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De trein van vals bewustzijn

Adhoc

Aujourd’hui, le débat politique devient un exercice pénible, quand les protagonistes s’accusent mutuellement de verser dans la confusion idéologique. Le sociologue marxiste Joseph Gabel (1912-2004) parlait lui de « fausse conscience »[note] , ce qui revient plus ou moins au même, mais a le mérite de renouveler le vocabulaire a posteriori. Nous en prendrons cette fois trois exemples. 

1. RÈGLEMENT DE COMPTES À OK COVID 

Maintenant que nous sommes sortis de la phase aiguë de la covidiotie, depuis un an, l’heure des règlements de comptes a sonné. Selon mon interprétation, les attaques que nous subissons à Kairos depuis quelque temps découlent avant tout de notre dénonciation sans relâche, pendant les trois années écoulées, de l’hygiénisme autoritaire. Nous devons payer pour notre crime de lèse-autorité publique ! Notre anti-covidisme est une tache (im)morale à effacer dans les consciences citoyennes ! (par contre, c’était bien une tâche morale). Et par-dessus le marché, nous aurions « fait le jeu des fachos » — un classique. Qu’il nous soit arrivé d’interviewer dans nos colonnes des personnages catalogués à droite (Valérie Bugault, Piero San Giorgio, Slobodan Despot) est certainement un prétexte commode[note]. Pourtant, la suite des événements a donné raison aux sceptiques du narratif officiel que nous fûmes dès la première heure[note]. Voyez par exemple les récents « debunkages » implacables de Laurent Toubiana et de Pierre Chaillot, ainsi que précédemment ceux de Jean-Dominique Michel, Jean-Jacques Crèvecœur, Alexandra Henrion-Caude, Louis Fouché, Paul Kingsnorth, Barbara Stiegler, Laurent Mucchielli, Bernard Crutzen, Martin Zizi, Nicolas Thirion, Anne Dumont, Bernard Rentier, Michel Bureau, Yves Rasir, Jean-Paul Bourdineaud, Alexandra Laignel-Lavastine, André Comte-Sponville, Ludwig Hemeleers, Jean Furtos, Michel Cucchi, Jean Stevens, Ariane Bilheran, Vincent Pavan, Stéphane Polsky, Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, etc., qui ne percolent toujours pas dans les médias dominants, et pour cause ! Qui n’a pas encore compris que cette affaire pandémique [sic] ne fut qu’une pitoyable baudruche aujourd’hui dégonflée (mais que certains voudraient regonfler à la première occasion)[note] ? Où sont les centaines de milliers de morts que les épidémiologistes médiatiques annonçaient gravement sur base de leurs très sérieuses modélisations ? Auraient-ils été évités grâce au confinement-enfermement, aux masques-muselières, au couvre-feu, à la « distanciation sociale » et in fine aux injections ? On en attend toujours la preuve… Aujourd’hui, qui pourrait encore défendre sincèrement et d’une manière convaincante le bilan de l’action des gouvernements Wilmès et De Croo en 2020-22 ? Ils nous auraient sauvés d’une épidémie gravissime, vraiment ? Il est tellement plus confortable de refouler ce devoir de mémoire toute récente… et de tomber sur le râble de Kairos, parfait bouc émissaire. Rien de nouveau sous le soleil, le phénomène remonte à la nuit des temps, relisons René Girard. Et c’est vous qui parlez de progrès, mesdames et messieurs les Progressistes ?!? 

Deux mécanismes psychologiques entrent en jeu pour maintenir un semblant de statu quo covidiste après-coup. Primo, l’orgueil. Il n’est jamais facile de (s’)avouer qu’on a été abusé par la propagande, cela demande du courage, de la lucidité et de la modestie, toutes qualités le plus souvent absentes chez les « dividus » actuels, à la fois transis de peur et murés dans leur mauvaise foi — Sartre avait vu juste. Plutôt crever que d’avouer, mais surtout pas du covid ! Secundo, la dissonance cognitive. Les covidistes attardés de 2023 savent ou du moins se doutent que le discours gouvernemental-médiatique était mensonger, mais il ne veulent pas le croire, ni l’entendre. Maman Sophie, papa Alexander et oncle Frank ont été sévères, peut-être même ont-ils fait quelques erreurs, mais c’était pour notre bien. Notre chère chaîne de télévision publique nous a correctement informés. Nos sympathiques experts nous ont éclairés du phare de la science. Que tous soient assurés de notre éternelle reconnaissance! 

2. PATRIARCAT OU MATRIARCAT ? 

Selon la sainte parole du progressisme, tous nos maux proviendraient d’une unique source, le patriarcat, principe actif depuis l’aube de l’hominisation. Difficile à vérifier, la thèse relève davantage de la profession de foi militante et de l’accusation que de la démonstration scientifique ou la critique historique. Le matriarcat aurait-il inversement dominé les rapports sociaux au cours de l’histoire ? Hypothèse tout aussi difficile à vérifier (mais qui, elle, est beaucoup moins souvent avancée). Laissons les temps immémoriaux et revenons à notre époque formidable. Sommes-nous sous le joug d’un Père tyrannique ou d’une Mère étouffante et protectrice ? Les deux, ma colonelle ! Dans son ouvrage Fausse conscience et idéologie (1962), Gabel revient sur la thèse de son confrère Gordon Rattray Taylor (1911-1981) selon laquelle l’histoire aurait vu la succession de périodes patriarcales et matriarcales (patristes et matristes, selon les termes de Taylor). D’après son tableau explicatif[note] reprenant les caractéristiques des deux modèles antagonistes, on conclura que notre âge postmoderne mélange les genres : il est patriarcal par certains aspects — autoritarisme politique, inhibition et crainte de la spontanéité chez les individus prompts à s’auto-censurer —, et matriarcal par d’autres — attitude libérale vis-à-vis des questions sexuelles[note], liberté des femmes[note], appels incantatoires au progressisme, absence de défiance vis-à-vis de la recherche technoscientifique, gommage des différences entre les sexes, promotion de l’hédonisme[note]. Il s’ensuit qu’une société décente devrait, après inventaire, remettre en question ou combattre tout autant certains traits du patriarcat que certains traits du matriarcat, au lieu de taper toujours sur le même clou. 

« Aujourd’hui, l’autorité n’est plus socialisée dans nos sociétés occidentales ni par la communauté traditionnelle, ni par la structure patriarcale de la société[note] », avançait le psychanalyste Gérard Mendel en… 1971 ! Alors par quoi ? Entre-temps, Marius Blouin a apporté la réponse : par la technocratie[note]. Notre devoir est de mettre cette technocratie hors-jeu politiquement, sans pour autant retourner aux pires heures du patriarcat d’antan (limitation de la liberté des femmes considérées comme inférieures, puritanisme, homophobie, religion du Père). Une fois la technocratie K. O., il s’ensuivra normalement que nous cesserons de téter compulsivement le sein nourricier que nous tend la société de consommation[note]. N’est-ce pas là une voie possible et désirable pour l’émancipation, ce beau mot dont les progressistes ont la bouche pleine ? 

3. QUI SONT LES ÉCOFASCISTES ? 

Ici encore, nous avons affaire à cette métaphore bien connue de l’arbre qui cache la forêt. L’écofascisme version 2023 est cet épouvantail agité par les néo-maccarthystes, destiné à faire diversion. Sur le site d’extrême gauche Lundi matin, deux chercheuses-fouineuses et un chercheur-fouineur du CNRS ont cherché-fouiné sur la Toile et ont découvert avec effroi que s’y ébattaient des mouvements écolo-sectaires, dont le réseau Solaris, particulièrement dans leur ligne de mire. Que ceux-ci n’aient aucun poids politique, et ne soient pas près d’en avoir, ne semble guère les rassurer. Mais la démocratie remercie ces trois vigies de l’avoir sauvée par leur courage, leur pugnacité et leur intelligence pénétrante. L’essayiste Pierre Madelin a traité du même thème récemment[note]. 

Mais alors ? Au milieu des années 2000, Serge Latouche, à la suite d’André Gorz et de Bernard Charbonneau, parlait déjà d’écofascisme, mais dans un tout autre sens. Il nous prévenait de la possibilité que la civilisation thermo-industrielle, confrontée à ses limites et contradictions, pouvait générer une réponse étatique et technoscientifique forte, mortelle pour la démocratie et la liberté. Cette possibilité est entre-temps devenue certitude. Alors que l’« écofascisme » sectaire et/ou groupusculaire ne représente qu’un danger potentiel et limité[note], l’écologie technocratique produit déjà des effets concrets dans nos vies, et ce n’est qu’un début, promet-elle ! S’attaquer à elle signifie s’attaquer tout simplement aux pouvoirs en place. Eu égard à la carrière et la réputation, il n’y a aucun risque à montrer du doigt des activistes hirsutes à poncho terrés au fond de la Toile ; incriminer les distingués encravatés présents dans les médias, c’est une autre paire de manches… Que les donneurs de leçons commencent par apercevoir la poutre dans leur œil ! 

Bernard Legros 

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