Dans le cadre du colloque consacré à la dérive totalitaire sur les enfants, Alexandre Penasse s’est entretenu avec les co-auteures de Psychopathologie de la pédophilie, Amandine Lafargue, psychologue clinicienne et sociale, et Ariane Bilheran, philosophe, docteur en psychopathologie, auteure de nombreux ouvrages dont les Chroniques du totalitarisme, L’internationale nazie et L’imposture des droits sexuels.

Kairos : Quel est le lien entre totalitarisme et pédophilie ?
Ariane Bilheran : J’ai sous-titré mon livre sur l’imposture des droits sexuels La loi du pédophile au service du totalitarisme mondial. Tout simplement parce qu’il s’agit de programmes internationaux qui visent à imposer aux peuples l’idée selon laquelle l’enfant serait sexualisé et qu’il faudrait lui enseigner la sexualité dès sa naissance. Or, pour nous, psychologues formés au psychisme de l’enfance, nous savons très bien que vouloir sexualiser un enfant est une projection pédophile, ainsi de la Déclaration des droits sexuels du Planning familial international, qui est repris par l’OMS comme une référence pour attribuer des droits à la sexualité chez les enfants. Cette prétention n’a aucune base scientifique, mais repose sur l’imposture des fameux rapports Kinsey de 1948 et 1953 sur le comportement sexuel humain. La conclusion à laquelle je suis arrivée en écrivant ce livre, c’est que l’on cherche à provoquer un traumatisme de masse chez les enfants du monde entier. Dans la majorité des cas, le pédophile fonctionne par séduction et confusion, en projetant sa sexualité d’adulte sur un enfant dont il veut croire qu’il a une sexualité en miniature.
Et c’est cette idéologie des pseudo-droits sexuels que l’OMS prétend imposer aux États et aux parents du monde entier, au travers de textes visant à « développer le potentiel sexuel de l’enfant ».
C’est quoi, le potentiel sexuel de l’enfant ?
A. B. : Il n’y en a pas. L’enfant n’a pas de sexualité.
Amandine Lafargue : Depuis les années 1990, on prétend développer les « compétences » des individus, censées être « utiles ». On regarde le profil de chacun en termes de « compétences », d’« activités » de « flexibilité ». Et, selon cette logique, la sexualité serait une compétence comme une autre.
Comment expliquer à des parents que leur enfant n’a pas de sexualité ?
A. B. : L’enfant a une sensorialité, mais pas de sexualité. La sexualité émerge avec la puberté, tout simplement. Ce n’est pas parce que l’enfant a un zizi qu’il va s’en servir tout de suite. Il faut des conditions de maturation psychologiques, émotionnelles, intellectuelles, etc. De la même façon, on peut avoir des jambes, mais on ne marche pas immédiatement, on peut avoir une langue, mais on ne parle pas immédiatement.
A. L. : Étymologiquement, le monde scolaire est ce qui est clos : l’école est un endroit où l’on prend de la distance par rapport à son environnement culturel et où l’on n’a pas à se mêler de l’intime. On doit y apprendre à réfléchir sur la vie, mais on n’a pas à dire comment se servir de son corps ou comment éprouver des plaisirs. Il ne s’agit pas d’éducation, mais d’initiations, qui n’ont rien à faire à l’école.
Mais de telles initiations ne sont-elles pas promues sous couvert de bienveillance ?
A.L. : C’est une logique typique du pédophile, qui prétend toujours aimer les enfants. On joue sur les mots, comme si les agressions sexuelles étaient toujours faites de manière violente. Lui va dire qu’il a approché les enfants avec des techniques douces d’initiation, pour son bien. Et souvent, ce sont des anciens abusés, parfois même violemment. On imagine bien que si on commence à éduquer les enfants, cela fera des générations d’enfants qui reproduiront les mêmes choses sur d’autres enfants. Au bout de combien de cours sexuels le grand frère va-t-il vouloir jouer avec son petit frère ?
En Belgique, le guide EVRAS (Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) propose aussi d’introduire la sexualité à l’école à partir d’un très jeune âge, dans « une démarche fondée sur le respect, la tolérance, l’accueil des différences et l’ouverture à l’autre. Elle vise à apporter une information fiable, impartiale et exhaustive et à participer au développement de l’esprit critique afin d’aider les gens à construire leur identité, assurer leur bien-être et à prendre des décisions éclairées ». A priori, cela semble très bien…
A.B. : La terminologie bienveillante du guide que vous citez est typique. Partout, on considère les enfants comme partenaires de l’adulte pour être éduqués. L’OMS prône d’initier les enfants entre 0 et 4 ans « au plaisir et à la satisfaction liés au toucher de son propre corps, avec la masturbation enfantine précoce » ! On retrouve là cette confusion perverse. L’enfant peut certes explorer tout son corps et faire du tripotage, mais pas de la masturbation, qui est un terme de sexualité adulte. Cette confusion de termes et ces mélanges entre les générations sont la marque de processus pervers qui vont très loin. Le même texte affirme, qu’« idéalement, les différents sujets sont introduits avant que l’enfant arrive au stade correspondant du développement ».
Donc, par définition, on crée du trauma ?
A.L. : Exactement. Cette approche est par définition traumatisante puisqu’on expose des choses pour lesquelles les instances psychiques ne sont pas en place. L’esprit de l’enfant se retrouve ainsi en vrac, l’exposant ainsi à des pathologies qui attaquent le lien et affectent ses capacités d’empathie. Ces pseudo-cours d’éducation constituent en fait une effraction psychique.
On va créer des addictions et des compulsions de répétition. Si on montre quelque chose trop tôt à un enfant, il va vouloir retrouver cette vidéo, d’abord pour la digérer afin de dépasser son traumatisme, mais aussi parce que ça l’aura éveillé à des sensations nouvelles, confuses, mais excitantes. Dans sa période de latence prépubère, un enfant devrait normalement investir des espaces d’apprentissage, développer sa mémoire et sa concentration. Pour cela, il a besoin d’un espace psychique qui lui permette de se retrouver seul avec lui-même. Or, à la place, on le stimule en permanence avec quelque chose d’excitant, avec des paillettes ou de nouveaux jeux. Ce n’est pas à lui de dire non, c’est à nous de l’en empêcher.
A.B. : Comme Freud l’a montré, lorsqu’un enfant est initié à la sexualité par un adulte, il devient « inéducable », car on a réveillé trop tôt certaines pulsions. D’où une dissociation traumatique, car l’enfant ne peut plus contrôler toute cette partie pulsionnelle qui le submerge. Au contraire, l’éducation a pour rôle de construire un cadre et de la frustration.
Cette volonté d’exposer les enfants au sexe semble omniprésente, et se retrouve aussi de manière plus ou moins directe dans des films qui leur sont destinés.
A.B. : Il s’agit en effet d’un plan mondial. Une professeure de droit qui a travaillé pour le Département américain de la Justice a dénoncé cette idéologie promue au travers des films pour enfants, notamment ceux de Walt Disney, qui contiennent des images subliminales, lesquelles sont une effraction traumatique chez l’enfant. Or, plus une telle effraction intervient tôt, plus elle est traumatisante. Alors qu’un enfant qui n’est pas encore mûr du point de vue psychique, affectif, émotionnel, neurologique et intellectuel ne peut pas avoir de consentement libre et éclairé, cette idée du consentement de l’enfant est insinuée dans les textes de référence. C’est ainsi que l’OMS a eu cette idée extraordinaire de créer la notion de « citoyenneté sexuelle », et ce dès la naissance. On a là une injonction paradoxale complète : alors que la sexualité relève du registre de l’intime, la citoyenneté relève du politique. On retrouve là ce mélange des genres, cette confusion facilitée par cette novlangue qui est l’une des marques du totalitarisme. Souvenons-nous que celui-ci cherche à imposer une domination totale sur l’intime.
Vous pointez du doigt le rôle crucial d’Alfred Kinsey, lequel s’est notamment livré à des expérimentations sur des enfants de moins d’un an, chez qui il avait « stimulé des orgasmes ». Cela fait plutôt penser à de la torture. Et c’est sur ces rapports Kinsey que la Déclaration des droits de l’enfant et la « citoyenneté sexuelle » seraient fondés ?!
A.B. : Qui était Kinsey ? Un entomologiste spécialiste des insectes parasites des végétaux, tout à fait habilité donc à parler de la sexualité humaine et encore mieux, du psychisme des enfants ! Il a été financé par la Fondation Rockefeller à l’Université de l’Indiana pour effectuer des recherches sur la sexualité humaine. Son échantillon comprenait 4.120 hommes, dont 3.526 avaient des déviances sexuelles avérées, parmi lesquels 1.600 délinquants sexuels psychopathes incarcérés. Quel échantillon impartial ! L’institut Kinsey a créé le SIECUS, un organisme censé promouvoir l’information sexuelle aux États-Unis et qui a inventé ce terme de pure novlangue qu’est l’« éducation à la sexualité ». La première responsable de cet organisme, le Dr Mary Calderone, souhaitait favoriser la prise de conscience de l’importance vitale de la sexualité des nourrissons et des enfants et elle encourageait les élèves à utiliser des ouvrages sexuels contenant des images explicites. Délivrant des certifications en santé sexuelle un peu partout dans le monde, elle est une référence pour l’OMS ! J’ai eu accès à l’un de ces cours de certification prodigués à l’Université Laval du Québec. Le professeur y a exposé la définition de l’orgasme selon Kinsey. Accrochez-vous ! « Un bébé agité se calme dès la première stimulation sexuelle. Il perd tout intérêt pour d’autres activités et entreprend des poussées pelviennes rythmiques. À l’approche de l’orgasme, il est pris de convulsions, de violents mouvements des bras et des jambes, et il pleure parfois au moment de l’orgasme. Il a le regard vague, fixe et vide, et est pris de spasmes soudains ». Selon la doxa Kinsey, c’est un état euphorique de plaisir. En réalité, ainsi que nous l’a expliqué le docteur Régis Brunod lors du colloque, il s’agit d’un état épileptique provoqué.
A.L. : Des enfants qui ont été traumatisés si tôt – on parle d’un bébé de 5 mois – ne pourront plus prendre de recul et seront enfermés dans l’immédiateté. Ils vont souffrir de psychoses ou d’états dissociatifs. On crée ainsi des gens accros au système de récompense immédiate, qui privilégient des réponses rapides, des pensées rapides, de la jouissance et du plaisir rapides. Ils seront ainsi parfaitement adaptés à nos sociétés consuméristes, où ils voudront acheter des objets pour se procurer toujours plus de plaisir à très court terme. Ils vont chercher à se remplir en continu, pour tenter de combler un vide psychique profond.
De même, ils vont devenir des consommateurs de sexe.
A.L. : De sexe et d’excitations en tous genres, dont ils vont réclamer des doses toujours plus importantes, car leurs récepteurs de dopamine ont été grands ouverts dès leur plus jeune âge.
Certains consomment du porno dès 8 ans ?
A.B. : Bien sûr. Il y a aussi des intérêts marchands derrière cette
promotion de la sexualité.
A.L. : Cela va jusque dans les livres pour enfants, qui contiennent des incitations insidieuses. Ainsi de certains livres destinés à des enfants de 12 ans, où l’on précise que les derniers chapitres ne sont censés être accessibles qu’aux enfants de 15 ans. Évidemment, cela va inciter les plus jeunes à s’y plonger. Toutes les techniques de psychologie sont appliquées pour pénétrer facilement le cerveau fragile et immature des enfants.
La sexualisation des enfants n’est-elle pas renforcée par l’idéologie LGBTQIA+ ? Oser la contester expose à se faire traiter de transphobes ou d’homophobes. Le guide EVRAS évoque le terme d’« hétéro-normativité », une attitude rétrograde qui consisterait à estimer que l’hétérosexualité est la norme.
A.L. : Le but, c’est le grand renversement. Notre génération a reçu l’éducation de nos parents et de nos grands-parents, qui nous protégeaient en tant qu’enfants. Aujourd’hui, on vole les parents de leur autorité parentale lorsque leurs enfants, revenant de ces cours d’éducation sexuelle prétendent savoir mieux qu’eux ce qu’il faut penser du sexe et comment on devrait en parler. Je reçois en consultation des enfants de 6 ans traumatisés par les « enseignements » sexuels explicites qu’ils ont reçus, et ce d’autant plus qu’ils contredisent les explications métaphoriques de leurs parents qui se contentent de dire que les enfants naissent grâce à une petite graine plantée parce que leurs parents s’aiment très fort. En dessous de 7 ans, on se structure avec de la pensée magique, avec de jolis mythes, comme celui du père Noël.
A.B. : Le monde de l’enfance est un monde de l’innocence et de l’imaginaire. Donc L’enfant va créer un monde imaginaire, dont il sait bien que ce n’est pas le monde réel, mais qui va lui permettre de déployer sa sécurité intérieure. Les adultes ne doivent surtout pas s’y immiscer et imposer aux enfants leurs angoisses et leurs projections d’adultes. Cela va bien au-delà de la sexualité. Il suffit de voir le désastre psychologique infligé aux enfants avec la terreur propagée lors de la pandémie. La Déclaration des droits sexuels et les standards de l’OMS reposent sur un sophisme selon lequel
1) les enfants sont des êtres humains ;
2) les êtres humains – en fait les adultes – ont une sexualité ; 3) donc, les enfants ont une sexualité.
Un tel sophisme est très dangereux, car il nie la différence de nature entre l’enfant et l’adulte. C’est pour cela que l’enfant a une protection légale particulière et que l’adulte a des responsabilités vis-à-vis de l’enfant.
A.L. : Toute l’éducation consiste à poser un cadre structurant et symbolique, mais qui n’a pas à être normatif. Par exemple, on peut dire à 12 ans que l’on se sent plutôt fille ou plutôt garçon, mais les choses évoluent et elles se stabiliseront sans doute tranquillement à l’âge adulte. Aujourd’hui, certains disent que si une petite fille n’a pas de petit copain à 9 ans, c’est qu’elle est lesbienne ! C’est en fait, tout simplement, qu’elle n’est pas encore assez mûre pour s’intéresser à une sexualité ou même à une sensorialité particulière.
A.B. : Une telle détermination est un déni d’enfance et du droit qu’a l’enfant de vivre dans un monde imaginaire, lequel est nécessaire à son bon développement psychique.
A.L. : Quand des adultes prennent un imaginaire d’enfant au pied de la lettre, ce sont les adultes qui sont fous, car ils confondent le fantasme et la réalité. S’ils le font à dessein, c’est de la perversion potentiellement pédophile. Dans l’enfance et à l’adolescence, le psychisme est très malléable. Il va se structurer à l’âge adulte. Au contraire, tous ces textes que nous dénonçons font fi de ces principes élémentaires du développement psychique de l’enfant et de l’adolescent.
Cette idéologie prétend qu’il faudrait répondre positivement et « accompagner » l’enfant qui demande à changer de sexe, avec un processus de prise d’hormones censé bloquer la puberté ; encore une illusion !
A.L. : En réalité, le véritable accompagnement de l’enfant, c’est de l’aider à développer son esprit critique.
A.B. : L’enfant vit dans un monde imaginaire. L’éducation consiste à l’amener petit à petit, de manière adaptée à son âge, à considérer le principe de réalité. Le principe de réalité doit être introduit dans l’éducation, c’est là la seule castration. Et là, on est en train de faire l’inverse ! Supposer que l’enfant puisse consentir à cette transition, à ces mutilations, c’est de l’anti-éducation !
A.L. : On les berce de l’illusion selon laquelle on pourrait changer de sexe alors qu’on est déterminé génétiquement. On leur ment. On leur cache même qu’ils seront stérilisés et subiront des traitements à vie.
Vous citez Rousseau qui dit que l’homme aliène une part de sa liberté naturelle à se saisir de tout ce qui le tente et, qu’en échange, le contrat social lui offre sa liberté de citoyen. N’est-on pas en train de détruire le contrat social ?
A.B. : En effet, cette banalisation de la transgression des interdits fondamentaux qui permettent de structurer une société constitue un attentat politique. C’est pour cela que j’ai parlé de totalitarisme.
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A.L. : C’est la loi du chacun pour soi, là où chacun devrait avoir droit à la sécurité par l’égalité, la fraternité…
A.B. : … et la protection de son intégrité physique, laquelle est niée lorsque l’on prétend parler de réorientation sexuelle dès l’âge de 5 ans.
En Belgique, une loi vient d’être votée : on peut changer tant qu’on veut.
A.L. : En effet, la nouvelle doxa impose d’être « flexible » toute sa vie, de pouvoir changer tant qu’on veut. Est-ce qu’au collège un enfant aura le droit de se faire appeler par un prénom le matin et par un autre l’après-midi, au mépris de l’état civil ou de l’autorité parentale ? Prétendre lui imposer le réel serait-il ainsi une atteinte à ses « droits » ?
A.B. : Je voudrais souligner un autre aspect de la perversion de cette idéologie : on nous explique que, pour protéger l’enfant de la violence sexuelle et de la banalisation de la pornographie et des écrans, il faudrait leur montrer très tôt de la pornographie. Ça veut dire que les adultes ne protègent pas les enfants de l’accès à ces images – Et pour se défausser de leur responsabilité de parent, l’« éducateur » prétend initier, de manière facile et douce. On rejoint là le discours pédophile. D’ailleurs, le totalitarisme repose toujours sur la division, voire la guerre entre les générations, avec l’endoctrinement de la jeunesse contre les valeurs de la génération précédente. Il s’agit de casser la transmission garante de notre civilisation.
On avait commencé avec le covid, où l’on accusait les jeunes de tuer les vieux.
A.B. : Absolument. Encore une inversion. Dans une civilisation qui fonctionne, la génération des adultes doit se sacrifier pour ses enfants. Dans une civilisation inversée, c’est-à-dire chaotique, détruite, dégénérée, ce sont les enfants qui se sacrifient pour les adultes. Le bouc émissaire est toujours le plus innocent.
A.L. : La différenciation entre les sexes et entre les générations sont deux piliers de la civilisation. Et ce sont ceux-là que les pédophiles attaquent. À l’instar des mesures totalitaires prises sous prétexte du covid, de tels cours d’éducation sexuelle auront un impact terrible sur la vie des enfants qui sont ainsi victimes d’une effraction psychique. D’ores et déjà, depuis 2020, le taux de suicide chez les adolescents a été multiplié par trois.
A.B. : Cette absence de repères, de cadre et de normes est destructrice. Vous parliez de la critique de l’« hétéro-normativité ». En réalité, dans toute société il y a la norme et il y a la marge. Et alors ? En quoi est-ce un problème d’être à la marge ? Au contraire, comme on le voit avec les artistes contestataires, c’est tout à fait stimulant. Or, aujourd’hui, on a l’impression que certaines marges ne supportent pas leur statut de marge, qu’elles ont pourtant choisi. Oui, qu’un adulte qui fait le choix de la marginalité veuille l’imposer comme une norme, cela pose un problème.
C’est une exception à la règle.
A.B. : En effet. Et là, c’est l’inverse. Celui qui est à la marge prétend
culpabiliser, voire criminaliser la règle.
Vous dites que se prendre pour un autre sexe, c’est prendre une certitude délirante de type paranoïaque pour une réalité.
A.B. : Oui. Dans la psychopathologie traditionnelle de la paranoïa, il y a une confusion liée au délire de la toute-puissance : je suis tout à la fois, je suis Dieu, la femme de Dieu, l’homme, la femme… je suis tout à la fois et donc je ne me limite pas ! En réalité, la société se construit par les interdits. Non, on ne peut pas tout faire et c’est justement ce qui permet l’émergence du désir et sa consécration. En un mot, il est fondamental d’avoir des interdits pour assurer la protection de l’intégrité, tant de l’individu que de la société.
A.L. : Sans limitation, le désir tombe. Il n’y a plus de raison, juste un vide intérieur. D’où l’explosion des suicides chez les adolescents.
A.B. : Pour conclure, il me semble nécessaire et urgent d’arrêter immédiatement tout enseignement sur la sexualité en maternelle et primaire. Il faut aussi exiger de faire examiner par des professionnels le contenu de la prévention pour les adolescents. Il faut également abolir les standards pour l’éducation sexuelle en Europe et l’ingérence de l’OMS sur les populations en matière de « santé psychique » des enfants. Enfin, il convient de supprimer le terme « éducation sexuelle », car ouvrir des portes psychiques sur la pulsion nous entraîne très loin de la prévention.
Propos recueillis en direct par Alexandre Penasse Retrouvez l’interview complète sur www.new.kairospresse.be



