
Alors que nombreux se demandent pour qui voter aux élections de juin 2024 en Belgique, il n’est pas inutile de se remémorer ce qu’a fait, ou n’a pas fait, le gouvernement fédéral. À ce titre, le bilan de la Vivaldi et de ses têtes de liste, les mêmes issus des mêmes partis, pour 2024, doit être réalisé. Pendant la crise, tous ont refusé le débat, après la crise, aussi. A vous d’en tirer les conclusions.
Voici venu le temps des élections. Une grande année pour ceux qui s’intéressent aux suffrages, puisque cette année des élections ont lieu à toutes les échelles : communale, régionale, fédérale, européenne et même internationale (Russie, États-Unis, Inde, Iran, pour une liste exhaustive, les lecteurs peuvent consulter l’article « Infographie. Quels pays votent en 2024 et quand votent-ils ? » publié par Courrier International »1. Lors des dernières élections législatives belges en 2019, le grand gagnant était l’abstention avec 17% de la population qui n’a pas voté (ou a voté blanc ou nul)2. Les prédictions pour les élections de 2024 sont similaires3 (notons que les votes blancs ou nuls ne vont pas à la majorité4, contrairement à la rumeur très répandue qui circule). Alors, pour qui voter – telle est la question ? Ou plutôt, to vote or not to vote – that is the question. Comme aide à la décision, un bilan de la période de 2019 à 2024 peut être tiré. Certains me traiteront de rabatjoie qui chante toujours la même chanson (et à juste titre), mais la période de la gestion de la crise sanitaire/sociétale par le gouvernement « Vivaldi », ou plutôt « Vive Aldi ! », (composé d’Open VLD, MR, CD&V, Groen, Écolo, Vooruit, PS) doit être prise en compte, d’autant plus quand il s’agit des mêmes têtes de… liste qui ont l’audace de se représenter aux élections. Effectivement, on peut retrouver parmi ces derniers Sophie Wilmès (MR), Maxime Prévot et Yves Coppieters (les Engagés), Paul Magnette et Caroline Désir (PS), François De Smet (DéFi) et Georges Gilkinet (Écolo). Revenons sur les quelques positions qu’ils ont prises lors de la crise sanitaire.
Au-delà de l’impact néfaste direct sur la santé des nombreuses mesures sanitaires inutiles, les répercussions des décisions de la lutte contre le SARS-CoV-2 prises pendant la période d’épidémie couvrent une variété de domaines (soins de santé physique et mentale, économique, juridique, social et sociétal…) et s’étendent à long terme. En d’autres termes, nous n’avons pas encore cessé d’en payer la facture. Alors, où en sommes-nous aujourd’hui au niveau des soins de santé ? Dans le rouge, apparemment (selon une étude menée par Belfius5 et relayée notamment par la RTBF6). La situation était cependant déjà tendue avant 2020, notamment lorsque Sophie Wilmès était ministre du Budget7. La façon dont le personnel de soins santé a été traité lors de la crise a été tout simplement scandaleuse : surcharge de travail et applaudissements au début, puis suspension et diffamation de ceux qui ont refusé le vaccin contre le covid. À aucun moment de la crise il n’a été question de débattre pour augmenter les budgets du secteur des soins de santé… Celui-ci était fragile avant, pendant et après la crise. Aujourd’hui, les hôpitaux belges risquent la faillite8.
Pendant la pandémie, quels partis se sont opposés aux confinements ? Quels politiciens ont débattu sur l’efficacité de cette mesure en tenant compte des répercussions psychologiques, économiques et sociales qu’elle engendrerait ? Qui, parmi eux, ont osé dénoncer l’absurdité de l’application des distanciations sociales (comme par exemple l’interdiction de s’asseoir sur les bancs à l’extérieur) ? Et où étaient les élus qui se sont posé la question de l’efficacité du masque ? Au sein du PS, Paul Magnette a figuré parmi les premiers et les plus stricts dans l’imposition du port du masque généralisé : il explique dans une vidéo sur les réseaux sociaux9 pourquoi le masque est efficace contre la transmission et constitue le seul moyen d’éviter une deuxième vague. Il explique aussi à propos du Covid Safe Ticket (CST) qu’« il aurait été plus simple d’avoir comme en France et en Italie une décision uniforme que personne ne discute »10. Il s’est également montré favorable à la vaccination obligatoire en cas de situation « plus tenable »11 (notons toutefois que ce n’est pas uniquement au sein du PS que l’on a trouvé des élus favorables à la vaccination obligatoire : le CDH — dont Maxime Prévot —, Vooruit et le CD&V y ont également été favorables12). Toujours au PS, Caroline Désir, ministre de l’Éducation, qui n’était pourtant pas initialement pour l’imposition du port du masque dans les écoles, a fini par se plier aux exigences de Frank Vandenbroucke concernant l’obligation du port masque dès l’âge de 6 ans. En effet, elle a décidé d’exécuter «loyalement» les mesures de Vandenbroucke 13. Elle n’a pas non plus oublié de « convaincre les élèves bruxellois de se faire vacciner, un “devoir” de rentrée »14. Toujours chez les rouges, le PTB a eu le bon sens d’être contre la vaccination obligatoire… mais par contre pas en défaveur de la vaccination généralisée : le PTB a critiqué le manque de rapidité et d’efficacité du gouvernement à mettre en place des mesures sanitaires comme le port du masque, les tests PCR et les campagnes de vaccination15. Si le PTB a exprimé sa position défavorable envers l’application du CST, ce n’est pas le cas de DéFi, dont François De Smet, qui se présente aux élections et qui a déclaré « que la Belgique aurait dû s’inspirer d’Emmanuel Macron »16.
En ce qui concerne les écolos, ils ont été absents du débat : lorsqu’il s’est agi de manifester contre les mesures, il n’y a pas eu un chat et quand il a fallu prendre position publiquement sur différentes mesures sanitaires, c’est au chat qu’ils donnèrent leur langue (tant et si bien que certains ont quitté le parti faute de prendre position sur le pass sanitaire17). Un seul député écolo a donné temporairement espoir au village wallon dans lequel j’habite en acceptant une invitation à une rencontre citoyenne pour écouter les villageois exprimer leur profond désarroi à propos du CST et des masques chez les enfants. Deux semaines plus tard, lors d’une manifestation contre l’adoption de la loi pandémie devant le parlement wallon, ce même député se trouvait parmi les manifestants… à essayer de les convaincre que la loi pandémie était une bonne chose que les manifestants ne comprenaient tout simplement pas… Il suivait sans doute la feuille de route du vice-Premier ministre Georges Gilkinet qui avait voté en faveur de cette loi18. Notons que pour une fois Elio Di Rupo ne se présente pas aux élections…Dommage, son commentaire sur les non-vaccinés mérite de rester dans les annales : « Mourir libre, c’est mourir – quand même –»19.
Aucun de ces partis n’a lancé de débats au début, pendant ou après la crise. Aucun n’a lancé d’investigation (publique) sur le bilan des décisions prises sur les mesures sanitaires. Aucun mea culpa. Aucune remise en question. Aucune tentative de réconciliation après tant de fautes (volontaires ou involontaires), de mépris et d’insultes. Alors que la crise a constitué le seul et unique sujet de discussion jour après jour pendant quelques années, il a disparu du jour au lendemain sans même une déclaration d’une fin de pandémie. Il pourrait m’être reproché de juger trop sévèrement un gouvernement qui a dû faire face à une crise sans précédent. À cela, je répondrais en citant Martin Luther King : « La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis ». Au prochain qui m’interpellera avec cette phrase : « Si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de te plaindre », je répondrai : « Et toi ? Considères-tu que tu as le droit de te plaindre uniquement de ton candidat, ou également de ceux pour qui tu n’as pas voté ? Les deux ? Moi je me plains uniquement de ceux pour qui je n’ai pas voté ». Le biologiste le plus réputé de notre temps, Richard Dawkins, déclara à propos de son athéisme : « Nous sommes tous athées à l’égard de la plupart des dieux auxquels l’humanité a cru. Certains d’entre nous vont simplement UN dieu plus loin ». Cette phrase est également extrapolable au rapport qu’a l’anarchiste vis-à-vis des partis politiques. Bon vote !
Kaarle Parikka



