la majorité des entreprises du SP 500 et du CAC 40, soit les plus grandes des multinationales. Il est ainsi actionnaire de la multinationale pharmaceutique Pfizer. On croit aujourd’hui que Pfizer est une entreprise très saine et qui a toujours fait des bénéfices. C’est loin d’être vrai et jusqu’en 2020 Pfizer était un géant en sursis dont le chiffre d’affaires ne faisait que baisser depuis 10 ans. Voyons le graphique du chiffre d’affaires de la multinationale depuis 10 ans (source L’investisseur sans costume). Ainsi donc, c’est la pandémie du Covid-19 qui a sauvé la multinationale. 

Au début de la pandémie, on a vécu en France une belle polémique. Les médias dominants se sont emparés du sujet. La dispute a trouvé son origine dans une étude du professeur Raoult, spécialiste des maladies infectieuses, professeur à l’Université d’Aix-Marseille et directeur de la Fondation institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection. Ce chercheur renommé affirma que l’hydroxychloroquine était une molécule qui protégeait des formes graves de l’infection au Covid-19. Alors que des recherches européennes sur l’hydroxychloroquine étaient en cours, une étude fut publiée dans Le Lancet, revue scientifique renommée. Cette étude affirmait que le traitement à l’hydroxychloroquine du professeur Raoult augmentait la mortalité des patients hospitalisés pour cause de Covid. Les conséquences de cette parution furent immédiates et dès le lendemain, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, interdisait la vente d’hydroxychloroquine en dehors d’études scientifiques. Peu de temps plus tard, l’OMS emboîtait le pas et dissuadait d’employer le traitement proposé par Raoult. Pourtant, dès le lendemain aussi, 100 médecins envoyaient immédiatement une lettre ouverte au Lancet pour dénoncer la supercherie, car ils avaient vu d’énormes incohérences dans l’étude. Par la suite, une équipe de chercheurs publiait une « étude de l’étude » qui en démontrait les failles méthodologiques. Excédés par l’ampleur de l’arnaque, les auteurs de la contre-étude demandent une enquête sur les conditions de relecture du Lancet. D’ailleurs, celui-ci avait retiré l’étude trafiquée 5 jours après sa publication, mais le mal était fait. Le ministre de la Santé ne revint jamais sur sa décision et l’emploi de l’hydroxychloroquine devait se faire discrètement, sous le manteau. 

« Qu’est-ce que ça a à voir avec BlackRock ? » direz-vous. Si l’on est un peu soupçonneux, on investigue et on cherche qui décide réellement dans Le Lancet et qui a fait l’étude bidon. Dans le monde capitaliste, on sait que ceux qui décident vraiment en dernier ressort sont les détenteurs du capital. Or, il s’avère que BlackRock détient plus de 10% du capital de RELX (anciennement Elsevier) qui contrôle Le Lancet. Avec les autres géants de la gestion d’actifs américains, il a donc acquis une position de contrôle sur ce média scientifique. Or, il s’avère aussi que BlackRock est également le deuxième actionnaire de Pfizer, de Johnson & Johnson et de Merck MSD. 

Avec cette mainmise sur les plus importantes multinationales pharmaceutiques, BlackRock est capable d’orienter les décisions prises par les directions des entreprises. On se demandait comment les relecteurs du Lancet avaient laissé passer un faux aussi grossier, détruisant la crédibilité de Raoult et de sa médication alternative. Il est donc possible que ce soit BlackRock qui ait permis de publier une étude bidon qui a eu un résultat qui lui convenait : que les vaccins, produits par des entreprises dont il détenait des actions, soient restés les seuls en course pour être officiellement ceux qui pouvaient permettre de combattre la pandémie. Certains avancent même que le processus de validation du Lancet n’a pas failli. À ce stade de falsification, ce serait le contraire : il n’a pu qu’être élaboré spécifiquement pour faire passer ce bidonnage. 

Le même scénario s’est déroulé un peu plus tard. Cette fois c’est l’ivermectine qui remplace l’hydroxychloroquine dans le rôle de l’alternative au Covid-19. L’ivermectine est aujourd’hui le médicament le plus utilisé pour éliminer certaines parasitoses (gale). Son large spectre d’action (acaricide et insecticide) et sa haute efficacité à très faibles doses, sa persistance et faible toxicité pour les mammifères ont valu un prix Nobel à ses découvreurs. Au début 2021 de nombreuses études (73 selon les défenseurs de l’ivermectine[note]) affirment que cette molécule produite par Merck aurait des propriétés anti-Covid-19. Mais voilà que le « consensus scientifique » se met à découvrir des effets secondaires très nocifs pour les mammifères et l’environnement. Le 4 février 2021, malgré les études disant le contraire, Merck a publié un communiqué affirmant que son ivermectine ne permettait pas, à leur connaissance, de soigner le Covid. Il est rare qu’une entreprise fasse la contre-publicité visant une de ses productions. Le 31 mars 2021, l’OMS a aussi recommandé de ne pas utiliser l’ivermectine pour les malades du Covid-19, hors essais cliniques. L’ivermectine étant éliminée, les vaccins de Pfizer et Johnson & Johnson, beaucoup plus chers que l’ivermectine, restent la médication qu’ont privilégiée la plupart des États. Et derrière le voile soigneusement tiré, BlackRock pourrait bien être à la manœuvre. En influençant Le Lancet via son actionnaire majoritaire qu’est RELX, il pouvait discréditer les concurrents de ses vaccins qui ont ainsi été les seuls qu’ont achetés les États. Certes, l’on n’a aucune preuve de ces conflits d’intérêts. Il ne serait pas étonnant que BlackRock ait coordonné les affirmations selon lesquelles les vaccins seraient la seule manière de contrer le virus. 

INFLUENCER LES POLITIQUES 

Larry Fink, le PDG de BlackRock est, selon Denis Robert qui lui a consacré un livre, Larry et moi, comme l’homme le plus puissant de la planète avant Poutine, Xi Jinping ou Trump (le livre a été écrit avant la défaite de ce dernier à l’élection présidentielle américaine). Avec un salaire annuel de 25 millions de dollars, il n’est pas le CEO le plus rétribué, mais le plus influent. 

Pour atteindre cet objectif, il doit évidemment fréquenter de très près les dirigeants politiques. C’est ainsi que Larry Fink a été un des premiers invités par le président Macron après son élection et est apparu au moins 7 fois aux côtés du président de la République française. Alors qu’il conseille une foule d’importantes sociétés privées, quel intérêt a-t-il à s’intéresser à la politique française ? En fait, BlackRock suit de près l’évolution des retraites en plein remaniement en France. La politique ne va pas jusqu’à mettre en cause le régime de retraite par répartition (les travailleurs d’aujourd’hui cotisent pour alimenter les pensions des travailleurs d’hier) et à le remplacer par le régime de capitalisation (chacun assure sa retraite en créant un capital, aidé par son employeur). S’il a adopté ce régime de retraite par capitalisation, le travailleur touchera (si les bourses ne s’écrasent pas) un petit pactole lorsqu’il quittera son travail. C’est ce qui se passe aux États-Unis et cette réserve peut être placée dans les actifs, toujours croissants, de BlackRock. Or, la réforme de l’actuel gouvernement français rendra le montant de la pension beaucoup moins prévisible (système de la retraite à points dont la valeur peut changer selon la dynamique de l’économie française). Devant cette incertitude, un grand nombre de travailleurs seront poussés à se constituer un petit magot en parallèle à leurs retraites par répartition. Une telle évolution est évidemment un pas supplémentaire vers la privatisation des pensions, ce qui est un des objectifs des groupes qui, comme BlackRock, veulent privatiser une série de services publics. C’est aussi un des objectifs du Great Reset[note], le programme néolibéral réformiste promu par Klaus Shwab, fondateur du Forum de Davos et Thierry Malleret, son actuel directeur. On peut penser que Larry Fink, si proche de celui qui décide de toutes les politiques françaises, a poussé dans la direction d’une fragilisation des retraites. 

Autre événement critiqué par le groupe des Verts au parlement européen : le choix par la Commission de prendre BlackRock comme consultant dans les orientations des investissements faits par cette même Commission. Les contestataires y voient un conflit d’intérêts et craignent l’influence que BlackRock aurait sur un volet de la politique européenne. En tout cas, c’est l’arrivée d’un lobby très puissant au cœur même de la « Commission géopolitique » européenne. L’attribution du marché a été réalisée selon les règles, mais alors qu’on estimait le marché à plus de 500.000€, BlackRock a fait une offre à 280.000€ qui a été retenue. Certains considèrent que c’est un dumping, une offre déficitaire, mais qui permet de rentrer au cœur de l’enceinte européenne. 

Enfin, on ajoutera l’éviction du patron charismatique de Danone, Emmanuel Faber. Celui-ci avait le défaut (selon les actionnaires, dont BlackRock) d’avoir une politique engagée, avec des accents écologistes et sociaux. Cela n’a pas plu aux véritables décisionnaires, les actionnaires de Danone, qui voulaient plus de profits et pas de politique progressiste. Ils ont donc débarqué Faber. 

BlackRock, qui dispose d’actifs au montant supérieur au budget des États-Unis ou de la Chine, est donc un acteur qui développe la mutation vers encore plus de néolibéralisme. La « Grande réinitialisation » prétend vouloir « privilégier un capitalisme responsable qui s’attaque à deux défis majeurs que sont l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, et la crise climatique ». Mais quand on voit les pratiques concrètes de ces acteurs majeurs du capitalisme réel, on a le droit de se demander si les grandes déclarations des « élites » qui se réunissent à Davos ne sont pas que de la poudre aux yeux. 

Alain Adriaens 

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