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« In de veronderstelling dat je bij de stembus niets kunt veranderen, omdat de regels van het spel elders worden gemaakt.

Entretien avec Valérie Bugault[note]

rence de long terme des événements, les changements imposés de longue date. Dans cette continuité, il y a évidemment la situation actuelle, le virus dont nous parlerons. Vous ajoutez qu’aujourd’hui, une réaction par le rejet est la seule alternative possible. Mais pour rejeter, il faut comprendre, n’est-ce pas ? 

Je voudrais juste préciser qu’aujourd’hui j’ai deux sites Internet, Valeriebugault.fr et Révoludroit, qui est, lui, destiné à mettre en œuvre la réforme institutionnelle que je propose pour sortir de l’impasse politique. Il est évident que nous avons abdiqué toute souveraineté politique depuis tellement longtemps, on s’est laissé bercer par de jolis mots comme la démocratie, la République, la liberté, les droits de l’homme, etc., ce qui nous a fait perdre de vue le rapport de force sur le terrain. Les populations étaient convaincues d’avoir gagné pour toujours une représentation politique valable, alors qu’en réalité toutes les manettes du pouvoir économique, monétaire et politique sont entre des mains privées. Nous n’avons pas affaire à un phénomène politique, mais à un phénomène économique, qui a accaparé le pouvoir de déterminer la norme pour le reste du monde. Au XXe siècle, cette imposture s’est élargie au niveau international. 

Depuis quand ce système s’est-il imposé ? 

Notre système politique tourne autour de trois piliers fondamentaux : le parlementarisme représentatif ; la notion de Banque centrale ; la prétendue séparation des pouvoirs. Ils sont les piliers de l’imposture politique, qui ne date pas d’hier, puisque la Banque centrale en France a été créée en 1800 par Bonaparte, qui n’était pas encore Napoléon. Le parlementarisme représentatif et la séparation des pouvoirs se sont imposés à l’occasion de la Révolution française. L’application pratique de la séparation des pouvoirs avait été pensée par Montesquieu comme devant être le sésame de la démocratie en instaurant un équilibre des pouvoirs. Mais elle n’a pas pris en compte le pouvoir monétaire, ce qui fait que cette séparation des pouvoirs n’existe tout simplement pas. Une autre raison est que le parti vainqueur des élections législatives accapare les postes du pouvoir exécutif, que le pouvoir judiciaire est un élément du pouvoir exécutif, puisque les représentants du pouvoir judiciaire, ou plutôt « juridictionnel », font partie du gouvernement. Nous sommes dans une concentration totale des pouvoirs dans les mains du parti vainqueur des élections législatives. 

Les médias s’emploieraient à nous leurrer en permanence… 

Cet enchaînement n’a pu avoir lieu qu’en raison de l’hégémonie du modèle économique hollando-britannique, un modèle de corruption et d’accaparement financier. Cette superstructure de développement économique qu’on a appelé le capitalisme est en réalité une interprétation hégémonique du capital utilisé à des fins de prédation. Ces développements ont été initiés par les grands banquiers fournisseurs de crédits sur le modèle des « compagnies des Indes » tel que conçu par les banquiers hollandais et anglais ; le partenariat public-privé, inhérent au fonctionnement de ce système, doit être compris comme étant la mise au service des apporteurs de capitaux privés, de la garantie financière publique (c’est-à-dire des impôts) et de la force publique. Ce modèle-là représente la quintessence du partenariat public-privé qui prospère de nos jours ; un modèle dans lequel la garantie financière publique et la force publique sont mises au service d’intérêts privés. Si le rapport de force entre l’Empire maritime et le droit continental eût été autre, nous aurions connu un développement économique différent. 

Cette utilisation hégémonique du capital par la caste des apporteurs de capitaux menée par les grands banquiers s’est imposée partout, y compris en France. Il en est résulté que ni le modèle Rhénan de la cogestion, ni le modèle français de le codécision appelée « participation », n’ont pu prospérer. Si le modèle rhénan fut mis en application, notamment via le concept de mutuelle, les principaux apporteurs de capitaux ont tout fait, en France, pour empêcher la mise en œuvre légale de la participation, qui est un sujet juridique interdit (j’en sais quelque chose). Le concept de participation n’a jamais pu s’imposer en France, bien qu’il y soit né et qu’il ait été couvé au sein des vraies élites françaises. Participation et mutuelles ont été balayées par le modèle hollando-britannique, qui est une pure escroquerie juridique, cachée derrière des oripeaux idéologiques, techniques et théoriques (des grandes théories juridiques, économiques, financières et monétaires). 

C’est aussi un outil de l’aliénation qui se fait passer pour le seul système possible. Vous montrez au contraire que tout ça relève de choix politiques et d’une domination. Vous évoquez d’ailleurs souvent la « caste des banquiers-commerçants » et le « nomadisme du capitalisme », en parfaite adéquation avec le principe de la mafia. Guy Debord disait qu’« entre la mafia et l’État, il n’y avait plus aucune différence »… 

C’est vrai. Je parle des « banquiers-commerçants » parce que dès le Moyen-Âge, les banquiers qui fournissaient du crédit étaient aussi des commerçants qui faisaient commerce de matières premières comme l’or, qu’ils n’ont eu de cesse d’imposer comme la quintessence de la monnaie, par facilité et par intérêt, étant donné que l’or est en quantité plus limitée que l’argent. 

Ce qui n’était pas une mauvaise chose, à l’époque… 

Si, c’était une mauvaise chose parce qu’une matière première en quantité limitée peut être accaparée, ce qu’ils ont justement fait, dans le monde entier, au fur et à mesure du temps. Ce faisant, ils ont accaparé le phénomène monétaire en entier, puisque la monnaie avait été finalement assimilée à son vecteur matériel qu’était l’or. C’est le « tout commercial » qui a été le modèle juridique imposé par l’Empire britannique, ce qu’on peut appeler aujourd’hui l’empire financier apatride qui élabore les règles du développement économique. Le libre-échange, lié au nomadisme, est la possibilité éternelle et sans limites de faire des transhumances, pour à la fois les biens matériels, les hommes et les flux financiers. Dans ce système, les banquiers originaires n’apparaissent jamais en première ligne. Il y a toujours des corporations, des entreprises, des fondations et de plus en plus de formes juridiques opaques et anonymes qui ont permis aux banquiers de ne plus jamais apparaître frontalement, alors que ce sont eux qui soutiennent financièrement l’ensemble. 

Dans l’ombre ? 

Oui, puisque celui qui détient la ressource monétaire a la capacité de choisir à qui il affectera cette monnaie. 

La question de la monnaie est essentielle dans votre réflexion. Vous dites qu’elle a été appropriée par les instances privées et qu’elle ne joue plus son rôle d’échange. Le système monétaire américain porte-t-il également cette crise en lui ? 

La monnaie est un concept comptable qui s’est avéré utile et nécessaire pour faciliter les échanges et développer une société. Elle était au service du groupe. À partir du moment où son principe fut accaparé par des mains privées, elle ne put plus rendre le service au groupe puisque les banquiers la dispensent. Venons-en à l’Amérique. À partir de Bretton Woods, le dollar est devenu monnaie mondiale. Signalons qu’à ce moment les détenteurs de capitaux ne soutenaient pas le dollar en tant que monnaie mondiale, mais soutenaient Keynes et son panier de monnaies. À partir du moment où les Américains ont imposé leur propre monnaie en tant que monnaie mondiale, ils se sont tiré une balle dans le pied en fusillant leur économie, car la qualité d’une monnaie mondiale est antinomique avec celle d’une monnaie nationale. Celle-ci doit privilégier les exportations sur les importations, alors que pour remplir le rôle d’une monnaie mondiale, il faut qu’elle circule partout dans le monde en quantité suffisante pour répondre aux besoins des échanges, et donc, elle doit privilégier les importations sur les exportations. On comprend qu’une économie qui a beaucoup plus d’importations que d’exportations est déjà morte. 

Le découplement du dollar à partir des années 1970 devait assurer sa circulation en quantité suffisante dans le monde entier ; se posait dès lors un problème de fondamentaux, une question de crédibilité d’une telle monnaie. Cette question a été résolue par la déréglementation bancaire qui a permis de transformer des dettes en « actifs comptables » moyennant un nouveau vecteur juridique : la titrisation des créances, sans égard pour la qualité intrinsèque desdites créance (plus ou moins douteuses). L’objectif était, dès le départ, de mélanger dans des paniers juridiques créés pour l’occasion, les « special purpose vehicules » (SPV), validés par toutes les « autorités » bancaires et de marché, les créances irrécouvrables avec des créances de meilleures qualité intrinsèque. 

Cette construction hors sol fut encore aggravée par la création de produits synthétiques, de dérivés, sur ces dettes devenues des « actifs comptables ». Nous avons ainsi assisté, médusés, à de l’alchimie des temps moderne consistant à transformer des dettes en biens tangibles commercialisables et répandues dans le monde entier. 

Ces pratiques mafieuses ont rendu tout le système monétaire international extrêmement fragile car reposant sur des actifs qui n’en sont pas ; ce qui fut encore aggravé par l’imposition mondiale, via les normes comptables IFRS, du prétendu « juste prix ». En fait de juste prix, ces normes ont retiré toute prévisibilité et toute certitude à la valeur des actifs détenus par les entreprises car ces derniers ne sont plus comptabilisés à leur coût historique d’acquisition mais à une valeur, dite « juste », qui repose sur des critères subjectifs, instables et contestables. 

Il résulte de toute cette créativité économico-bancaire, que les actifs n’ont réellement plus de valeur vérifiable et que l’intégralité du système est, de ce fait, fondée sur un principe de spéculation. 

Il faut bien comprendre que pour maintenir le dollar dans son rôle de monnaie mondiale, les « autorités financières américaines » ont été contraintes de créer des actifs sous-jacents, en transformant des passifs en actifs au moyen de la titrisation, et surtout d’opérer le doublage de ces faux actifs par des produits dématérialisés, 

tout aussi artificiels et faux que les premiers. C’est ainsi que le circuit financier est devenu un énorme casino où l’on pratique la spéculation à qui mieux mieux. 

Cela peut-il expliquer que le système américain soit devenu un empire qui doit dominer le reste de la planète pour une raison évidemment économique ? 

Le système américain n’a jamais été aussi puissant que tant qu’il n’a pas imposé sa monnaie mondialement. 

Donc, il s’est tiré une balle dans le pied ? 

Il s’est tiré une balle dans le pied et les banquiers les attendaient au passage. Les banquiers savaient très bien qu’à terme ce système n’était pas viable parce qu’ils l’avaient déjà expérimenté avec la Livre Sterling. Ils savaient bien qu’une monnaie nationale est incompatible avec une monnaie mondiale, raison pour laquelle Keynes préconisait le panier de monnaies. Ça ne pouvait pas bien finir ! On a assisté à un phénomène presque incroyable : les banquiers ont lâché l’empire américain pour pouvoir développer un gouvernement mondial qui soit indépendant des États-Unis ! 

L’effondrement de l’empire américain est quelque chose de profitable aux banquiers ? 

Oui, les banquiers ont toujours développé les empires avant de les liquider en fonction de leur agenda. Il en a été de même pour les empires européens. Ces gens-là ont développé les villes, les États et les empires pour les liquider par la suite au profit d’un renouvellement qui sert toujours leurs propres intérêts. Les dirigeants devraient devenir sérieux, considérer l’histoire et comprendre qu’il y a un moment où il faut siffler la fin de la partie pour ces prédateurs. L’humanité n’a pas d’avenir si elle se met entièrement dans les mains de ce type de caste. Ça devient évident aujourd’hui. 

Tout ce que je vous dis était caché, n’apparaissait pas de façon évidente aux yeux du monde. Aujourd’hui, avec la crise covidienne, on constate que l’OMS est en train d’acquérir des prérogatives réglementaires au niveau international. Derrière, il y a des capitaux de plus en plus privés et donc, en fait, l’OMS fonctionne sur le modèle développé par l’OMC des grands capitalistes, ces fournisseurs de crédit qui ont pris le contrôle de l’humanité. 

Rappelons juste qu’on fait apparaître l’OMS comme un service public, mais c’est une « boîte privée », en fin de compte… 

Un de ses principaux fournisseurs de capitaux, c’est quand même la Fondation Bill et Melinda Gates, qui intervient aussi à plus d’un titre dans presque tous les grands médias occidentaux, notamment Le Monde

À l’occasion du covid, l’importance donnée à l’OMS serait aussi le signe que le « fait politique » s’est effacé devant le « fait économique », et mieux encore, le « fait financier » ? 

Derrière le fait économique, effectivement, il y a la puissance financière, ce que j’ai appelé le capitalisme hollando-britannique. En guise d’alternative, il y avait le modèle, qui reste capitaliste, rhénan fondé sur la cogestion et surtout, plus radical encore que le premier, le modèle de la codécision inclus dans le modèle français de la « participation », que j’ai réinventé ou plutôt remis au goût du jour dans ma théorie juridique de l’entreprise (voire mon livre « La nouvelle entreprise »). 

Ce capitalisme-là n’est pas pathologique, il est au service du développement du groupe, alors que le modèle capitaliste que nous connaissons aujourd’hui est un modèle de prédation extrêmement pathologique et de déséquilibre intégral des pouvoirs entre ceux qui détiennent les capitaux et ceux qui apportent leur force de travail. 

C’est un sujet complexe, mais certains disent que le ver est dans le fruit, et que le système capitaliste en soi doit être prédateur pour pouvoir continuer… 

Absolument pas ! Du point de vue du modèle hollando-britannique, vous avez raison, mais on aurait pu dire « le capitalisme, c’est autre chose ». La question capitaliste ne se pose plus du tout dans les mêmes termes si l’on met en œuvre le modèle capitalistique unique de la participation, ou, dans une moindre mesure, si l’on réinitie le modèle du capitalisme rhénan avec sa forme de mutualisation. 

Mais est-ce qu’on pouvait encore l’appeler à ce moment-là « capitalisme » ? 

Évidemment, on a créé un antagonisme entre libéralisme et communisme, on a pris l’habitude d’assimiler le capitalisme à ce modèle hollando-britannique. Moi je propose de revenir sur sa définition en disant que le capital peut être utile au développement du groupe, mais à la condition exclusive qu’il soit rééquilibré de façon radicale, de façon statutaire et structurelle, par rapport à la capacité de travail et à la réalité du groupe des individus, des intérêts desquels le capital doit tenir compte. Autrement, c’est une prédation, une pathologie de développement économique. 

Ce système en place a instrumentalisé les États. Vous dites que la caste des banquiers commerçants, que d’autres appellent l’État profond, dirigent entièrement les États. Des politiciens en sont conscients comme Emmanuel Macron et notre premier ministre, Alexander De Croo, qui sont Young Global Leaders. Il y en a d’autres assoiffés de pouvoir qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe… Mais en tout cas, l’État est un outil au service de biens privés minoritaires… 

Il faut comprendre que l’État , tel qu’il se présente actuellement et sur le modèle décrit plus haut, est un show business, un spectacle que l’on montre aux gens pour leur faire croire qu’ils sont en démocratie, et pour les museler, finalement. C’est une imposture politique totale. Le phénomène politique a disparu à la faveur de son accaparement par les détenteurs du pouvoir économique, qui sont à l’origine les banquiers. Ils ont développé toutes les méthodes pour se rendre anonymes et pour supprimer toute responsabilité. Il faut bien comprendre pourquoi l’anonymat leur est indispensable : afin de ne pas attirer l’attention et de n’être pas contestés ni attraits en responsabilité. Si quelqu’un se met à acheter la terre entière, ça entraînera des réactions ! 

Il y a quelques éléments de preuve, mais aussitôt publiés, aussitôt oubliés. On parlera de Draghi, Monti, Barroso, Prodi qui sont liés de très près à Goldman Sachs et spécialistes du pantouflage. De Croo vient du Boston Consulting Group, proche du Vanguard Group. Ces éléments ne percolent pas… 

Non, parce qu’il y a trop de noms, trop de structures différentes, trop d’apparences de diversité pour que les gens comprennent bien la réalité de l’accaparement. La diversité des structures apparentes empêche l’appréciation de la réalité sous-jacente, de la même façon que quand on vous dit « Vous êtes en démocratie parce que vous êtes en parlementarisme représentatif, sous pseudo-séparation des pouvoirs », ça vous empêche de considérer la réalité qui se cache derrière. Il y a toujours une apparence qui est mise en œuvre pour empêcher l’accès à la réalité du terrain, et c’est ça que les médias sont chargés de cacher, finalement. 

Alain Accardo a une très belle phrase à ce sujet, il dit que « les médias ont le monopole de la représentation du réel ». 

Ils n’ont pas le monopole total, parce que celui-ci est aussi le fait des partis politiques… 

Sauf que les partis politiques sans les médias ne seraient pas en bonne posture ! 

Exact ! 

J’ai envie d’insister sur quelques notions, notamment celle de libre-échange dont on parle partout. Expliquez-nous pourquoi le jeu n’est pas du tout libre… 

À partir du moment où vous interdisez aux États tout possibilité de barrières tarifaires (c’est-àdire toute possibilité d’instaurer des droits de douanes) et non tarifaires (c’est-à-dire la possibilité de légiférer pour interdire ou restreindre certains flux) il est évident que vous retirez aux États l’essentiel de leurs prérogatives en tant qu’autorités publiques. En faisant cela vous supprimez de facto la légitimité des États et faites basculer le monde dans la loi de la jungle, autrement dit la loi du plus fort (où le plus fort est celui qui impose les règles du jeu économique et monétaire) ; laquelle s’accompagne du retour de la loi du talion. Une immense régression en termes de civilisation. 

Sans règles pour rééquilibrer les rapports de force, c’est la loi de la jungle. 

Je comprends que le libre-échange soit une fantaisie, mais certains y croient encore. Les grosses multinationales sont celles qui profitent le plus de cette liberté. Eux, ont la réelle liberté d’échange et on peut aussi, à ce niveau-là, parler des paradis fiscaux. 

Tout ça est lié au fait que les banquiers-commerçants aient pris le contrôle du pouvoir économique, ce qui leur a permis de prendre le contrôle de l’État et de la capacité à édicter des lois ; ils se sont ainsi érigés en « juges et parties », c’est-à-dire qu’ils ont supprimé tout organe de contrôle réel et tout contre-pouvoir à leur puissance ». 

Ils édictent des règles pour les mettre à leur service. Et vous avez raison, les paradis fiscaux entrent dans ce jeu-là. Ils ont fait l’objet d’une guerre, mais pas dans le sens où Nicolas Sarkozy le suggérait, soit qu’il fallait lutter contre les paradis fiscaux pour aller vers plus de morale économique. Tout au contraire, la guerre en question a consisté à lutter contre les paradis fiscaux qui échappaient encore aux plus gros acteurs de la finance internationale anglo-saxonne qui ont avalé tous les paradis fiscaux sous forme de comptes numérotés. Donc, effectivement, il y a un jeu géopolitique du paradis fiscal, dans la mesure où ceux qui édictent les règles sont ceux qui contrôlent l’émission et la circulation monétaire. C’est la raison pour laquelle Sarkozy disait que rien ni personne ne pourrait s’opposer au gouvernement mondial. C’est en place depuis fort longtemps, mais les gens n’en avaient absolument pas conscience. De fait, les gens croient encore aujourd’hui majoritairement en les « hommes politiques », alors que ceux-ci ne sont que des acteurs, non politiques, au service de ceux qui contrôlent le pouvoir économique réel. Il faut toujours s’intéresser aux rapports de force sous-jacents et vous comprenez tout de suite que l’on est dans une fumisterie ! 

Bien organisée… 

…bien sûr, organisée de très longue date. Ces gens-là ont énormément d’expérience dans la manipulation des idées, des idéologies et des émotions des foules. 

Oui, donc, on peut dire que quand on parle de « lutte » dans les médias mainstream et que les partis politiques parlent de « lutte contre des paradis fiscaux » ou les « grosses fortunes », on est dans le contraire, en fait… 

On est dans l’imposture. Quand ces gens-là parlent de droits ou de libertés, c’est pour cacher la misère. Parce que quand vous vivez dans un monde réellement libre, vous n’avez pas sans cesse à la bouche le mot « liberté »… 

Évidemment, plus ils en parlent, moins ils la concrétisent… 

Dans un monde équilibré, vous ne penseriez pas à parler d’équilibre des pouvoirs et de séparation des pouvoirs. À partir du moment où on se met à entendre parler en permanence de liberté, de démocratie ou de République, vous pouvez être sûr qu’il s’agit de l’inverse. La République, c’est la res publica, c’est la chose publique. Or, en fait, ils ont appelé « République » un système politique entièrement au service des pouvoirs financiers. 

On entend de plus en plus souvent les gens dire : « Mais on est quand même en démocratie, on a quand même de la chance ». Vous dites que nous ne sommes plus en démocratie. L’a-t-on déjà été ? 

Structurellement, nos pouvoirs politiques ont été organisés pour servir les intérêts de la haute finance. Mais au début de cette organisation, il y avait encore des contre-pouvoirs ancrés dans les mœurs et dans la réalité politique, en particulier au moment de la Révolution française, où il y avait encore un parti sous bannière royaliste qui s’opposait encore un peu à certains objectifs de la haute finance et de la grande bourgeoisie. Ensuite, cette opposition s’est transformée sous la forme de l’opposition entre le libéralisme et le communisme. Les contre-pouvoirs venaient alors de l’extérieur, de l’Histoire ou encore de constructions idéologiques qui étaient artificielles, mais qui existaient de facto

Quand le Bloc de l’Est s’est effondré en tant qu’idéologie et régime politique, tous les contre-pouvoirs ont disparu, et les vices inhérents à nos propres régimes sont devenus évidents. 

C’est comme ça qu’on a eu l’OMC, arrivée en 1994, juste après l’effondrement du Bloc de l’Est. Puis le traité de Maastricht…. 

La génération du libre-échange… 

Exactement. Juste après le renouveau « unionesque » européen. Le libre échange a connu un nouvel essor, si vous voulez, à partir du moment où les contre-pouvoirs extérieurs ont disparu. 

Certains disent « Mais il faut investir le pouvoir ! ». Mais si je vous comprends bien, dans cette configuration, ça ne sert à rien de se faire élire, il faut faire autre chose, il faut changer le système… 

Bien sûr, le rapport de force n’est pas dans les urnes, que j’appelle des « urnes funéraires », mais il est ailleurs, il est sur le terrain. Par hypothèse, vous ne pouvez rien changer dans les urnes, puisque les règles du jeu sont élaborées ailleurs. 

Propos recueillis par Alexandre Penasse en janvier 2022. 

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