Kairos 53

Février / Mars 2022

La violence contemporaine, à quelle adresse ?

Quelques réflexions sur le désastre en cours 

L’appel à la haine de l’éditorialiste en chef Francis Van de Woestyne, du quotidien La Libre, dont elle n’avait de libre que le nom[1], édictant que c’est aussi le manque de civisme des antivax qui tue, « ces égoïstes [qui] sont devenus les alliés objectifs du virus », illustre bien « l’agacement » des médias qui ont façonné le réel dans lequel nous sommes aujourd’hui. Ces nouveaux bienfaiteurs de l’humanité, qui avaient accepté les monstruosités de ce système sans broncher depuis des décennies, n’ont pas compris que le totalitarisme ne se définit publiquement qu’après-coup. Dans l’action présente, les extrémistes sont des héros, qui sombrent dans l’ignominie seulement lorsqu’ils ont perdu. Certains d’être dans le bien, ils ne se fixent aucune limite à leurs objectifs, piétinant toutes valeurs fondamentales sous le prétexte paradoxal de les défendre. Cela nous rappelle la frasque télévisuelle d’Emmanuel Lechypre, qui sur BFMTV laissa suinter sa haine en éructant à l’intention des non-vaccinés : « On vous vaccinera de force, moi je vous ferai emmener par deux policiers au centre de vaccination. Faut aller les chercher avec les dents et avec les menottes s’il le faut ! ». 

Les menottes, ils les avaient déjà scellées sur notre pensée, ils voulaient maintenant nous les passer aux poignets. L’ignorance qu’ils s’étaient employés à cultiver pendant des décennies dans les têtes, reléguant notamment l’école non pas à la formation de citoyens critiques, mais plutôt à celle de travailleurs-consommateurs, ne suffisait donc plus face à l’opposition devant les diktats du Covid. On sait déjà comment ils avaient caricaturé tous ceux qui se levaient contre la « mondialisation heureuse », des grévistes aux gilets jaunes. Montant les uns contre les autres, c’était les mêmes qui vous parlaient « d’une équipe de 11 millions » et de « solidarité » d’un côté, pendant que de l’autre ils sapaient le lien social et ce qui fonde notre humanité, armé du bras médiatique qui s’échinait à créer l’illusion du consensus, nous atomisait en laissant croire que nous sommes seuls à penser contre le narratif officiel. Eux qui nous mettaient quotidiennement en danger, osaient maintenant affirmer que les non-vaccinés constituaient un risque pour la vie des autres. L’unité n’était pour eux qu’un slogan publicitaire. Comme la liberté de la presse ou la démocratie : s’ils en parlaient autant, c’était pour nous faire oublier qu’elles n’étaient pour eux qu’un obstacle sur le chemin du pouvoir insatiable. 

Olivier Maroy, député à la Communauté française, transfuge de la RTBF, marié à une présentatrice JT de la chaîne publique, qualifiera Kairos de torchon à plusieurs reprises, « soi-disant journal », en pleine commission parlementaire, sans être embêté. Où sont les instances de régulation des médias ? Absentes. Les insultes, les coups, les gazages par la police ne deviennent des faits pour ces dernières (comme l’Association des Journalistes professionnels), que lorsqu’ils touchent les médias dont ils sont les seuls représentants : ceux du pouvoir. Normal, il suffit de voir qui compose leur conseil d’administration. 

Mais le terme « agacement » est au fond un euphémisme, car les médias mainstream se pouvaient encore d’être seulement dans un état de contrariété quand les gens ne sentaient pas leurs chaînes et restaient bien sages, consommant les produits qu’ils vantaient dans leurs pages. La donne change quand le peuple se lève, alors que le pouvoir politico-médiatique voudrait les voir assis. Ils ne sont pas agacés donc, ils « bouillonnent » (dixit Olivier Maroy[2]), effrayés qu’ils puissent tomber de leur piédestal, rétrograder, irrités qu’on remette en question leur droit à parler de cette même voix, celle qui émane de ces divers canaux uniques qu’ils s’emploient à nourrir tous les jours, présentée comme démocratique, mesurée, neutre et raisonnable. Alors qu’ils ne font que perpétuer l’ordre établi. 

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Notes et références

  1. Voir : https://www.kairospresse.be/le-systeme-libre-cadenasse/
  2. Voir : https://www.kairospresse.be/la-presse-libre-un-torchon-pour-un-depute-belge/
  3. voir : https://www.kairospresse.be/fin-de-pandemie-interview-de-martin-zizi-et-joonas-parikka/
  4. Voir : https://www.kairospresse.be/a-propos-du-projet-de-decret-wallon-pandemie et https://www.kairospresse.be/un-projet-de-decret-inquietant-soumis-au-vote-ce-mercredi-2-fevrier-au-parlement-wallon
  5. Voir : http://nautilus.parlement-wallon.be/Archives/2021_2022/PARCHEMIN/796.pdf